mercredi 1 août 2018

LIVRE : LAST RIDE OF THE VALKYRIES par Jimmy L. Pool (mots clés : Allemagne, Reich, helferinnen, wehrmacht, seconde guerre mondiale)

 Avouons le, nous sommes quelque peu passé à côté de ce bel et gros ouvrage (21,6 x 3,2 x 27,9 cm) tout en couleur sur les uniformes, les insignes, l'organisation et l'histoire des auxiliaires féminines de la Wehrmacht (Wehrmachthelferinnenkrops) durant la seconde guerre mondiale. L'ouvrage magistralement construit s'appuie sur une étude diligentée par le lieutenant colonel Mary L. Milligan de l'armée américaine, entre 1945 et 1954, sous le vocable de Personnel and administration project, et rédigée par August Schalkhaueuser. La finalité de ce travail étant une étude détaillée sur l'utilisation des allemandes au cours de la seconde guerre mondiale. En 1957, Mary L. Milligan prendra la direction du United States Women's Army Corps (WAC). 

 

Près de 400 000 allemandes serviront dans la Heer (armée de terre), la Luftwaffe (armée de l'air) et la Kriegsmarine (armée de mer) tout au long du conflit. Mais notre propos n'est pas ici d'en faire l'étude. Sur près de 304 pages l'auteur Jimmy L. Pool passe en revue chaque armée et chaque service en détail. Le texte est riche, bien documenté, les images inédites à 90 %, proviennent pour partie de collections privées dont celle, incroyable, de Patrick Ott. Photos d'époque, uniformes rares, insignes, pièces d'uniforme, documents d'identité provenant des meilleures collections (Europe et Amériques) illustrent ces pages et son propos.



Sont ainsi passées en revue les Nachrichtenhelferinnen des Heeres, les Stabshelferinnenschaft, les Truppenhelferinnen, les Betreuungshelferinnenschaft pour l'armée de terre ; les Luftnachrichten-Helferinnenschaft, les Luftnachrichtenbetriebshelferinnen, les Flackwaffen-Helferinnen Korps pour l'armée de l'air ; les Marinehelferinnen pour la marine. Enfin, les filles du RADwj (filles du Reicharbeitdienst servant dans des unités de l'armée) ainsi que celles de la Wehrmachthelferinnen Korps (corps fondé en 1944 et sensé englober l'ensemble des services féminines de l'armée) ne sont pas oubliées.



Cette étude uniformologique très poussée complète à merveille les travaux de Franz W. Seidler (Blitz Mädchen), ceux d'Eric Lefèvre sur les auxiliaires féminines de la Luftwaffe (Militaria magazine n° 161 et 162) et sur celles de la Heer (Militaria magazine n° 165 et 166) ou plus récent encore ceux de Johannes Schweizer sur le Betreuungsdienst des Heeres (Militaria n° 374).


POOL (Jimmy L.), Last ride of the valkyries, Schiffer military history, 2016, 304. p 79,99 $

dimanche 29 juillet 2018

LIVRE : JEANNE DE BELLEVILLE LA TIGRESSE BRETONNE (Mots-clés : Bretagne, Moyen-Age, guerrière, femme pirate, amazone)

 
Philippe le Bel mort, lui succèdent ses trois fils puis, du fait en particulier de l’affaire de la Tour de Nesle, la couronne revient en 1294 à Charles IV de la branche de Valois, issue du frère de Philippe le Bel. Philippe VI de Valois, fils de Charles IV, monte sur le trône en 1328 et y reste jusqu’en 1350. Depuis l’époque d’Aliénor et de Ricard Cœur de Lion, les prétendants au duché de Bretagne sont généralement sous l’influence anglaise avec parfois un compétiteur qui essaie de s’appuyer sur le roi de France. 



Le duc Jean III meurt en 1341 et sa succession est réclamée par Jeanne de Penthièvre petite-fille du duc Arthur II et de sa première épouse ainsi que par Jean de Montfort fils d’Arthur II et de sa seconde épouse Yolande de Dreux (anciennement reine d’Écosse). Notons qu’Arthur II est mort en 1312, non pas à seulement cinquante ans comme le dit wikipédia mais à l’âge respectable pour l’époque de cinquante ans. Par ailleurs Élie Durel, aurait mérité d’être plus clair dans une partie de sa présentation des choses. En effet il écrit « Jean de Monfort a respecté la loi salique », disposition qui évidemment ne s’applique qu’à la couronne de France (et encore tardivement) et n’a jamais régi les successions à la tête des duchés et comtés du royaume de France ni celles à la direction d’autres pays (dont évidemment l’Écosse, ce que Jean de Monfort ne peut ignorer). 

Charles de Blois est l’époux de Jeanne de Penthièvre alors que Jean de Montfort s’est marié à Jeanne de Flandre. Le conflit breton, qui les met en scène, va durer de 1341 à 1364 et va donc prendre pour nom "La guerre des deux Jeanne". C’est là que du Guesclin commence, en prenant le parti français de Jeanne de Penthièvre, à s’illustrer en prenant en particulier en 1354 le château du Grand-Fougeray, y gagnant le surnom de "Dogue noir de Brocéliande". Plus tardivement il combattra d’abord contre Olivier V de Clisson puis à ses côtés lorsque ce dernier se ralliera au roi de France alors que la Guerre de succession de Bretagne est terminée depuis 1364 et ceci au profit du fils de Jean de Montfort qui devient duc sous le nom de Jean IV. 

Olivier IV père d’Olivier V, choisit le camp de Charles de Blois et du roi de France, toutefois ce dernier reçoit des indices comme quoi Olivier IV aurait passé des accords secrets avec le roi d’Angleterre. Élie Durel, en s’appuyant sur Froissart, raconte très bien l’origine des soupçons, la traîtrise qui permet d’arrêter Olivier IV et les conditions ignominieuses faites à son corps. Il ajoute une pincée de romanesque autour de manœuvres ourdies par William de Salibury et le roi Édouard III pour laisser croire qu’Olivier IV a servi leurs intérêts en certaines circonstances et trahira à l’avenir Philippe VI (pages 126-129). Notons que si ce dernier condamne Olivier IV, ce seigneur breton est réhabilité en 1360 par Jean le Bon fils de Philippe VI. 

Jeanne de Belleville, image du XIXe siècle absente du roman d’Élie Durel


Jeanne de Belleville, veuve d'Olivier IV, a des origines poitevines que l’on aurait aimé voir explicités, elle fait jurer à ses fils Olivier et Guillaume de venger leur père. Elle consacre sa fortune à lever tout d’abord une armée pour assaillir les troupes de Charles de Blois puis, en difficulté sur terre, décide de combattre sur mer en prenant, selon notre romancier, l’exemple légendaire d’Alfihld la Viking rapportée dans la Geste des Danois (un chef d’œuvre de la littérature médiévale). On a pu d’ailleurs découvrir, en visitant en 2018 l’exposition sur les Vikings au château de Nantes, que des femmes scandinaves prirent effectivement la direction d’expéditions guerrières.

Elle fait armer trois navires, dont un appelé  "Ma Vengeance" et accompagnée de ses deux fils, mène une guerre de course contre les bateaux de commerce français. C’est près de Caen en 1343 qu’elle dirige sa première attaque. Toutefois des vaisseaux du roi de France s'emparent des navires de Jeanne de Belleville qui, heureusement par ruse, parvient à s'échapper avec ses deux fils. Réfugiée en Angleterre, elle épouse en 1349 Walter de Bentlley lieutenant d’Édouard IIII. Dix ans plus tard elle décède en Bretagne, selon ce récit (mais les historiens hésitant entre Hennebont et un château en Angleterre). On est trois ans après la bataille de Poitiers et un peu plus de quatre-vingt ans avant la mort de Jeanne d’Arc. 

En 1868, le roman en vers de l'écrivain français Émile Péhant Jeanne de Belleville est publié en France. Sorti, huit ans avant sa mort, et écrit par un natif de Guérande, au plus fort du mouvement romantique français, ce récit porte de nombreux détails rapportés plus par la légende que l’Histoire. 

Voici un extrait de l’ouvrage :

« Si Dieu ne trompe point demain mon espérance,
Demain se lèvera le jour de la vengeance.
Pardonne mon retard, pauvre époux adoré ;
Tu le sais, mon seul crime est d’avoir ignoré.
Mais le retard n’a fait qu’accumuler ma haine
Tremblez, lâches, tremblez, car la mesure est pleine :
Le châtiment sur vous est enfin suspendu.
Et vous ne perdrez rien pour l’avoir attendu… ».

Plusieurs ouvrages en langue anglaise ont consacré celle qui est appelée outre-Manche The Lioness of Brittany. Voir aussi la vidéo en français ici : 

 https://www.youtube.com/watch?time_continue=15&v=KldxxCYEVlQ

ELIE DUREL, Jeanne de Belleville, la tigresse bretonne, éditions Ancre de marine, 2018   22 €


Alain CHIRON 




jeudi 28 décembre 2017

POUR MEMOIRE : LIEUTENANT KATIA de Catherine Devilliers (Mots-clés : Russie, URSS, seconde guerre mondiale)

Livre de poche paru chez Presses Pocket en 1962, il en existe plusieurs éditions, mais cette couverture demeure la plus attractive. Le lieutenant Katia n'est autre que Catherine Devilliers dont le récit est autobiographique.



LIVRE : ADRIENNE BOLLAND par Madeleine Arnold-Tétard

 

 L'officier d'état-civil força le destin en donnant deux "l" au nom de famille d'Adrienne qui n'aurait dû n'en comporter qu'un.

Adrienne Bolland est connue comme le premier pilote à avoir traversé la Cordillère des Andes comme le rappelle le préfacier Michel Lacombe qui conduit les avions d’Air France ; il ajoute que les femmes continuent à être encore assez rares parmi les pilotes (elles représentent 8% de l’effectif à Air France). 



Madeleine Arnold-Tétard archiviste-documentaliste de la ville de Meulan avait été contactée en 1989 par un chef d’établissement d’un lycée professionnel de Poissy afin de retracer l’essentiel de la vie d’Adrienne Bolland qui devait donner son nom à ce lycée. Notons toutefois que notre personnage est né en 1895 à Arcueil-Cachan (la division entre Arcueil et Cachan date de 1922) dans le Val-de-Marne et non dans les Yvelines. Belge, son père était journaliste et écrivain et sa mère, française, comptait des ancêtres d’outre-quiévrain. Elle est orpheline à 14 ans. 

Elle suit une formation à l’école de pilotage Caudron située au Crotoy dans la baie de Somme et obtient son brevet de pilotage en janvier 1920. Quelques mois après, elle fait la traversée de la Manche en avion. En 1921, elle part d’Argentine à destination du Chili et on sait généralement qu’une femme spirite lui avait communiqué un chemin à prendre entre deux sommets des Andes. Parce qu’il est alors impensable qu’une femme soit embauchée comme pilote par une compagnie aérienne, durant l’Entre-deux-guerres elle court les rassemblements aériens durant lesquels elle exhibe ses capacités techniques. 

Adrienne Bolland en 1921


Durant la seconde guerre mondiale, installée dans le Loiret dans la propriété familiale, elle participe à des activités de résistance qui consistent à informer les Anglais en vue de destructions possibles. Ce fut le cas, en février 1942, avec le radar de Bruneval en Seine-Maritime cible d'un commando britannique. Sont détaillées les conditions de la disparition à la fin 1940 des aviateurs Henri Guillaumet (né à Bouy en Champagne) et Marcel Reine (originaire d’Aubervilliers) qui conduisaient Jean Chiappe en Syrie car ce dernier venait d’être nommé Haut-Commissaire au Levant. 

L’auteur consacre ensuite une partie d’un chapitre à présenter rapidement une demi-douzaine d’aviatrices de l’Europe occidentale et des USA des années 1920 et 1930. Adrienne Bolland est la marraine de la promotion 1951 des Infirmières pilotes secouristes de l’Air, ce qui permet d’évoquer la création de ce corps en 1934 et le rôle qu’elles jouèrent en particulier dans le rapatriement des déportés et lors de la guerre d’Indochine. Elle décède en 1975 à Paris. Une petite vingtaine de photographies sont proposées à la fin de cet ouvrage qui présente une très grande fluidité de lecture. 

ARNOLD-TETARD (Madeleine), Adrienne Bolland, Coëtquen éditions, Janze (Ille-et-Vilaine), 2017, 124 p. 12 euros.

Alain CHIRON

dimanche 3 décembre 2017

CINEMA-ROMAN : Le roman d’Ernest Pérochon autour de la vie des femmes à la campagne durant la première guerre mondiale et son adaptation au cinéma


Entre 2006 et 2009, les éditions Geste firent l’effort de rééditer toute l’œuvre d’Ernest Pérochon. Les trois tomes eurent un grand succès, si bien qu’aujourd’hui il ne reste plus de disponible que quelques exemplaires du second volume qui contient en particulier Les Creux-de-maisons et Le Chemin de plaine. Aussi, avec la sortie du film Les Gardiennes, sous le nom des éditions Métive (département de Geste), est réédité le roman Les Gardiennes, avec d’ailleurs en couverture l’affiche du film. 

Couverture du livre Les Gardiennes d'Ernest Pérochon

 
Ce sont des femmes à la campagne durant la première guerre mondiale que l’auteur nous évoque :

« Elle songeait aux jeunes hommes partis à la guerre. Après la victoire, quand ils renteraient au pays, ils ne manqueraient point de demander :

- Qu’avez-vous fait de tout ce que nous avions laissé ? Femmes ! êtes-vous restées bonnes gardiennes chez nous ? Avez-vous entretenu le feu de nos maisons aimées. »

Ernest Pérochon, après une crise cardiaque sur le front, rejoint Niort en janvier 1915 dans le service auxiliaire ; il observe les campagnes des Deux-Sèvres et en 1924 est publié, alors chez Plon, le roman qui nous intéresse. L’auteur montre comment femmes et enfants prennent le relais pour assurer la production agricole et répondre à la production du pain dans l’unique boulangerie du village restée en service. L’action dans la boulangerie s’inspire de faits authentiques qui se sont situés dans le sud-est du département et le village ressemble fort à un de ceux qui, à la limite des Deux-Sèvres et de la Vendée, appartiennent au Marais poitevin. Ces agricultrices sont également le vecteur de la première mécanisation des campagnes (les animaux de trait sont largement réquisitionnés), comme on peut le comprendre. En France on paya correctement les produits agricoles, il n’y eut donc pas de marché noir entre 1914 et 1918 comme en Allemagne et un encouragement à produire (alors qu’outre-Rhin les prix imposés étaient bien faibles, donc peu enclins à susciter un dépassement de ses forces). 

« Il y eut une belle hausse, ce printemps là [1917], sur toutes les denrées. Personne ne parla plus d’abandonner la culture ; les femmes les moins courageuses, les vieillards les plus fatigués se ressaisirent ; les champs qui étaient restés en friche furent bien vite ensemencés.

On fignola moins la besogne ; des procédés nouveaux et rapides furent employés. L’abondance d’argent facilita les choses, permit, par exemple, aux gros et moyens exploitants d’acheter des machines venues des pays étrangers. Malgré la rareté toujours plus grande de la main-d’œuvre virile, le travail se fit mieux que les années précédentes.

Il ne faut pas se hâter de dire que c’était le seul appât du gain qui relevait ainsi le courage des gens de la terre. Dans les âmes les plus humbles, il y avait le sentiment exaltant d’une victoire ; victoire pénible, lente, achetée au prix de peines obscures et incroyables, auxquelles, dans le désordre tragique de la guerre, on ne prêtait peut-être pas suffisamment attention. »

Contrairement à ce que certains ont pu écrire, il n’y a pas en plus dans ce roman une "amourette pour faire pleurer dans les chaumières". En fait, à travers la liaison entre un soldat en permission (responsable de la ferme avant-guerre) et Francine (une ancienne enfant de l'Assistance publique), c’est la question de la fidélité des femmes durant la Grande Guerre qui est posée. Le paradoxe est que Francine est victime de médisances alors que c’est une fille fidèle, mais il est vrai que son entrée dans la famille contrarie les projets de certains. Pendant ce temps d’autres villageoises puisent abondamment dans un ensemble composé en particulier d’hommes réfugiés de Belgique ou des départements occupés et de Français mobilisés dans les usines ou divers services (comme les hôpitaux). Cette question de la fidélité des femmes est d’ailleurs magnifiquement illustrée dans un des tous premiers dessins d’humour du Canard enchaîné signé par Lucien Laforge (qui travaillera ultérieurement pour L’Humanité et Le Libertaire). La scène présente un gros bourgeois âgé en compagnie d’une femme ; le lit est surmonté du portrait du mari absent en uniforme. En évaluant la résistance du lit conjugal,  la femme s’interroge en employant cette formule plus nettement appropriée au combattant sur le front : « Pourvu qu’il tienne ».

Dessin de Lucien Laforge

On a aussi le réservoir des Américains très présents dans cette région proche du port de La Rochelle où de nombreux bateaux américains arrivent chargés de sammies ou de marchandises. À ce propos, signalons que Rémy Porte dans son ouvrage Les États-Unis dans la Grande Guerre: Une approche française, cite un texte d’un journal de tranchées où les soldats américains (mieux payés que les poilus et résidant plusieurs mois à l’arrière pour une préparation à subir les dangers du front) sont clairement accusés de coucher avec les femmes des militaires français. Une des phrases du poème en question est : « Les amis de nos amies sont les sammies ». Le film développe plus largement les liens que les Américains entretiennent avec les villageois et on s’en doute avec les villageoises ; ce sont eux qui sont les uniques tombeurs des femmes françaises dans le scénario.

Le film Les Gardiennes sort officiellement le 6 décembre 2017 ; toutefois il a déjà largement été présenté dans de nombreux festivals en France et à l’étranger. Le plus proche géographiquement du lieu de l’action du roman fut celui du 8e festival international du film qui s’est déroulé du 16 au 22 octobre à La Roche-sur-Yon. Ce film de Xavier Beauvois  s’est fait car sa productrice Sylvie Pialat connaissait le roman éponyme d’Ernest Pérochon. Nathalie Baye est la mère du poilu qui gérait la ferme (avant août 1914) et sa fille Laura Smet est également son enfant dans le film. L’héroïne, la fille de l’Assistance publique, est incarnée par Iris Bry une actrice débutante qui doit à sa sensible interprétation de figurer parmi les tente-six noms en compétition pour le César du Meilleur Espoir.
La composition de la famille de référence est assez bouleversée entre le roman et le film, puisque le poilu en vedette se trouve doté de deux frères. Ceci a l’avantage de diversifier les destins des poilus que l’on suit vraiment : notre personnage principal revient légèrement mutilé physiquement et largement traumatisé psychiquement, un de ses frères est porté disparu alors que l’autre est fait prisonnier.

Les Gardiennes projet d'affiche non retenu

Le récit sur pellicule fait du disparu un maître d’école (ce qu’était Ernest Pérochon à la Belle Époque) et cela permet d’introduire un aspect totalement absent du roman, à savoir la mobilisation idéologique des enfants (stimulée dans le film par l’institutrice du village). Lors de la projection publique à laquelle j’ai assistée, cet aspect était perçu comme romancé alors que le poème vengeur et insultant vis-à-vis des "boches" était disons évaluable dans les quatre sur dix dans l’échelle des horreurs prêtés aux Allemands que l’on racontait aux enfants à l’école et dans l’importante presse pour les jeunes (n’oublions pas qu’ils ont reçu en particulier de plein fouet l’histoire des mains que des soldats du Reich aurait coupées à des enfants belges). 

Non seulement le travail des champs est bien reconstitué, avant et après l’aide d’engins motorisés (grâce au conseil de l’authentique paysan charentais qui joue l’oncle très âgé du poilu centre du récit) mais le spectateur découvre également le métier de charbonnier qu’assure l’héroïne après son renvoi de la ferme. D’après l’adresse vue sur une enveloppe, l’action a été située ici au sud de la Vienne ; en fait seule la ferme est se trouve là (à Journet précisément). Le tournage s’est fait pour l’essentiel, non loin de là, mais en Haute-Vienne et dans l’Indre. La gare est celle de Verneuil-sur-Vienne et la salle de classe reconstituée ainsi que les rues sont celles de Montrol-Sénard, un village qui se veut globalement un lieu de conservation de la vie rurale. On verra la bande-annonce du film ici :


Alain CHIRON

A lire :

PEROCHON (Ernest). Les Gardiennes, Métive, 2017, 344 p.

A voir :

Les Gardiennes, film français  de Xavier Beauvois, 2017, 134 minutes




dimanche 4 juin 2017

LIVRE : Raoul d'Aubervilliers, UN FRANÇAIS SOUS L'OCCUPATION (Mots-clés : mode, occupation, restrictions, reconstitutions, rationnement)

 
L'intéressante série Vivre l'Histoire des éditions Histoire et Collections, que nous ne présentons plus, nous propose un ouvrage de 95 pages relatant le journal intime d'un homme qui vécut sous l'occupation allemande entre 1940 et 1945. Plus précisément, son journal commence en avril 1940 et s'achève en 1948. 




Ecrites d'une plume incisive, les pages du document d'origine alternent récit manuscrit et coupures de presse. Mais revenons à notre livre. L'auteur, Raoul d'Aubervilliers, a choisi de reprendre des passages de ce récit, de façon chronologique, tout en s'arrêtant sur des thématiques choisies (pénurie, swing, patriotes, zazous, etc.). « cet ouvrage (...) propose de comprendre l'Histoire en lui redonnant vie par l'image », et donc aussi par le texte, « des images fantasmées d'une époque lointaine mais encore présente gràce à des passionnés et des collectionneurs (association Paris-Province, Raoul d'Aubervilliers) qui ont décidé de préserver objets et documents de cette période ».



 L'iconographie est donc de deux types : histoire vivante et documents d'époque. Si le mélange texte d'époque (coupures de presse et pages du journal intime) et documents (d'époque) confrontés aux mises en scènes actuelles n'est pas toujours en adéquation, voire un peu décalé, il faut reconnaître que le choix des figurants, le travail de l'association Paris-Province pour la mise en scène photos, les décors, costumes et autres accessoires est bluffante. A tel point que certaines images semblent tout droit sorties des magazines de mode de la période ou le fait de photographes comme le non moins talentueux photographe André Zucca (1897-1973) qui réalisa d'inoubliables photographies en couleur de Paris, des occupants et des parisiens sous l'occupation. Un ouvrage qui ravira les amateurs d'histoire vivante, ceux dont l'intérêt se porte sur la vie à l'arrière ou bien sur la mode. Notre seul regret, que le journal intime n'ait pas été publié dans son intégralité.




Raoul d'Aubervilliers, Un Français sous l'occupation, Paris, H&C, 2017 prix : 19,95 €

L'ouvrage est disponible sur le site d'Histoire et Collection, sinon vous pouvez l'acheter dans le commerce ou sur les sites de vente en ligne.