Joyeux Noël ! Et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté !
Françaises sous l'uniforme est un site consacré presque exclusivement aux Françaises en guerre ou dans la défense nationale, du second empire jusqu'à la 5e république. Notre ambition ? Vous faire découvrir des livres et des expositions sur ce sujet ; mais aussi partager nos savoirs avec vous. Originalité ou non, de temps à autre, nous invitons un pays pour nous donner un plus large horizon. Pour ne rien vous cacher, nous espérons vivement que vous contribuerez à la vie du blog.
A tout seigneur tout honneur. La première étude fouillée et éclairante, de valeur, merveilleusement documentée et illustrée, sur Nicole Mangin, remonte à 2011. Elle est le fruit de Jean-Jacques Schneider qui, par cette étude, "Nicole Mangin, une Lorraine au cœur de la Grande Guerre", a fait sortir de l'ombre cette Lorraine considérée comme l'unique femme médecin de l'armée française ayant pris part à la Grande Guerre. Notons que cette assertion n'est pas complètement vraie, puisqu'une autre femme médecin œuvre dans les hôpitaux auxiliaires de la CRF, dépendant du service de santé des armées, pendant cette même guerre. Nous la présenterons dans un long et prochain post.
Quelques années plus tard, en 2016, la femme de lettre, Marie-José Chavenon, a, elle aussi, réalisé une étude de 64 pages sur notre médecin Lorrain s'appuyant presque exclusivement sur les travaux de Jean-Jacques Schneider, donc rien de nouveau sous soleil. De même, en 2014, les éditions jeunesse Oskar, au travers la plume de Catherine Le Quellenec, qui semblait ne pas connaître le mot doctoresse, sortait Docteure à Verdun, Nicole Mangin.
Alors même que son rôle dans la Grande Guerre est "minime" et qu'elle ne fut considérée comme une "héroïne" durant celle-ci, la Poste édite un timbre à son effigie. C'est là que nous voulons en venir, cinq livres, une page Wikipedia et un timbre pour une "presque" inconnue, cela peut paraître excessif, à chacun d'en juger. Ce qui ne retire en rien les mérites de Nicole Mangin, à une époque où les femmes furent tout juste acceptées dans les premières années de ce conflit mondial.
Nous avons précisé que cinq livres ont été publiés la concernant. Les deux que nous n'avons pas encore présentés sont, pour ainsi dire, des romans historiques, De femme et d'acier, de Cécile Chabaud,et Nicole Mangin féministe et humaniste de Yann Tual. Nous n'avons lu que ce dernier que nous vous présentons donc succinctement.
L'originalité de son ouvrage réside en la personnalité de son narrateur, puisqu'il s'agit de Dun, le fidèle berger allemand de Nicole Mangin. A la façon de Dialogues de bêtes de Colette, paru en 1904, Dun accompagne de ses commentaires le parcours atypique de sa maîtresse jusque 1919. Une idée originale pour approcher et aborder Nicole Mangin. Un ouvrage qui s'adresse plus aux amateurs de romans historiques qu'aux amateurs d'histoire. Une chose nous a cependant franchement chagrinée, l'absence du livre de Jean-Jacques Schneider en référence.
TUAL (Yann), Nicole Mangin, féministe et humaniste, 2024, 15 euros (disponible sur Amazon)
Edmée Nicolle est l'une des figures féminines les plus marquantes de la seconde guerre mondiale, et aussi une héroïne de la Grande Guerre, pourtant c'est sans nul doute l'une des moins connue à ce jour.
Quelques travaux universitaires (Frédéric Pineau), quelques livres (Germaine Dubreuil, Odette Fabius, Marguerite d'Anjou Nikolis, Frédéric Pineau) ou articles (Chantal Ciret, Frédéric Pineau, Jean-Jacques Monsuez) l'ont sortie de l'ombre, comme de l'oubli. Ses mémoires, non publiées, ont déjà été utilisées, entre autre pour les travaux de Frédéric Pineau, mais elles demeuraient toutefois inédites. Au cours de la seconde guerre mondiale, les ouvrages de Jean Damase, La Soldate, et Gisèle d'Assailly, SSA, loueront le travail des Sections sanitaires automobiles féminines et de leur fondatrice, Edmée Nicolle.
L'ouvrage écrit par Jean-Claude Bonnaud, Mademoiselle Nicoll, aux éditions Food, n'est donc pas une première en la matière. C'est avant tout un livre sur Edmée Nicolle plus que sur ses SSA qui lui sont consubstantielles. Il s'appuie presque exclusivement sur ses mémoires, allant de sa naissance à son décès le 15 novembre 1999 à l'âge de 101 ans. On peut s'étonner de l'orthographe Nicoll sur la couverture. C'est effectivement l'orthographe qu'elle utilisa un temps aux États-Unis d'Amérique, mais, cette graphie, elle en fit usage que peu de temps. Ce choix est dommage, car il ne permet pas forcément de retrouver son livre lorsqu'on le cherche sur le net.
Ce dernier intéressera surtout ceux qui connaissent peu cette figure extraordinaire, hors du commun et emblématique qu'est Edmée Nicolle. Jean-Claude Bonnaud a choisi de lui "donner la parole". C'est donc à travers elle qu'il s'exprime, dans ces pages en partie romancées, "nourries d'une bonne part d'interprétation de l'auteur". On retrouve les faits les plus marquants de sa vie au fil des pages : l'éducation britannique, la Grande Guerre, sa période américaine, la drôle de guerre, son incarcération à Londres, l'interdiction de la SSA par les Allemands, l'après-guerre entre Paris et le Loiret, etc.
Le chapitre consacré aux Rochambelles est totalement hors sujet et l'on peut se demander ce qu'il vient faire là. Par contre, le dernier chapitre nous dévoile la vie qu'elle mena dans le Loiret longtemps après la guerre. Une période de sa vie bien moins connue et documentée. Autre regret, que certaines sources capitales n'aient pas été exploitées. Nous avons aussi remarqué que l'auteur s'embrouille parfois entre les conductrices de la CRF et celles de la SSA, ce qui tronque certaines informations.
Au final, un petit livre intéressant qui permet, encore une fois, et sous un prisme différent, de découvrir Edna Louise Nicolle, une vraie héroïne des deux guerres mondiales.
Frédéric Pineau
BONNAUD (Jean-Claude), Mademoiselle Nicoll, Food éditions, 2024, 15 euros
Femmes tondues, Les bûchers de la Libération, de Dominique François, est bien différent des ouvrages parus jusqu’à présent sur le sujet. En quoi l’est-il ? En partie, grâce aux témoignages de femmes tondues qui représentent la moitié du livre. Le fait qu’ils proviennent essentiellement de Basse-Normandie, lui donne un caractère d’histoire locale. C’est d’ailleurs l'unique étude locale sur le sujet, éditée pour la première fois aux éditions Cheminements en 2006. La Normandie, avec le département d’Eure-et-Loir, sont les seuls lieux géographiques à bénéficier de travaux sur la question. Ceux de Gérard Leray sur Chartres et Nogent-le-Rotrou ont prolongé ceux de Dominique François.
N’oublions pas, au niveau national, les approches
novatrices de Alain Brossat et Fabrice Virgili. Outre, les témoignages,
d’autres chapitres abordent la tonte, l’épuration ou encore les tondeurs, d’une manière sociologique et psychologique plus qu’historique.
Un seul point « négatif », l’absence de références
bibliographiques ou de sources autres que les témoignages.
Dominique François, Femmes tondues, les bûchers de la
Libération, OREP, Bayeux, 2025, 94p., 20 euros
Bien que ce merveilleux livre ne parle pas de femmes, nous
tenions tout de même à le présenter de par sa qualité.
En effet, il nous fait vivre le « parcours curieux et
méconnu » des bataillons de douaniers de la « Drôle de guerre »
jusqu’au 27 juin 1940, date de leur dissolution. Bien documenté, bien illustré,
le livre aborde tous les aspects du sujet y compris uniformologique. Du fait de
leur métier, les douaniers seront souvent en première ligne participant
particulièrement aux combats défensifs de Lille et Dunkerque. Christophe Mulé, auteur
de deux autres livres sur les douaniers de la Grande Guerre et d’articles sur
ces mêmes sujets, est devenu le spécialiste incontesté des douaniers des deux
guerres mondiales. Un très bel ouvrage à détenir.
Christophe Mulé, Les Douaniers dans la bataille de France,
1939-1940, Paris, Histoire et Collection, 2025
Les marraines de guerre étaient de jeunes filles et femmes
de tous profils sociaux et culturels animées de sentiments louables et d’une
certaine fibre patriotique qui se proposaient, à compter de 1915, d’apporter un
soutien épistolaire aux combattants « sans famille ». Ce soutien, se
doublait d’envois de colis, qu’accompagnait parfois une photo de la marraine.
Les liens ne seront pas seulement épistolaires puisque certains filleuls
rencontreront leurs marraines.
Mais, dès l’année 1916, l’image de la marraine se ternit.
« L’Eglise, les moralisateurs et d’autres y voient de simples femmes
légères à la recherche d’aventures contraires aux bonnes mœurs, et même, pour
les plus virulents, de viles prostituées. » L’armée n’est pas en reste, puisqu’elle aussi y va de son couplet moralisateur, craignant même la présence
d’espionnes dans les rangs des marraines.
Malgré ces attaques répétées, l’initiative des marraines se
maintiendra jusqu’à la toute fin de guerre. Notons qu’elle reprendra durant la
Drôle de guerre, en 1939-1940, mais dans une moindre mesure.
Ce thème n’avait pas été traité depuis 1951. Les rares
références sont Henriette de Vismes, Histoire authentique et touchante des
marraines et des filleuls de guerre, Perrin, 1918 et Guillaume Apollinaire,
Lettres à sa marraine, Gallimard, 1951. Notons enfin qu’en 2024 est paru le
livre d’Aliénor Gandanger, Adopte un soldat ! Correspondances de
marraines de guerre, éditions du Mauconduit.
Les Marraines de guerre de Christophe Thomas est, en quelque sorte, une
compilation de citations. Or, ce qu’il
faut savoir, c’est que nombre de « lettres » de poilus ou de
marraines dans la presse d’époque ne sont pas toujours le fait de ces derniers,
mais bien de la rédaction du journal qui écrit ce que le lecteur veut lire et entendre à
la sauce patriotique et quelque peu mièvre. Seuls, véritablement, les
correspondances manuscrites et vérifiées, selon nous, font foi.
Sinon, difficile de dire si l’on peut considérer Clotilde
Bizolon (1871-1940) comme une marraine de guerre, à la différence de Marie
Sautet (1859-1937), la « marraine des poilus », dont l’activité tout
entière fut consacrée à venir en aide aux poilus, au point d’en perdre toutes
les ressources du ménage.
THOMAS (Christophe), Les Marraines de guerre, Bayeux,
OREP éditions, 2025
Ce petit livre de 98 pages résume très bien les trois conflits
qui jalonneront l’histoire de France de 1939 à 1962 : la seconde guerre
mondiale, la guerre d’Indochine puis la guerre d’Algérie, au travers des yeux d’une
femme d’exception Monique Danjou-Vanuxem (1916-2014). Entrée dans l’armée, un
peu par hasard, le 20 avril 1943, en s’engageant comme volontaire à Casablanca,
elle n’en ressortira que plusieurs décennies plus tard, le 15 mars 1961, totalisant
ainsi 18 années sous les drapeaux. Les décorations qu’elle reçut jusqu’en 1957
sont à l’image de son incroyable parcours : croix de guerre, croix de
guerre des opérations extérieures avec étoile d’argent et palme, Légion d’honneur,
croix de la Vaillance vietnamienne et croix de la valeur militaire. Elle est
faite commandeur de la Légion d’honneur le 25 janvier 2005.
Ce livre, écrit par Hubert Verneret, a été réalisé grâce aux
nombreux entretiens menés entre décembre 1999 et Pâques 2000 avec Monique
Danjou-Vanuxem. Mais son originalité réside dans le fait que le narrateur, qui s’exprime
toujours à la première personne du singulier, n’est pas Hubert Verneret. De ses
entretiens, il a pris le parti que ce soit Monique Danjou-Vanuxem qui s’exprime
et non lui. Ce choix est plus que plaisant, car sans son nom sur la couverture
et ses brèves interventions « focus », on penserait à n’en pas douter
qu’il s’agit ici d’une biographie écrite par l’intéressée.
Ses dix-huit années de service la verront tout à la fois infirmière,
ambulancière et assistante sociale. Malgré son service épuisant, elle donnera
naissance à six enfants, en 1945, 1949, 1950, 1952, 1955 et 1958, retournant
presque après chaque naissance en poste. Surnommée la « Mère des Muongs »
en Indochine, population montagnarde qu’elle affectionnait, elle n’aura de
cesse, en plus des militaires, de venir en aide aux populations civiles d’Indochine
puis d’Algérie.
Elle montrera plus encore de caractère lorsque son mari, le
général Vanuxem, sera arrêté et envoyé pendant deux ans en prison. Les autorités
pensant à tort qu’il est à la tête de l’OAS sous le pseudo de « Verdun ».
Pendant ces deux années, c’est presque sans argent qu’elle doit, avec les
moyens du bord, s’occuper de ses six enfants, heureusement avec l’aide de
Tran-Thi-Tam, la nourrice des enfants depuis l’Indochine, qui ne la quittera
plus jusqu’à son décès en 1998.
Son parcours nous mène de Casablanca à Naples en passant par
le secteur de Monte Casino, Hanoï, Dien-Bien-Phu ou encore Alger. En tous ces
lieux, elle croise les figures du panthéon militaire de la seconde guerre mondiale,
puis des guerres de décolonisation : le général de Gaulle, de Lattre,
Bigeard, le général Jacques Massu et sa femme Suzanne, chef des PFAT en
Indochine, Geneviève de Galard, etc.
Afrique du Nord, 1943-1944 ; Italie, France, Allemagne,
1944-1945 ; Indochine, 1947-1955 ; Algérie, 1955-1958… Toute l’histoire
d’un demi-siècle, ici résumée.
Il est toujours surprenant de voir que les figures encensées
ne sont pas celles qui devraient l’être. C’est bien le cas ici avec ce parcours
incroyable d’une femme pragmatique, droite, volontaire, drôle et, surtout
courageuse.
En outre, on ne peut que louer la belle plume et les
qualités d’écriture de Hubert Verneret.
VERNERET (Hubert), Confidences d’une femme soldat, Monique
Danjour-Vannuxem, Sainte-Hermine, Historic’one éditions, 2023, 12 euros