Auteur
prolifique s’il en est, Bernard O’Connor a orienté le fruit de
ses recherches et de ses travaux vers la guerre secrète menée par
les alliés durant la seconde guerre mondiale, tout particulièrement
le SOE (Special Operations Executives). Si le SOE Britannique est la
base de son travail, il n'a omis d'aborder les sections mises sur
pied par le SOE pour les forces en exile des pays occupés par les
Allemands et les Italiens, comme la France, les pays scandinaves, la
Pologne, etc. Mais aussi l'Espagne et l'Italie.

Son dernier
opus Agents Françaises est un livre a signalé bien qu’il pèche
par quelques faiblesses : barrière de la langue qui ne lui aura
permis d’aller plus loin dans ses investigations ; barrière
géographique aussi, en n’ayant eu la possibilité de rencontrer
les familles des femmes et jeunes femmes parachutées entre 1941 et
1944 en France. Pour autant, le livre s’articule de manière
cohérente en posant les grandes lignes du déroulé chronologique
des faits tout en donnant nombre de détails sur divers éléments
incontournables pour appréhender le parcours de guerre de ces 36
françaises parachutées en France : SOE, BCRA, Volontaires
françaises de la France libre, l'entrainement, les Merlinettes, etc.
Quelques-unes des 36 figures présentées individuellement, et
chronologiquement à leurs parachutages, dans le livre, nous sont
connues grâce aux mémoires qu’elles ont publiés, nous pensons à
Jeanne Bohec ou Marie Chamming's ou aux ouvrages que des auteurs
inspirés ont réalisés sur elles, nous pensons encore à Corinna
Von List.
Nous
remercions Bernard O’Connor d’avoir trouvé le temps de répondre
à quelques-unes de nos questions et ainsi de nous faire comprendre
ce qui a motivé la réalisation de cet ouvrage qui, précisons-le,
est unique en son genre.
Un
travail qui ne peut-être passé sous silence, qui donnera bien des
pistes aux chercheurs tout comme une compréhension générale et
contextuelle d’un sujet encore bien peu maîtrisé.
Pouvez-vous
vous présenter, vos travaux, vos centres d'intérêt ?
J'ai
enseigné l'histoire, la géographie, la religion, l'informatique,
la citoyenneté et l'anglais en Europe, à Taiwan, en Chine et en
Australie et j'ai des intérêts dans la géologie, l'anthropologie,
l'archéologie, l'histoire locale, l'extinction des dinosaures,
l'industrie de la coprolithe, les services de renseignement de
l'URSS, du Royaume-Uni de Grande Bretagne, de la France et leurs
opérations secrètes, en particulier le sabotage.
D'où
vous vient cet intérêt pour la guerre secrète au cours de la
seconde guerre mondiale ?
Je
vis à quelques kilomètres de Tempsford, un terrain d'aviation top
secret de la RAF à environ 80 km au nord de Londres, à mi-chemin
entre Cambridge et Bedford. J'ai étudié le rôle du SOE et des SAS
pendant la seconde guerre mondiale qui organisaient des mouvements de
résistance dans les territoires occupés, tout en infiltrant et
exfiltrant des agents secrets. J'ai publié de nombreux ouvrages sur
l'aérodrome de Tempsford, le rôle de l'armée de l'air américaine,
des agents soviétiques infiltrés par les Britanniques en Europe,
les opérations de sabotage menées par SOE
en Norvège, au Danemark, en Hollande, en Belgique et en France. Y
compris les actions de chantage et comme autre pays la Grèce. J'ai
également étudié le rôle des femmes impliquées sur l'aérodrome,
en particulier les femmes agents, et j'ai écrit plusieurs romans,
biographies et récits de leurs expériences en Europe occupée.
Pourquoi
un ouvrage sur les agents Françaises ?
Ayant
publié un compte rendu des agents féminins britanniques, américains
et australiens, je savais que peu de choses avaient été publiées
sur les femmes françaises. J'ai entrepris d'utiliser des documents
provenant des archives nationales de Kew et d'autres sources pour
raconter leurs histoires et faire en sorte que le monde n'oublie pas
le rôle qu'elles ont joué dans la libération de la France.
Quels
obstacles avez-vous rencontrés lors de vos recherches ?
Ne
parlant pas couramment le français ou n'étant pas en mesure de le
lire bien, j'étais limité aux rapports britanniques relatant leurs
faits et aux traductions google des pages françaises du net. N'ayant
trouvé trace de leurs familles ou descendants, j'ai peu
d'informations sur leur vie d'avant-guerre.
Vous
parlez de 36 françaises, mais certaines, non présentes dans le
livre, sont-elles encore à découvrir ?
Je
soupçonne que le MI6 a infiltré un certain nombre de femmes
francophones pour «collaborer horizontalement» avec les Allemands
et leurs dossiers ne sont pas et ne seront probablement jamais
disponibles pour le grand public.
Quelles
figures sont les plus intéressantes à vos yeux ?
J'étais
particulièrement intéressé par ces femmes qui ont reçu une
formation de sabotage et qui ont entrepris des opérations
dangereuses en France, comme les Merlinettes, opératrices envoyées
en France avant et après le jour J.
L'absence
d'archives familiales est sans doute l'une des faiblesses de votre
livre ?
Je
suis d'accord, mais mon français est limité et j'ai rencontré bien
des difficultés à localiser les familles de ces 36 femmes et
jeunes femmes.
D'autres
pays européens ont-ils de pareilles figures féminines ?
Six
femmes ont été envoyées à la fois en Hollande et en Belgique,
pour lesquelles j'ai effectué des recherches et publié une étude
de leurs parcours.Les
deux seuls ouvrages sur le sujet sont l'oeuvre d'étrangers,
vous et une allemande, pensez-vous qu'il y a une raison à cela ?
Je
ne connais pas le chercheur allemand. Beaucoup de livres ont été
écrits par des femmes et des hommes sur les agents, y compris les
femmes, mais ayant fait des recherches sur l'aérodrome et les SOE,
j'ai estimé que mes recherches méritaient d'être mises à la
disposition du grand public.
Avez-vous
un message à passer dans le cadre de vos recherches ?
Ma
recherche a été fascinante et très enrichissante, en grande partie
grâce au confort de mon fauteuil associé à mon ordinateur
portable. Ayant accès à internet en haut débit, j'ai pu rechercher
des sites Web pertinents, transcrire des documents, localiser et
acheter des livres, télécharger des fichiers venant des archives
nationales et communiquer avec des personnes du monde entier
intéressées par le SOE. Certains m'ont envoyé des documents de
leurs archives et ont répondu à mes nombreuses questions. Parfois,
je suis allé à Kew pour photographier des documents. N'importe qui
peut entreprendre des recherches similaires ; à condition d'avoir
beaucoup de temps mais aussi d'être capable d'avoir une bonne
cadence de frappe - à moins d'avoir accès à une technologie qui
transcrit ce que vous dictez oralement.
Bernard O'Connor