lundi 9 mars 2026

Six questions à : Annick de Fornel pour son livre DESTIN 1944-1948 (mots-clés : Indochine, Extrême-Orient, Inde, AFAT)

Après, Femmes à la guerre, récits et dessins inédits, publié en 2013, réédité la même année sous le titre Destin, récit épistolaire, Annick de Fornel nous livre donc la suite des aventures, sous l'uniforme, de sa mère, Marthe Varnier. Nous la suivons ainsi en Indochine, en passant par l’Égypte et l'Inde, de 1944 à 1948. Sa fille, Annick de Fornel, a, de nouveau (https://femmesenuniforme.blogspot.com/search?q=fornel), accepté de nous parler de ce second tome, au travers de quelques questions. Précisons le, le livre n'est pas encore disponible à la vente.

 

 


Ce 2ème tome est bien moins guerrier et bien plus intime que le 1er

En effet, la situation militaire est bien différente, en Corse ma mère était ambulancière, et lorsqu’elle se réengage chez les AFAT (Auxiliaires féminines de l'armée de terre) pour l’Indochine, sa mission la conduit au service du chiffre où le secret militaire est instauré.

La guerre qui se déroule en Indochine semble en second plan, un peu comme un décor. D'ailleurs, votre mère semble avoir été plus attirée par la vie locale que par la vie militaire, cela se ressent au travers les dessins.

Pour des raisons de sécurité il est impossible à ma mère d’évoquer les événements ou les actions militaires. Étant dans des bureaux elle n’est pas sur les zones de combats. Ses croquis et dessins sur la vie et les traditions de ce pays lointain, lui permettent de s’échapper du contexte et aussi de rassurer sa famille qui s’inquiète pendant ces huit années d’AFAT (engagée à 21 ans).

Comment avez-vous contextualisé ce journal ? En faisant appel à des spécialistes de la guerre d’Indochine ?

Ce sont tout d’abord les archives personnelles de mon père qui a été directeur du GCR Saïgon (Groupement des radios électriques) qui m’ont permis d’étayer et de structurer ce récit.

Archives de mon père de 1940 à 1948 : fiches d’organisation, de missions, courriers, notes, accords, témoignages de ses supérieurs…

Je me suis également rapprochée de personnes qui ont écrit sur le sujet dont Philippe Millour qui a bien voulu écrire un rappel historique de cet épisode de guerre. Je me suis également documentée en étudiant des sites sur le sujet, en citant mes sources.

 


 

C’est donc en Indochine que votre mère a rencontré votre père ?

En effet, maman a travaillé dans le service de Robert Piotet lorsqu’elle a été mutée à la DGER le 1er août 1945.

Ce 2ème tome marque-t-il la fin du récit ?

Un tome 3 est en cours d’écriture mais sur une suite civile qui ne sera édité qu’à titre personnel.

Comment se procurer votre livre ?

Je travaille à créer un site où l’on pourra commander mon livre.


lundi 2 mars 2026

NOUVEAUTE LIVRE : Virginie Ollagnier et Yan Le Pon L'ESCADRON BLEU 1945 (mots-clés : SASR, conductrices, ambulancières, Croix-Rouge, rapatriement, bande dessinée, médecin, AFAT)

 

 

 


Entre le 23 avril et le 15 juin 1945, avec les sanitaires offertes par la British Red Cross (BRC), la Croix-Rouge française, au travers de ses Sections automobiles sanitaires régionales (SASR) met sur pied huit groupes mobiles (GM) détachés auprès des armées alliées en Allemagne pour aider au rapatriement des prisonniers et déportés malades : GM1 (7ème armée US) ; GM2 (3ème armée US) ; GM4 (1ère armée française) ; GM5 (21ème armée britannique) ; GM6 (3ème armée US) ; GM7 (1ère armée française) et GM8 (1ère armée française). Chaque groupe présente de cinq à dix sanitaires, une camionnette (transport du personnel hospitalier et du matériel sanitaire) et une voiture de tourisme (liaison et prospection). Outre les conductrices, chaque groupe comprend également des infirmières de la CRF et des médecins militaires dont des femmes. Pendant cette période, les groupes transportent 10 274 malades et parcourent 248 754 kilomètres de l'Allemagne à l'Autriche en passant par la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie ou plus loin encore l'Union soviétique. En 2003, Dominique Ménager, à la demande des anciennes du Groupe mobile n°1, publiait un petit livre de 48 pages intitulé, L'Escadron bleu. Il relatait l'histoire de « ces onze jeunes filles (...) (qui) ont enduré sans se plaindre, nombre de souffrances, sans chercher d'autre récompense que la joie de servir. » Malheureusement cet opuscule eut une existence des plus confidentielle. 

De ces onze jeunes filles un nom est plus à retenir que les autres, Madeleine Pauliac. Une jeune lieutenant médecin AFAT (Auxiliaires féminines de l'armée de terre) qui trouva la mort en service. La réalisatrice Anne Fontaine ayant pris connaissance de l'existence de « l'escadron bleu », par le neveu de Madeleine Pauliac, Philippe Maynial, auteur de l'idée originale et co-scénariste, sort Les Innocentes qui retrace l'un des épisodes, particulièrement difficile, vécu par le groupe en Pologne. C'est l'actrice Lou de Laâge qui endosse le rôle de Madeleine. Un an plus tard, en 2017 donc, Philippe Maynial publie le livre Madeleine Pauliac, l'insoumise aux éditions XO. Le film, comme le livre ont un immense succès. Un emballement médiatique fait qu'on en a plus que pour « l'escadron bleu », définitivement plus groupe mobile n°1. Quant aux autres groupes c'est comme s'ils n'avaient jamais existé. 2020, s'inspirant du livre et du film, Emmanuelle Nobécourt (prix Historia 2020) réalise le documentaire Les Filles de l'escadron bleu pour la télévision. Un emballement qui va bien plus loin que les bobines de films et les pages des livres puisqu'il touche désormais physiquement le territoire : « Madeleine Pauliac a acquis une notoriété, avec à son nom une rue et une crèche à Villeneuve-sur-Lot, une rue à Toulouse, Nantes, Bordeaux, Quimper, Floirac, un gymnase à Saint-Ouen-l'Aumône, une école rue Buffault à Paris 9ème. Aujourd'hui, Madeleine Pauliac et l'escadron bleu partagent cette renommée avec notamment le parvis de la gare de Grenoble nommé Madeleine Pauliac/Escadron bleu, ainsi que d'autres lieux » (Philippe Maynial)

 



Désormais c'est au travers de la bande dessinée historique que l'escadron bleu s'invite. S'appuyant sur le livre de Philippe Maynial, et avec l'aide des familles des « anciennes », Virginie Ollagnier, scénariste, et Yan Le Pon, dessinateur, nous livrent un travail fouillé et plus qu'abouti. Ils ont dans ce récit voulu « célébrer la sororité » et faire en sorte qu'après « le temps des héros » vienne celui des « héroïnes ». Ils s'ancrent en même temps, implicitement, dans un espace intemporel : « Dans le climat actuel où l'autoritarisme et la guerre gagnent du terrain, il est important de se souvenir de leur engagement, parce qu'elles ont porté la vie partout où elle avait été assassinée, en s'occupant toujours de l'inhumain qu'elles rencontraient. » Nous ne reviendront pas sur la récit, donc pas sur le fond, mais sur la forme. Pour les connaisseurs que nous sommes, tout est parfait. Les uniformes, les véhicules, les insignes et les lieux, les personnages aussi. Les auteurs ont dû aller aux bonnes sources pour se documenter, malheureusement, ils ne les citent pas. Mais ce qui nous a vraiment beaucoup plu, ce sont les dernières pages qui, outre l'historique de l'escadron bleu et une carte géographique indiquant leur zone d'activité, regroupent photos, documents et insignes, donnant plus encore de vie à l'ouvrage et des repères indispensables pour les lecteurs.

 


 

Cette adaptation en bande dessinée librement inspirée du récit de Philippe Maynial est donc à posséder impérativement. Notons, qu'il est paru également une édition en bichromie limitée à 1000 exemplaires.


Virginie Ollagnier et Yan Le Pon, L'Escadron bleu 1945, Marcinelle, collection Aire Libre, Éditions Dupuis, 2026, 25 euros