Livre de poche paru chez Presses Pocket en 1962, il en existe plusieurs éditions, mais cette couverture demeure la plus attractive. Le lieutenant Katia n'est autre que Catherine Devilliers dont le récit est autobiographique.
Françaises sous l'uniforme est un site consacré presque exclusivement aux Françaises en guerre ou dans la défense nationale, du second empire jusqu'à la 5e république. Notre ambition ? Vous faire découvrir des livres et des expositions sur ce sujet ; mais aussi partager nos savoirs avec vous. Originalité ou non, de temps à autre, nous invitons un pays pour nous donner un plus large horizon. Pour ne rien vous cacher, nous espérons vivement que vous contribuerez à la vie du blog.
jeudi 28 décembre 2017
LIVRE : ADRIENNE BOLLAND par Madeleine Arnold-Tétard
L'officier d'état-civil força le destin en donnant deux "l" au nom de famille d'Adrienne qui n'aurait dû n'en comporter qu'un.
Adrienne Bolland est connue comme le premier pilote à avoir traversé la Cordillère des Andes comme le rappelle le préfacier Michel Lacombe qui conduit les avions d’Air France ; il ajoute que les femmes continuent à être encore assez rares parmi les pilotes (elles représentent 8% de l’effectif à Air France).
Adrienne Bolland est connue comme le premier pilote à avoir traversé la Cordillère des Andes comme le rappelle le préfacier Michel Lacombe qui conduit les avions d’Air France ; il ajoute que les femmes continuent à être encore assez rares parmi les pilotes (elles représentent 8% de l’effectif à Air France).
Madeleine Arnold-Tétard
archiviste-documentaliste de la ville de Meulan avait été contactée
en 1989 par un chef d’établissement d’un lycée professionnel de
Poissy afin de retracer l’essentiel de la vie d’Adrienne Bolland
qui devait donner son nom à ce lycée. Notons toutefois que notre
personnage est né en 1895 à Arcueil-Cachan (la division entre
Arcueil et Cachan date de 1922) dans le Val-de-Marne et non dans les
Yvelines. Belge, son père était journaliste et écrivain et sa
mère, française, comptait des ancêtres d’outre-quiévrain. Elle
est orpheline à 14 ans.
Elle suit une formation à
l’école de pilotage Caudron située au Crotoy dans la baie de
Somme et obtient son brevet de pilotage en janvier 1920. Quelques
mois après, elle fait la traversée de la Manche en avion. En 1921,
elle part d’Argentine à destination du Chili et on sait
généralement qu’une femme spirite lui avait communiqué un chemin
à prendre entre deux sommets des Andes. Parce qu’il est alors
impensable qu’une femme soit embauchée comme pilote par une
compagnie aérienne, durant l’Entre-deux-guerres elle court les
rassemblements aériens durant lesquels elle exhibe ses capacités
techniques.
![]() |
Adrienne Bolland en 1921 |
Durant la seconde guerre
mondiale, installée dans le Loiret dans la propriété familiale,
elle participe à des activités de résistance qui consistent à
informer les Anglais en vue de destructions possibles. Ce fut le cas,
en février 1942, avec le radar de Bruneval en Seine-Maritime cible
d'un commando britannique. Sont détaillées les conditions de la
disparition à la fin 1940 des aviateurs Henri Guillaumet (né à
Bouy en Champagne) et Marcel Reine (originaire d’Aubervilliers) qui
conduisaient Jean Chiappe en Syrie car ce dernier venait d’être
nommé Haut-Commissaire au Levant.
L’auteur consacre
ensuite une partie d’un chapitre à présenter rapidement une
demi-douzaine d’aviatrices de l’Europe occidentale et des USA des
années 1920 et 1930. Adrienne Bolland est la marraine de la
promotion 1951 des Infirmières pilotes secouristes de l’Air, ce
qui permet d’évoquer la création de ce corps en 1934 et le rôle
qu’elles jouèrent en particulier dans le rapatriement des déportés
et lors de la guerre d’Indochine. Elle décède en 1975 à Paris.
Une petite vingtaine de photographies sont proposées à la fin de
cet ouvrage qui présente une très grande fluidité de lecture.
ARNOLD-TETARD
(Madeleine), Adrienne Bolland,
Coëtquen éditions, Janze
(Ille-et-Vilaine), 2017, 124 p. 12 euros.
Alain CHIRON
dimanche 3 décembre 2017
CINEMA-ROMAN : Le roman d’Ernest Pérochon autour de la vie des femmes à la campagne durant la première guerre mondiale et son adaptation au cinéma
Entre 2006 et 2009, les
éditions Geste firent l’effort de rééditer toute l’œuvre
d’Ernest Pérochon. Les trois tomes eurent un grand succès, si
bien qu’aujourd’hui il ne reste plus de disponible que quelques
exemplaires du second volume qui contient en particulier Les
Creux-de-maisons et Le Chemin de plaine. Aussi,
avec la sortie du film Les Gardiennes, sous
le nom des éditions Métive (département de Geste), est
réédité le roman Les Gardiennes,
avec d’ailleurs en couverture l’affiche du film.
![]() |
Couverture du livre Les Gardiennes d'Ernest Pérochon |
Ce sont des femmes à la
campagne durant la première guerre mondiale que l’auteur nous
évoque :
« Elle songeait aux
jeunes hommes partis à la guerre. Après la victoire, quand ils
renteraient au pays, ils ne manqueraient point de demander :
- Qu’avez-vous fait de
tout ce que nous avions laissé ? Femmes ! êtes-vous
restées bonnes gardiennes chez nous ? Avez-vous
entretenu le feu de nos maisons aimées. »
Ernest Pérochon, après une
crise cardiaque sur le front, rejoint Niort en janvier 1915 dans le
service auxiliaire ; il observe les campagnes des Deux-Sèvres
et en 1924 est publié, alors chez Plon, le roman qui nous intéresse.
L’auteur montre comment femmes et enfants prennent le relais pour
assurer la production agricole et répondre à la production du pain
dans l’unique boulangerie du village restée en service. L’action
dans la boulangerie s’inspire de faits authentiques qui se sont
situés dans le sud-est du département et le village ressemble fort
à un de ceux qui, à la limite des Deux-Sèvres et de la Vendée,
appartiennent au Marais poitevin. Ces agricultrices sont également
le vecteur de la première mécanisation des campagnes (les animaux
de trait sont largement réquisitionnés), comme on peut le
comprendre. En France on paya correctement les produits agricoles, il
n’y eut donc pas de marché noir entre 1914 et 1918 comme en
Allemagne et un encouragement à produire (alors qu’outre-Rhin les
prix imposés étaient bien faibles, donc peu enclins à susciter un
dépassement de ses forces).
« Il y eut une belle
hausse, ce printemps là [1917], sur toutes les denrées. Personne ne
parla plus d’abandonner la culture ; les femmes les moins
courageuses, les vieillards les plus fatigués se ressaisirent ; les
champs qui étaient restés en friche furent bien vite
ensemencés.
On fignola moins la besogne ; des procédés nouveaux et rapides furent employés. L’abondance d’argent facilita les choses, permit, par exemple, aux gros et moyens exploitants d’acheter des machines venues des pays étrangers. Malgré la rareté toujours plus grande de la main-d’œuvre virile, le travail se fit mieux que les années précédentes.
Il ne faut pas se hâter de dire que c’était le seul appât du gain qui relevait ainsi le courage des gens de la terre. Dans les âmes les plus humbles, il y avait le sentiment exaltant d’une victoire ; victoire pénible, lente, achetée au prix de peines obscures et incroyables, auxquelles, dans le désordre tragique de la guerre, on ne prêtait peut-être pas suffisamment attention. »
On fignola moins la besogne ; des procédés nouveaux et rapides furent employés. L’abondance d’argent facilita les choses, permit, par exemple, aux gros et moyens exploitants d’acheter des machines venues des pays étrangers. Malgré la rareté toujours plus grande de la main-d’œuvre virile, le travail se fit mieux que les années précédentes.
Il ne faut pas se hâter de dire que c’était le seul appât du gain qui relevait ainsi le courage des gens de la terre. Dans les âmes les plus humbles, il y avait le sentiment exaltant d’une victoire ; victoire pénible, lente, achetée au prix de peines obscures et incroyables, auxquelles, dans le désordre tragique de la guerre, on ne prêtait peut-être pas suffisamment attention. »
Contrairement à ce que
certains ont pu écrire, il n’y a pas en plus dans ce roman une
"amourette pour faire pleurer dans les chaumières". En
fait, à travers la liaison entre un soldat en permission
(responsable de la ferme avant-guerre) et Francine (une ancienne
enfant de l'Assistance publique), c’est la question de la fidélité
des femmes durant la Grande Guerre qui est posée. Le paradoxe est
que Francine est victime de médisances alors que c’est une fille
fidèle, mais il est vrai que son entrée dans la famille contrarie
les projets de certains. Pendant ce temps d’autres villageoises
puisent abondamment dans un ensemble composé en particulier d’hommes
réfugiés de Belgique ou des départements occupés et de Français
mobilisés dans les usines ou divers services (comme les hôpitaux).
Cette question de la fidélité des femmes est d’ailleurs
magnifiquement illustrée dans un des tous premiers dessins d’humour
du Canard enchaîné signé par Lucien Laforge (qui
travaillera ultérieurement pour L’Humanité et Le
Libertaire). La scène présente un gros bourgeois âgé en
compagnie d’une femme ; le lit est surmonté du portrait du
mari absent en uniforme. En évaluant la résistance du lit
conjugal, la femme s’interroge en employant cette
formule plus nettement appropriée au combattant sur le front :
« Pourvu qu’il tienne ».
![]() |
Dessin de Lucien Laforge |
On a aussi le réservoir des
Américains très présents dans cette région proche du port de La
Rochelle où de nombreux bateaux américains arrivent chargés de
sammies ou de marchandises. À ce propos, signalons que Rémy Porte
dans son ouvrage Les États-Unis dans la Grande Guerre: Une
approche française, cite un texte d’un journal de tranchées
où les soldats américains (mieux payés que les poilus et résidant
plusieurs mois à l’arrière pour une préparation à subir les
dangers du front) sont clairement accusés de coucher avec les femmes
des militaires français. Une des phrases du poème en question est :
« Les amis de nos amies sont les sammies ». Le film
développe plus largement les liens que les Américains entretiennent
avec les villageois et on s’en doute avec les villageoises ;
ce sont eux qui sont les uniques tombeurs des femmes françaises dans
le scénario.
Le film Les Gardiennes
sort officiellement le 6 décembre 2017 ; toutefois il a déjà
largement été présenté dans de nombreux festivals en France et à
l’étranger. Le plus proche géographiquement du lieu de l’action
du roman fut celui du 8e festival international du film
qui s’est déroulé du 16 au 22 octobre à La Roche-sur-Yon. Ce
film de Xavier Beauvois s’est fait car sa productrice Sylvie
Pialat connaissait le roman éponyme d’Ernest Pérochon. Nathalie
Baye est la mère du poilu qui gérait la ferme (avant août 1914) et
sa fille Laura Smet est également son enfant dans le film.
L’héroïne, la fille de l’Assistance publique, est incarnée par
Iris Bry une actrice débutante qui doit à sa sensible
interprétation de figurer parmi les tente-six noms en compétition
pour le César du Meilleur Espoir.
La composition de la famille
de référence est assez bouleversée entre le roman et le film,
puisque le poilu en vedette se trouve doté de deux frères. Ceci a
l’avantage de diversifier les destins des poilus que l’on suit
vraiment : notre personnage principal revient légèrement
mutilé physiquement et largement traumatisé psychiquement, un de
ses frères est porté disparu alors que l’autre est fait
prisonnier.
![]() |
Les Gardiennes projet d'affiche non retenu |
Le récit sur pellicule fait
du disparu un maître d’école (ce qu’était Ernest Pérochon à
la Belle Époque) et cela permet d’introduire un aspect totalement
absent du roman, à savoir la mobilisation idéologique des enfants
(stimulée dans le film par l’institutrice du village). Lors de la
projection publique à laquelle j’ai assistée, cet aspect était
perçu comme romancé alors que le poème vengeur et insultant
vis-à-vis des "boches" était disons évaluable dans les
quatre sur dix dans l’échelle des horreurs prêtés aux Allemands
que l’on racontait aux enfants à l’école et dans l’importante
presse pour les jeunes (n’oublions pas qu’ils ont reçu en
particulier de plein fouet l’histoire des mains que des soldats du
Reich aurait coupées à des enfants belges).
Non seulement le travail des
champs est bien reconstitué, avant et après l’aide d’engins
motorisés (grâce au conseil de l’authentique paysan charentais
qui joue l’oncle très âgé du poilu centre du récit) mais le
spectateur découvre également le métier de charbonnier qu’assure
l’héroïne après son renvoi de la ferme. D’après l’adresse
vue sur une enveloppe, l’action a été située ici au sud de la
Vienne ; en fait seule la ferme est se trouve là (à Journet
précisément). Le tournage s’est fait pour l’essentiel, non loin
de là, mais en Haute-Vienne et dans l’Indre. La gare est celle de
Verneuil-sur-Vienne et la salle de classe reconstituée ainsi que les
rues sont celles de Montrol-Sénard, un village qui se veut
globalement un lieu de conservation de la vie rurale. On verra la
bande-annonce du film ici :
Alain CHIRON
A lire :
PEROCHON (Ernest). Les
Gardiennes, Métive, 2017, 344 p.
A voir :
Les Gardiennes, film français de Xavier Beauvois, 2017, 134 minutes
A voir :
Les Gardiennes, film français de Xavier Beauvois, 2017, 134 minutes
dimanche 4 juin 2017
LIVRE : Raoul d'Aubervilliers, UN FRANÇAIS SOUS L'OCCUPATION (Mots-clés : mode, occupation, restrictions, reconstitutions, rationnement)
L'intéressante série
Vivre l'Histoire des éditions Histoire et Collections, que nous ne
présentons plus, nous propose un ouvrage de 95 pages relatant le
journal intime d'un homme qui vécut sous l'occupation allemande
entre 1940 et 1945. Plus précisément, son journal commence en avril
1940 et s'achève en 1948.
Ecrites d'une plume incisive, les pages du
document d'origine alternent récit manuscrit et coupures de presse.
Mais revenons à notre livre. L'auteur, Raoul d'Aubervilliers, a
choisi de reprendre des passages de ce récit, de façon
chronologique, tout en s'arrêtant sur des thématiques choisies
(pénurie, swing, patriotes, zazous, etc.). « cet ouvrage
(...) propose de comprendre l'Histoire en lui redonnant vie par
l'image », et donc aussi par le texte, « des images
fantasmées d'une époque lointaine mais encore présente gràce à
des passionnés et des collectionneurs (association
Paris-Province, Raoul d'Aubervilliers) qui ont décidé de
préserver objets et documents de cette période ».
L'iconographie est donc de deux types : histoire vivante et documents d'époque. Si le mélange texte d'époque (coupures de presse et pages du journal intime) et documents (d'époque) confrontés aux mises en scènes actuelles n'est pas toujours en adéquation, voire un peu décalé, il faut reconnaître que le choix des figurants, le travail de l'association Paris-Province pour la mise en scène photos, les décors, costumes et autres accessoires est bluffante. A tel point que certaines images semblent tout droit sorties des magazines de mode de la période ou le fait de photographes comme le non moins talentueux photographe André Zucca (1897-1973) qui réalisa d'inoubliables photographies en couleur de Paris, des occupants et des parisiens sous l'occupation. Un ouvrage qui ravira les amateurs d'histoire vivante, ceux dont l'intérêt se porte sur la vie à l'arrière ou bien sur la mode. Notre seul regret, que le journal intime n'ait pas été publié dans son intégralité.
L'iconographie est donc de deux types : histoire vivante et documents d'époque. Si le mélange texte d'époque (coupures de presse et pages du journal intime) et documents (d'époque) confrontés aux mises en scènes actuelles n'est pas toujours en adéquation, voire un peu décalé, il faut reconnaître que le choix des figurants, le travail de l'association Paris-Province pour la mise en scène photos, les décors, costumes et autres accessoires est bluffante. A tel point que certaines images semblent tout droit sorties des magazines de mode de la période ou le fait de photographes comme le non moins talentueux photographe André Zucca (1897-1973) qui réalisa d'inoubliables photographies en couleur de Paris, des occupants et des parisiens sous l'occupation. Un ouvrage qui ravira les amateurs d'histoire vivante, ceux dont l'intérêt se porte sur la vie à l'arrière ou bien sur la mode. Notre seul regret, que le journal intime n'ait pas été publié dans son intégralité.
Raoul d'Aubervilliers, Un
Français sous l'occupation, Paris, H&C, 2017 prix : 19,95 €
L'ouvrage est disponible
sur le site d'Histoire et Collection, sinon vous pouvez l'acheter
dans le commerce ou sur les sites de vente en ligne.
mardi 23 mai 2017
samedi 1 avril 2017
LIVRE : Olier et Quénec'hdu, HOPITAUX MILITAIRES DANS LA GUERRE 1914-1918 (mots-clés : grande guerre, service de santé, armée d'orient)
Le 5e tome d'Hôpitaux
militaires dans la guerre, 1914-1918 de François Olier et
Jean-Luc Quénec'hdu est enfin, ou plutôt malheureusement, paru.
Car, en effet, c'est le dernier tome de cette merveilleuse série
amorcée en 2008. Le pari d'une étude exhaustive des 10 000
hôpitaux de la Grande Guerre paraissait presque impossible, pourtant
nos deux auteurs ont su mener cette étude avec brio sur la durée :
informations précises, des milliers d'illustrations (marques
postales, photos, cartes postales...) et ainsi de suite.
Pour ce 5e tome, ce sont
les 1re, 2e, 6e, 20e et 21e régions militaires qui sont développées
(Aisne, Ardennes, Aube, Bas-Rhin, Haute-Marne, Haut-Rhin, Marne,
Meurthe-et-Moselle, Meuse, Moselle, Nord, Oise, Pas-de-Calais, Somme,
Vosges, Belgique libre, Alsace-Lorraine), soit 2460 hôpitaux et
annexes situés sur 600 communes ! Les 40 dernières pages étant
consacrées à une étude sur les hôpitaux de l'armée d'Orient.
Notons aussi un précieux précis d'organisation et de fonctionnement
du service de santé de la zone de l'intérieur pour l'ensemble de la
guerre. Par ailleurs, Michel Pineau, historien spécialiste du
service de santé de la Grande Guerre, a réalisé quelques notices
historiques.
Ce livre, comme ses
prédécesseurs, ne se lit pas comme un roman, mais se parcourt,
s'approfondit comme un outil indispensable à la compréhension du
rôle, et du développement, du service de santé de l'armée
française au cours de la Grande Guerre.
Un livre, que dis-je une
série, que nous conseillons vivement.
François Olier et
Jean-Luc Quénec'hdu, Hôpitaux militaires dans la guerre 1914-1918,
tome V, Louviers, YSEC éditions, 2016
Disponible sur les
sites de vente en ligne et en librairie.
LIVRE : Philippe Guimberteau, LES MOUVEMENTS NATIONALISTES FRANCAIS, 1920-1945 (mots-clés : partis politiques, Etat français, nationalistes, nationalisme, royalisme, fascisme)
Non pas de femmes ici,
mais le livre d'un ami qui mérite d'être présenté en ces pages
par sa qualité et l'intérêt qu'il apporte, tant aux niveaux
historique, politique que visuel « car tel est notre bon plaisir».
Ici pas de ces textes exploités et surexploités par des historiens
en manque d'inspiration, incapables d'aller trouver l'information
partout où elle se trouve ou pourrait se trouver. Ici, c'est bien
tout le contraire que nous trouvons. Des historiques précis et
concis agrémentés d'anecdotes, et autres récits personnels. Les
sources ? Elles sont légions : presse d'époque, ouvrages
historiques, témoignages oraux, littérature partisane, tracts,
archives, etc. Les mouvements et partis présentés sont groupés
dans trois chapitres. Le premier regroupe les mouvements
d'avant-guerre qui pour certains disparaitront seulement en 1945
(Front national, Jeunesses patriotes, Action française, Ligue des
patriotes, etc.) ; le second chapitre est quant à lui consacré aux
mouvements créés sous l'Etat français (Jeunes du Maréchal, le
Feu, Ligue française, etc.). ; enfin, le troisième chapitre aborde
les organisations de l'Etat français (Compagnons de France, Centres
de jeunesse, etc.). Pour (presque) chaque mouvement sont présentés
insignes, affiches, cartes postales, cartes d'adhérents, etc.
souvent rares parfois uniques. Un plaisir pour les yeux, d'autant
qu'une mise en page, très réussie et soignée, semble donner une
âme à toutes ces reliques d'une histoire de France si riche, que
bien des étrangers nous envient.
Notons l'impressionnante
cohorte de partis sortant de l'oubli grâce à ces pages comme le
Parti national communiste, le Parti socialiste national, l'Union pour
la France ou encore le Front de la jeunesse.
N'oublions pas, pour
finir, que nombre de leaders de mouvements nationalistes des années
1930 seront envoyés en camp de concentration, comme le
lieutenant-colonel François de La Rocque (Croix de feu puis PSF), et
que certains y perdront la vie comme Georges Valois (le Faisceau).
Espérons qu'un jour
pareil ouvrage sur les mouvements de gauche et anarchistes viendra
accompagner Les mouvements nationalistes français. En
deux mots : beau et incontournable.
Philippe Guimberteau,
Les Mouvements nationalistes français, 1920-1945, Paris,
Uniformes, 2016
Disponible sur le net ou
sur le site de la librairie le hussard :
http://librairie-hussard.com/
samedi 4 mars 2017
LIVRE : Bernard O'CONNOR, AGENTS FRANCAISES (Mots-clés : SOE, seconde guerre mondiale, merlinettes, VFFL, France libre, Françaises libres, BCRA)
Auteur
prolifique s’il en est, Bernard O’Connor a orienté le fruit de
ses recherches et de ses travaux vers la guerre secrète menée par
les alliés durant la seconde guerre mondiale, tout particulièrement
le SOE (Special Operations Executives). Si le SOE Britannique est la
base de son travail, il n'a omis d'aborder les sections mises sur
pied par le SOE pour les forces en exile des pays occupés par les
Allemands et les Italiens, comme la France, les pays scandinaves, la
Pologne, etc. Mais aussi l'Espagne et l'Italie.
Son dernier
opus Agents Françaises est un livre a signalé bien qu’il pèche
par quelques faiblesses : barrière de la langue qui ne lui aura
permis d’aller plus loin dans ses investigations ; barrière
géographique aussi, en n’ayant eu la possibilité de rencontrer
les familles des femmes et jeunes femmes parachutées entre 1941 et
1944 en France. Pour autant, le livre s’articule de manière
cohérente en posant les grandes lignes du déroulé chronologique
des faits tout en donnant nombre de détails sur divers éléments
incontournables pour appréhender le parcours de guerre de ces 36
françaises parachutées en France : SOE, BCRA, Volontaires
françaises de la France libre, l'entrainement, les Merlinettes, etc.
Quelques-unes des 36 figures présentées individuellement, et
chronologiquement à leurs parachutages, dans le livre, nous sont
connues grâce aux mémoires qu’elles ont publiés, nous pensons à
Jeanne Bohec ou Marie Chamming's ou aux ouvrages que des auteurs
inspirés ont réalisés sur elles, nous pensons encore à Corinna
Von List.
Nous
remercions Bernard O’Connor d’avoir trouvé le temps de répondre
à quelques-unes de nos questions et ainsi de nous faire comprendre
ce qui a motivé la réalisation de cet ouvrage qui, précisons-le,
est unique en son genre.
Un
travail qui ne peut-être passé sous silence, qui donnera bien des
pistes aux chercheurs tout comme une compréhension générale et
contextuelle d’un sujet encore bien peu maîtrisé.
Pouvez-vous
vous présenter, vos travaux, vos centres d'intérêt ?
J'ai
enseigné l'histoire, la géographie, la religion, l'informatique,
la citoyenneté et l'anglais en Europe, à Taiwan, en Chine et en
Australie et j'ai des intérêts dans la géologie, l'anthropologie,
l'archéologie, l'histoire locale, l'extinction des dinosaures,
l'industrie de la coprolithe, les services de renseignement de
l'URSS, du Royaume-Uni de Grande Bretagne, de la France et leurs
opérations secrètes, en particulier le sabotage.
D'où vous vient cet intérêt pour la guerre secrète au cours de la seconde guerre mondiale ?
Je vis à quelques kilomètres de Tempsford, un terrain d'aviation top secret de la RAF à environ 80 km au nord de Londres, à mi-chemin entre Cambridge et Bedford. J'ai étudié le rôle du SOE et des SAS pendant la seconde guerre mondiale qui organisaient des mouvements de résistance dans les territoires occupés, tout en infiltrant et exfiltrant des agents secrets. J'ai publié de nombreux ouvrages sur l'aérodrome de Tempsford, le rôle de l'armée de l'air américaine, des agents soviétiques infiltrés par les Britanniques en Europe, les opérations de sabotage menées par SOE en Norvège, au Danemark, en Hollande, en Belgique et en France. Y compris les actions de chantage et comme autre pays la Grèce. J'ai également étudié le rôle des femmes impliquées sur l'aérodrome, en particulier les femmes agents, et j'ai écrit plusieurs romans, biographies et récits de leurs expériences en Europe occupée.
Pourquoi un ouvrage sur les agents Françaises ?
Ayant publié un compte rendu des agents féminins britanniques, américains et australiens, je savais que peu de choses avaient été publiées sur les femmes françaises. J'ai entrepris d'utiliser des documents provenant des archives nationales de Kew et d'autres sources pour raconter leurs histoires et faire en sorte que le monde n'oublie pas le rôle qu'elles ont joué dans la libération de la France.
Quels obstacles avez-vous rencontrés lors de vos recherches ?
Ne parlant pas couramment le français ou n'étant pas en mesure de le lire bien, j'étais limité aux rapports britanniques relatant leurs faits et aux traductions google des pages françaises du net. N'ayant trouvé trace de leurs familles ou descendants, j'ai peu d'informations sur leur vie d'avant-guerre.
Vous parlez de 36 françaises, mais certaines, non présentes dans le livre, sont-elles encore à découvrir ?
Je soupçonne que le MI6 a infiltré un certain nombre de femmes francophones pour «collaborer horizontalement» avec les Allemands et leurs dossiers ne sont pas et ne seront probablement jamais disponibles pour le grand public.
Quelles figures sont les plus intéressantes à vos yeux ?
J'étais particulièrement intéressé par ces femmes qui ont reçu une formation de sabotage et qui ont entrepris des opérations dangereuses en France, comme les Merlinettes, opératrices envoyées en France avant et après le jour J.
L'absence d'archives familiales est sans doute l'une des faiblesses de votre livre ?
Je suis d'accord, mais mon français est limité et j'ai rencontré bien des difficultés à localiser les familles de ces 36 femmes et jeunes femmes.
D'autres pays européens ont-ils de pareilles figures féminines ?
Six femmes ont été envoyées à la fois en Hollande et en Belgique, pour lesquelles j'ai effectué des recherches et publié une étude de leurs parcours.Les deux seuls ouvrages sur le sujet sont l'oeuvre d'étrangers, vous et une allemande, pensez-vous qu'il y a une raison à cela ?
Je ne connais pas le chercheur allemand. Beaucoup de livres ont été écrits par des femmes et des hommes sur les agents, y compris les femmes, mais ayant fait des recherches sur l'aérodrome et les SOE, j'ai estimé que mes recherches méritaient d'être mises à la disposition du grand public.
Avez-vous un message à passer dans le cadre de vos recherches ?
Ma recherche a été fascinante et très enrichissante, en grande partie grâce au confort de mon fauteuil associé à mon ordinateur portable. Ayant accès à internet en haut débit, j'ai pu rechercher des sites Web pertinents, transcrire des documents, localiser et acheter des livres, télécharger des fichiers venant des archives nationales et communiquer avec des personnes du monde entier intéressées par le SOE. Certains m'ont envoyé des documents de leurs archives et ont répondu à mes nombreuses questions. Parfois, je suis allé à Kew pour photographier des documents. N'importe qui peut entreprendre des recherches similaires ; à condition d'avoir beaucoup de temps mais aussi d'être capable d'avoir une bonne cadence de frappe - à moins d'avoir accès à une technologie qui transcrit ce que vous dictez oralement.
Bernard O'Connor
Il peut être obtenu à partir de:
http://www.lulu.com/content/paperback-book/agents-fran%c3%a7aises/18967228
La version EBook ne comprend pas les illustrations.
http://www.lulu.com/content/e-book/agents-fran%c3%a7aises/18968944
Des copies signées sont disponibles auprès de Bernard O'Connor
fquirk202@aol.com
dimanche 22 janvier 2017
SUJET : Attitudes engagées des femmes vivant en France et outre-quiévrain durant la Grande Guerre (Mots-clés : première guerre mondiale)
Pour ceux qui
s’intéressent au rôle qu’eurent les femmes dans la première
guerre mondiale, il faut bien distinguer les espaces culturels. Les
régions envahies durablement appartiennent à deux ensembles celui
majoritairement de culture slave orthodoxe et celui de culture
catholique. Dans le premier ensemble, on relève un groupe composé
de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro (évidemment dans leurs
frontières d’avant août 1914) où la religion des popes est
quasiment sans conteste et un pays la Russie qui voit occupé des
régions lui appartenant fortement hétéroclites du point de vue
religieux avec les trois composantes d’alors du christianisme. On y
trouve des Russes orthodoxes, des Polonais et des Lituaniens catholiques
et des Baltes protestants. Dans l’univers orthodoxe on trouve, de
façon pas si exceptionnelle que cela, des femmes portant l’uniforme
et combattant.
Les Anglaises, qui
portent l’uniforme en nombre restreint et ne combattent pas, ne
connaissent pas une partie de leur pays envahi. Nous allons voir à
travers quelques communications de colloque et des ouvrages (plus ou
moins récents) ce qu’on a pu écrire dans les vingt dernières
années sur les femmes belges et françaises dans la Grande Guerre,
ayant une action directe ou indirecte dans la machine de guerre. Nos
références ne sont pas exhaustives, nous avons retenu des
monographies et des actes de colloque sortis depuis moins de vingt
ans. L’objectif est de fournir des pistes à ceux qui voudraient
avoir une bibliographie de base d’ouvrages facilement disponibles à
l’état neuf, d’occasion ou assez présents dans des
bibliothèques. Nous allons suivre l’ordre chronologique de leur
parution.
Le titre dont nous allons
parler en premier est le résultat de l’ensemble des articles parus
durant l’été 1994 dans le journal Le Monde, ces articles
paraissent deux ans après l’ouverture de l’Historial de Péronne
(qui coédite le livre) et ces années 1990 sont marquées
incontestablement par un intérêt du grand public pour la première
guerre mondiale, le succès de certaines BD de Tardi en étant un des
reflets. Dans 14-18 la très grande guerre il y a un article
sur l’infirmière anglaise Édith Cavell qui a réussi à faire
passer des soldats alliés (qui se cachaient en Belgique) au Pays-Bas
et l’impact qu’eut sur l’opinion américaine son exécution.
Édith Cavell vivait à Bruxelles depuis 1907, elle y avait séjourné
déjà de 1890 à 1895 ; elle est donc une femme vivant en
Belgique avant la déclaration de la guerre.
Le second texte dans
l’ordre de lecture nous évoque les nuances dans la propagande que
l’on peut trouver dans la lecture de Bécassine par rapport
à d’autres héros d’histoires en images pour les enfants. On
notera en particulier le fait qu’accompagnant un major anglais dans
une mission de photographie aérienne, elle essuie les tirs des
Allemands. Sur l’ensemble des quatre albums en rapport avec la
Grande Guerre, on peut rajouterons-nous se faire une bonne idée des
nouveaux métiers auxquels les femmes accèdent durant le conflit. Le
troisième texte évoque la grève des midinettes au printemps 1917,
à cette occasion certaines demandent la paix.
En 2003 Christine Bard
livre Les filles de Marainne : histoire des féminismes
1914-1940 et si un chapitre montre les femmes pleinement
engagées dans l’Union sacrée, un autre intitulé "Dissidences
pacifistes et contestations radicales" permet de croiser en
particulier des institutrices syndicalistes dont Hélène Brion
institutrice à Pantin et la savoyarde Lucie Colliard dont l’avocat
est le député Paul Meunier (bientôt accusé d’avoir négocié
secrètement avec les Allemands). Cette même année 2003 est publié
un ouvrage collectif Hommes et femmes dans la France en guerre
(1914-1945). Un article signale à la page 69 que environ trois
cent femmes françaises portèrent l’uniforme en tant que
conductrice d’engins à moteur et à la page 71 qu’Émilienne
Moreau de Loos avait combattu les Allemands les armes à la main (Le
Petit Parisien et Le Miroir publient ses mémoires entre
décembre 1915 et janvier 1916).
L’année suivante
paraît 1914-1918 : combats de femmes, un ouvrage dirigé
par Évelyne Morin-Rotureau qui traite des deux sujets précédents
mais avec souvent des approches par d’autres personnalités comme
ici Louise Bodin. De plus Annette Becker évoque "le sort des
femmes pendant l’occupation allemande du nord de la France".
En 2006 dans Paroles de paix en temps de guerre on relève une
communication commise par Mona Siegel "Paroles féministes et
pacifistes au temps de la Grande Guerre". Au passage elle
rappelle qu’en France où la revendication des femmes de pouvoir
voter existe à la Belle Époque, il leur est répondu que la
citoyenneté pleine est à donner à ceux qui peuvent défendre leur
pays. Le refus de voir une femme avec un fusil n’est donc pas
seulement le fruit d’une culture catholique, il est aussi la
réponse négative à une autre demande qui pointe. L’auteur montre
que toutes les féministes n’évoluent pas vers le pacifisme et que
celles qui le font avancent à des rythmes fortement différents ;
d’ailleurs la plus médiatisée de l’époque Hélène Brion n’a
pas été la plus véloce. Nous dirons personnellement que par la
tenue de son procès et des réponses qu’elle y fit, elle inscrit
son nom dans une page d’histoire du pacifisme et que cela lui valu
une large place dans la BD Un long destin de sang (2 tomes
sortis respectivement en 2010 et 2011). Mona Siegel ajoute que, dans
l’Entre-deux-guerres, la puissance d’un mouvement comme la Ligue
internationale des mères et éducatrices pour la paix est la
résultante du combat des féministes pacifistes des deux dernières
années de guerre.
En 2008 Jean-Marc Binot
propose Héroïnes de la Grande Guerre, cet ouvrage permet de
mettre en exergue un certain nombre de personnalités. Ainsi alors
qu’elles n’ont pas le droit de vote, Jeanne Macherez (veuve d’un
député puis sénateur) non seulement dirige l’infirmerie de la
ville de Soissons mais fait office de maire pour négocier avec les
Allemands le temps qu’ils occupent la ville (du premier au douze
septembre 1914). Elle y gagne le surnom de "la mairesse de
Soissons", on en apprend largement plus sur Émilienne Moreau
dans son aide aux Anglais reprenant la ville de Loos le 25 septembre
1915. Ce sont quatorze femmes belges ou françaises qui se côtoient
souvent dans des missions de renseignements, de la plus prude à la
plus courtisane puisque Marthe Richer (devenue Richard) y a sa place
d’espionne avérée mais dont on doute de la réelle efficacité.
Une mention spéciale est à porter pour le récit qui raconte dans
le détail comment la paysanne normande Octavie Delacour ayant
rencontré, dans le bois près de Gournay-en-Bray des soldats
allemands infiltrés, va éviter (en prévenant les gendarmes locaux)
que les premiers ne fassent sauter des ponts sur la Seine autour de
Rouen.
Les Femmes et la
guerre de l’Antiquité à 1918 est un ouvrage qui reprend les
communications données lors d’un colloque éponyme tenu à
l’université d’Amiens en 2010. Les articles sont classés là
par ordre chronologique. Ceci est l’occasion de revenir sur les
Amazones, Jeanne d’Arc (et en particulier sur ce dont on l’accuse),
les actes de résistance des femmes cathares, les engagements
partisans de certaines épouses de chefs de parti au moment des
guerres de religion (dont la duchesse de Montpensier et la princesse
de Clèves). À diverses dates sont évoquées les rôles tenus par
des femmes comme espionne, vivandière, infirmière …
Six textes, soit un tiers
de l’ensemble des communications, traitent de la période de la
première guerre mondiale. Philippe Nivet aborde la place des femmes
dans les zones occupées de la France ; ces départements sont
de l’ordre de la dizaine de la Mer du Nord aux Vosges. Ceci est
l’occasion de rappeler les émeutes de la faim et le rôle qui
tinrent les femmes. En janvier 1917 par exemple dégénère la
distribution de pommes de terre assez abimées à la population (page
277). Le passage sur les réseaux de résistance permettent de voir
leur fonction dans le renseignement et la place tenue dans l’un
d’entre eux par Louise de Bettignies et dans un autre cas quelles
furent les actions d’Édith Cavell conjointement avec Louise
Thuliez. Sont également évoquées les maîtresses françaises du
Kronprinz lors de ses séjours dans les Ardennes et plus généralement
les relations des femmes des régions occupées avec des soldats
allemands. Ces liaisons soulèvent parfois des procès après-guerre ;
ces actions devant la justice inspirent d’ailleurs des romanciers
dans les Années folles. Ainsi Gabrielle Verlon, inquiétée pour
intelligence avec l’ennemi dans l’Aisne, voit reprises ses
actions au sein du réseau Toquet dans le livre La Gazette des
Ardennes de Gustave le Rouge et Louis Chassereau paru chez
Tallandier. Il y a ici une belle remise en perspective de la valeur
morale de l’espionnage féminin aux yeux de certains Français
contemporains de la Grande Guerre et de l’Entre-deux-guerres, ce
qui est l’occasion de revenir sur Marthe Richard. Ceci est à
mettre en parallèle avec le fait rapporté dans l’ouvrage consacré
à Louise de Bettignies par Chantal Antier, que les milieux
nationalistes tenaient à préciser durant les Années trente que
dans le réseau de celle-ci, on ne couchait pas.
Nadine–Josette Chaline
s’interroge sur le rôle des religieuses dans la Grande Guerre et
les déplacements des communautés vers l’intérieur du pays. On
apprend que dans l’Allier trouvent refuge des carmélites
françaises exilées depuis 1905 dans la province belge du
Luxembourg, des carmélites de Meaux et des religieuses venues de
Verdun. L’auteur rappelle l’importance des images pieuses qui
circulent chez les poilus et en particulier celles concernant Sainte
Thérèse de Lisieux. Deux autres textes tentent de montrer que
l’absence du père pendant quatre ans s’est traduite par de
nombreux conflits familiaux au retour, tant du point de vue d’une
présence du père perçue par l’enfant comme accaparant la mère
et le privant de l’affection maternelle que par la difficulté
qu’ont à revivre ensemble mari et femme. Ce n’est pas cité ici
mais Charles Trénet fut placé en pension très tôt car son père,
à peine rentré au printemps 1919, s’avéra comme sa mère
incapable de reprendre une vie conjugale harmonieuse. Comme nous
l’avons écrit, il est sorti en 2013 chez Tallandier un livre qui
retrace la vie de Louise de Bettignies. L’ouvrage retrace de façon
complète la courte mais intense vie de cette Jeanne d’Arc au
service des Anglais. Outre de nous faire savoir que celle-ci avait
étudié en Angleterre, avait vécu en pays catholiques dans l’Europe
centrale à la Belle Époque (Vienne, Bohême, Galicie et Bavière),
l’ouvrage montre que cette Française n’avait aucune confiance
dans l’efficacité du service d’espionnage de son pays et c’est
pourquoi elle se mit au service ces Anglais.
Alain CHIRON
BIBLIOGRAPHIE
Historial de Péronne,
14-18 la très grande guerre, Le Monde, 1994
Christine Bard, Les
filles de Marainne : histoire des féminismes 1914-1940,
Fayard, 2003
Luc Capdevilla (et al.),
Hommes et femmes dans la France en guerre (1914-1945), Payot,
2003.
Évelyne Morin-Motureau,
1914-1918 : combats de femmes : les femmes piliers de
l’effort de guerre, Autrement, 2004
Mona Siegel "Paroles
féministes et pacifistes au temps de la Grande Guerre" In
Paroles de paix en temps de guerre, Privat, 2006
Jean-Marc Binot, Héroïnes
de la Grande Guerre, Fayard, 2008
Marion Trévisi et
Philippe Nivet, Les Femmes et la guerre de l’Antiquité à 1918,
Economica, 2010
Chantal Antier, Louise de Bettignies, Tallandier, 2013
LIVRE : Louise Depuyot, LES GRANDES GUERRIERES DE L'HISTOIRE (Mots-clés : amazones, combattantes, guerrières)
Dans son
introduction, l’auteur rappelle que les femmes ont généralement
participé aux conflits armés dans des rôles de cantinières,
d’infirmières ou d’espionnes. Toutefois, dès le départ, et
parfois sous des formes propres (comme le viol), elles furent
victimes des guerres. Par
leurs actions elles ont pu voir leur nom pérenniser dans des noms de
produit, comme Lara Secord pour des chocolats et bonbons. Cette femme
est une héroïne de la guerre anglo-américaine de 1812 et son
action permit d’éviter que les jeunes USA ne s’emparent de la
région au nord des chutes du Niagara. Louise Depuyot rappelle enfin
que les amazones grecques relèvent non de l’histoire mais de la
légende.
En
moyenne, par une petite dizaine de pages, nous est présenté la
biographie d’une femme particulière. Une page d’illustrations
est systématiquement proposée dans ce cadre. Après avoir évoqué
la reine bretonne (donc sur l’espace actuel du nord de
l’Angleterre) Boadicée en lutte contre les Romains, on découvre
une bonne demi-douzaine de femmes samouraïs. Jeanne de Belleville,
Jeanne d’Arc et Jeanne Hachette amènent le temps de la guerre de
Cent ans.
La
période des Temps modernes (1492-1789) est extrêmement bien
illustrée tant par les femmes pirates que par des personnages comme
la princesse d’Épinoy (qui défendit en 1581 la ville de Tournai
contre le duc de Parme devenu gouverneur des Pays-Bas espagnols),
Catalina de Erauso (une nonne espagnole qui fuit le couvent pour
devenir militaires aux amériques), La Maupin (cantatrice française
aux nombreux duels). On remarque que l’on aurait pu ajouter dans ce
groupe madame de Saint-Baslemont, fort active militairement du côté
de Louis XIII en Lorraine lors de la guerre de Trente ans. Micheline
Cuénin lui avait consacré en 1992 une biographie aux Presses
universitaires de Nancy.
Pour
la période révolutionnaire est présente Anne-Josèphe Théroigne
de Méricourt née dans les Pays-Bas autrichiens ; elle est
connue pour en particulier avoir tenté de créer une phalange
d'amazones lorsque la République françaises est en guerre contre
les monarchies européennes.
Nous
arrivons à la Grande Guerre grâce à Marie Marvingt (née à
Aurillac en 1875), une pionnière de l'aviation française, qui
déguisée en homme participe sur le front à plusieurs combats
notamment dans les rangs du 42e bataillon de chasseurs à pied.
Découverte, elle est toutefois autorisée officieusement à servir
dans l'aviation. D'ailleurs, en 1915, elle bombarde une caserne
allemande à Metz.
Emilienne Moreau n'aurait pas fait (comme le rapporte la presse de l'époque) le coup de feu lors de la reprise en septembre 1915 par les Anglais de sa ville de Loos-en-Gobelle mais par contre elle a donné des informations aux troupes britanniques sur les positions allemandes et a installé un poste de secours médical. Durant la seconde guerre mondiale, alors qu'elle est devenue institutrice et militante socialiste, elle se fait remarquer par d'importantes activités de résistance.
Emilienne Moreau n'aurait pas fait (comme le rapporte la presse de l'époque) le coup de feu lors de la reprise en septembre 1915 par les Anglais de sa ville de Loos-en-Gobelle mais par contre elle a donné des informations aux troupes britanniques sur les positions allemandes et a installé un poste de secours médical. Durant la seconde guerre mondiale, alors qu'elle est devenue institutrice et militante socialiste, elle se fait remarquer par d'importantes activités de résistance.
Egalement est décrite l'aventure en Serbie de l'anglaise Flora Sanders.
Rappelons que nous avions présenté sur ce site la Marocaine Fatima
qui avait fait le coup de feu chez les spahis, en 1915, sur le front français. Un
personnage non développé dans l'ouvrage Les
Grandes guerrières de l'histoire.
Bien entendu
une bonne place est faite aux combattantes de la seconde guerre
mondiale (dont les aviatrices russes) et on apprécie que des
exemples très récents soient mis en exergue comme celui de la
"terroriste" Leïla Khaled qui détourne en 1969 un avion
et manque de le faire en 1970 pour le compte du FPLP ; elle ne
resta que juste une année en prison en Angleterre car elle fut
échangée contre des otages d’un détournement ultérieur.
Encore plus
proche de nous, l’auteur parle de la britannique Chantelle Taylor
présente en 2008 en Afghanistan et de Narine Afrine combattante
kurde en Syrie. On apprécie l’évocation de personnalités non
européennes comme la pirate chinoise Chingh Shih (connue par les
Chinois sous le nom de Cheng I Sao 鄭一嫂) qui
sévit au tout début du XIXe siècle ; notons qu’une excellente
série de BD lui est consacrée. Il s’agit de Shi
Xiu reine des pirates, paru en quatre tomes
chez Fei entre 2011 et 2015 ; bien entendu le contenu est assez
romancé.
Louise
Depuyot, Les
Grandes guerrières de l’histoire,
Jourdan, 2016, 246 p. 17 euros
Inscription à :
Articles (Atom)