Françaises sous l'uniforme est un site consacré presque exclusivement aux Françaises en guerre ou dans la défense nationale, du second empire jusqu'à la 5e république. Notre ambition ? Vous faire découvrir des livres et des expositions sur ce sujet ; mais aussi partager nos savoirs avec vous. Originalité ou non, de temps à autre, nous invitons un pays pour nous donner un plus large horizon. Pour ne rien vous cacher, nous espérons vivement que vous contribuerez à la vie du blog.
mercredi 5 décembre 2018
Militaria magazine : "Pépita" du Bataillon de Corée
Dans le dernier numéro de Militaria magazine (n°399-400), un article se consacre à "Pépita" figure incontournable du Bataillon de Corée.
lundi 5 novembre 2018
jeudi 1 novembre 2018
mardi 23 octobre 2018
LIVRE : LES TIREUSES D'ELITE DE L'ARMEE ROUGE par Liouba Vinogradova (Mots-clés : URSS, Russie, seconde guerre mondiale, sniper, armée rouge)
Singulière histoire que
celle de ces milliers de jeunes femmes, volontaires ou arrachées de
gré à leur foyer, pour affronter un combat à mort entre deux
totalitarismes, le communisme et le nazisme. A peine sorties de
l'adolescence, n'ayant jamais côtoyé la guerre, la mort, la
brutalité, la violence ou les hommes, elles se retrouvent ainsi à
libérer le territoire national les armes à la main, dans cette
grande guerre patriotique d'une violence inouïe sans précédent.
Dans les premiers mois de
l'invasion de l'URSS par l'Allemagne nazie, le pays perd une telle
proportion de sa population masculine qu'il doit recruter des femmes
« à une échelle encore plus étendue qu'auparavant ».
On estime que 500 000 à près d'un million d'entre-elles fit
partie des effectifs de l'armée rouge pendant la seconde guerre
mondiale. La pays prônant une égalité des sexes à 100%, outre les
fonctions administratives, les femmes servent comme infirmières,
opératrices téléphoniques, cuisinières, radios et ainsi de suite.
Mais ce qui a toujours marqué les occidentaux ce sont les
escadrilles féminines, les femmes tankistes, fusiliers marins ou
encore les femmes tireurs d'élite sujet du présent ouvrage.
A la vérité les futures
tireuses d'élite « n'avaient qu'une vague idée de ce
qu'impliquerait leur futur rôle de snipers ». Le mouvement
des tireurs d'élite est né de lui-même sur le front de Leningrad
en 1941 avant de prendre une ampleur sans précédent. Des milliers
d'hommes et de femmes apprirent leur métier sur le front. Ainsi,
manquant totalement de formation, la tireuse d'élite du front de
Volkhov, Lida Larionova, « affichait un score d'un seul
allemand tué, bien qu'étant déjà une combattante expérimentée. »
D'autres eurent la chance de l'apprendre au sein de l'Ossoaviakhim
(fondée en 1927) ou à l'école principale de préparation des
femmes snipers qui, de 1943 à 1945, forma plus d'un millier de
femmes et 407 instructeurs-snipers.
L'arrivée à l'armée est
généralement marquée par une perte de toute féminité, uniformes
et bottes d'hommes trop grands, cheveux coupés comme ceux des
hommes. Viennent les cours théoriques, la marche au pas, les
exercices de tirs, l'art du camouflage, etc. Envoyées au front les
tireuses d'élite forment des sections rattachées à des régiments.
Elles travaillent seules ou en binôme, et lorsqu'elles n'effectuent
pas leur travail de sniper elles se font simple fantassin ou
infirmières.
Ce qui marqua le plus les
tireuses d'élite fut la mort de leur premier allemand. Pour Anya
Moulatova, comme la majorité de ses comparses, « il était
plus facile moralement de tuer à grande distance. En tirant de deux
cents mètres, les tireurs d'élite, dans leur lunette de visée,
distinguaient parfaitement le visage de leur victime. Mais deux mois
plus tard, Anya se vit contrainte de tirer sur un allemand à une
distance de seulement cinq mètres, et l'image de cet allemand la
tortura ensuite toute sa vie ».
Le livre nous fait découvrir
le destin individuel de ces jeunes femmes, ou plus âgées, comme
Nina Petrova combattant au siège de Leningrad. Elles eurent pour
nom Roza Chanina, Jénia Makeïeva, Lida Bakieva, Véra Tchouïkova,
etc. L'auteur revient sur Ludmilla Pavlitchenko qui serait avec 309
ennemis tués la plus grande tireuse d'élite de l'armée rouge.
Grâce à un argumentaire imparable et une confrontation de sources
sérieuse, Liouba Vinogradova démontre que le palmarès de Ludmilla
fut monté de toute pièce par le pouvoir en place et qu'elle ne fut
qu'une marionnette en ses mains.
Leurs parcours défile,
Leningrad, Biélorussie, Crimée, Prusse Orientale jusque Berlin. Une
guerre inhumaine, où la mort devient une banalité à laquelle on
s'habitue, tout comme la faim, la saleté, la vermine, où l'ennemi
est parfois dans son propre camp. Viols ou tentatives de viols des
officiers, maltraitances... Témoins de crimes de guerre, de viols,
sur des civils, des enfants allemands, voire des Russes ayant rejoint
les Allemands systématiquement exécutés, donnant ainsi un sens à
ce qu'affirmait Ilya Ehrenbourg, propagandiste de la haine, « les
Allemands ne sont pas des êtres humains » « tuons-les.
Si tu ne tues pas ne serait-ce qu'un allemand par jour, ta journée
est gâchée. » L'une d'elles écrit « la haine
était notre soutien, rien d'autre n'aurait pu nous faire tenir ».
A la fin de la guerre celles qui furent faites prisonnières au cours
du conflit par les Allemands puis libérées par l'armée rouge
furent considérées comme des traitres ayant préféré se rendre
plutôt que de se battre. Lors de sa libération la pilote Anna
Egorova, qui avait été abattue près de Varsovie et présentait de
graves brûlures et des fractures causées par sa chute passa par un
camp de triage et, bien qu'elle tienne à peine debout « et
que la fine pellicule de peau qui recouvrait ses brûlures se
craquelait et laissait suinter le sang. » Le commandant du
Smerch ne l'autorisa pas à s'asseoir. « Il traita
l'aviatrice libérée de captivité de « berger allemand ».
Liouba Vinogradova suit le
destin tragique, véritablement hors du commun, de jeunes filles
blessées par la guerre, tireuses d'élite émérites, mais aussi
pilotes de chasse ou de bombardier accomplies. Le livre est dur et
montre, par l'exemple, qu'il n'exista pas d'égalité entre hommes et
femmes au front. Ce qui ne veut pas dire que certaines femmes ne
surent pas se défendre et s'imposer. Il montre aussi que la haine ne
fut pas le fait seul de la barbarie nazie, mais aussi celle de
l'autre dictature que fut l'URSS de Staline et dont les armées
commirent les pires crimes sur le sol allemand.
L'auteur nous offre encore
un merveilleux livre, qui, parfois, peut paraître décousu, mais,
pour autant, est un témoignage capital dans la compréhension d'un
conflit encore si présent dans nos mémoires.
VINOGRADOVA (Liouba), Les
Tireuses d'élite de l'armée rouge, Paris, éditions Héloïse
d'Ormesson, Paris, 2018, 384 pages 23 euros
mercredi 1 août 2018
LIVRE : LAST RIDE OF THE VALKYRIES par Jimmy L. Pool (mots clés : Allemagne, Reich, helferinnen, wehrmacht, seconde guerre mondiale)
Avouons le, nous sommes
quelque peu passé à côté de ce bel et gros ouvrage (21,6 x 3,2 x
27,9 cm) tout en couleur sur les uniformes, les insignes,
l'organisation et l'histoire des auxiliaires féminines de la
Wehrmacht (Wehrmachthelferinnenkrops) durant la
seconde guerre mondiale. L'ouvrage magistralement construit s'appuie
sur une étude diligentée par le lieutenant colonel Mary L. Milligan
de l'armée américaine, entre 1945 et 1954, sous le vocable de
Personnel and administration project, et
rédigée par August Schalkhaueuser. La finalité de ce travail étant
une étude détaillée sur l'utilisation des allemandes au cours de
la seconde guerre mondiale. En 1957, Mary L. Milligan prendra la
direction du United States Women's Army Corps
(WAC).
Près
de 400 000 allemandes serviront dans la Heer
(armée de terre), la Luftwaffe
(armée de l'air) et la Kriegsmarine
(armée de mer) tout au long du conflit. Mais notre propos n'est pas
ici d'en faire l'étude. Sur près de 304 pages l'auteur Jimmy L.
Pool passe en revue chaque armée et chaque service en détail. Le
texte est riche, bien documenté, les images inédites à 90 %,
proviennent pour partie de collections privées dont celle,
incroyable, de Patrick Ott. Photos d'époque, uniformes rares,
insignes, pièces d'uniforme, documents d'identité provenant des
meilleures collections (Europe et Amériques) illustrent ces pages et son propos.
Sont
ainsi passées en revue les Nachrichtenhelferinnen des
Heeres, les
Stabshelferinnenschaft,
les Truppenhelferinnen,
les Betreuungshelferinnenschaft
pour l'armée de terre ; les Luftnachrichten-Helferinnenschaft,
les Luftnachrichtenbetriebshelferinnen,
les Flackwaffen-Helferinnen Korps
pour l'armée de l'air ; les Marinehelferinnen
pour la marine. Enfin, les filles du RADwj (filles du
Reicharbeitdienst servant dans des unités de l'armée) ainsi que celles de la
Wehrmachthelferinnen Korps
(corps fondé en 1944 et sensé englober l'ensemble des services
féminines de l'armée) ne sont pas oubliées.
Cette
étude uniformologique très poussée complète à merveille les
travaux de Franz W. Seidler (Blitz Mädchen),
ceux d'Eric Lefèvre sur les auxiliaires féminines de la Luftwaffe
(Militaria magazine n° 161 et 162) et sur celles de la Heer
(Militaria magazine n° 165 et 166) ou plus récent encore ceux de
Johannes Schweizer sur le Betreuungsdienst
des Heeres (Militaria
n° 374).
POOL
(Jimmy L.), Last ride of the valkyries,
Schiffer military history, 2016, 304. p 79,99 $
dimanche 29 juillet 2018
LIVRE : JEANNE DE BELLEVILLE LA TIGRESSE BRETONNE (Mots-clés : Bretagne, Moyen-Age, guerrière, femme pirate, amazone)
Philippe le Bel mort, lui succèdent
ses trois fils puis, du fait en particulier de l’affaire de la Tour
de Nesle, la couronne revient en 1294 à Charles IV de la branche de
Valois, issue du frère de Philippe le Bel. Philippe VI de Valois,
fils de Charles IV, monte sur le trône en 1328 et y reste jusqu’en
1350. Depuis l’époque d’Aliénor et de Ricard Cœur de Lion, les
prétendants au duché de Bretagne sont généralement sous
l’influence anglaise avec parfois un compétiteur qui essaie de
s’appuyer sur le roi de France.
Le duc Jean III meurt en 1341 et sa
succession est réclamée par Jeanne de Penthièvre petite-fille du
duc Arthur II et de sa première épouse ainsi que par Jean de
Montfort fils d’Arthur II et de sa seconde épouse Yolande de Dreux
(anciennement reine d’Écosse). Notons qu’Arthur II est mort en
1312, non pas à seulement cinquante ans comme le dit wikipédia mais
à l’âge respectable pour l’époque de cinquante ans. Par
ailleurs Élie Durel, aurait mérité d’être plus clair dans une
partie de sa présentation des choses. En effet il écrit « Jean
de Monfort a respecté la loi salique », disposition qui
évidemment ne s’applique qu’à la couronne de France (et encore
tardivement) et n’a jamais régi les successions à la tête des
duchés et comtés du royaume de France ni celles à la direction
d’autres pays (dont évidemment l’Écosse, ce que Jean de Monfort
ne peut ignorer).
Charles de Blois est l’époux de
Jeanne de Penthièvre alors que Jean de Montfort s’est marié à
Jeanne de Flandre. Le conflit breton, qui les met en scène, va durer
de 1341 à 1364 et va donc prendre pour nom "La guerre des deux
Jeanne". C’est là que du Guesclin commence, en prenant le
parti français de Jeanne de Penthièvre, à s’illustrer en
prenant en particulier en 1354 le château du Grand-Fougeray, y
gagnant le surnom de "Dogue noir de Brocéliande". Plus
tardivement il combattra d’abord contre Olivier V de Clisson puis à
ses côtés lorsque ce dernier se ralliera au roi de France alors que
la Guerre de succession de Bretagne est terminée depuis 1364 et ceci
au profit du fils de Jean de Montfort qui devient duc sous le nom de
Jean IV.
Olivier IV père d’Olivier V, choisit
le camp de Charles de Blois et du roi de France, toutefois ce dernier
reçoit des indices comme quoi Olivier IV aurait passé des accords
secrets avec le roi d’Angleterre. Élie Durel, en s’appuyant sur
Froissart, raconte très bien l’origine des soupçons, la traîtrise
qui permet d’arrêter Olivier IV et les conditions ignominieuses
faites à son corps. Il ajoute une pincée de romanesque autour de
manœuvres ourdies par William de Salibury et le roi Édouard III
pour laisser croire qu’Olivier IV a servi leurs intérêts en
certaines circonstances et trahira à l’avenir Philippe VI (pages
126-129). Notons que si ce dernier condamne Olivier IV, ce seigneur
breton est réhabilité en 1360 par Jean le Bon fils de Philippe VI.
![]() |
Jeanne de Belleville, image du XIXe siècle absente du roman d’Élie Durel |
Jeanne de Belleville, veuve d'Olivier
IV, a des origines poitevines que l’on aurait aimé voir
explicités, elle fait jurer à ses fils Olivier et Guillaume de
venger leur père. Elle consacre sa fortune à lever tout d’abord
une armée pour assaillir les troupes de Charles de Blois puis, en
difficulté sur terre, décide de combattre sur mer en prenant, selon
notre romancier, l’exemple légendaire d’Alfihld la Viking
rapportée dans la Geste des Danois (un chef d’œuvre de la
littérature médiévale). On a pu d’ailleurs découvrir, en
visitant en 2018 l’exposition sur les Vikings au château de
Nantes, que des femmes scandinaves prirent effectivement la direction
d’expéditions guerrières.
Elle fait armer trois navires, dont un
appelé "Ma Vengeance" et accompagnée de ses deux
fils, mène une guerre de course contre les bateaux de commerce
français. C’est près de Caen en 1343 qu’elle dirige sa première
attaque. Toutefois des vaisseaux du roi de France s'emparent des
navires de Jeanne de Belleville qui, heureusement par ruse, parvient
à s'échapper avec ses deux fils. Réfugiée en Angleterre, elle
épouse en 1349 Walter de Bentlley lieutenant d’Édouard IIII. Dix
ans plus tard elle décède en Bretagne, selon ce récit (mais les
historiens hésitant entre Hennebont et un château en Angleterre).
On est trois ans après la bataille de Poitiers et un peu plus de
quatre-vingt ans avant la mort de Jeanne d’Arc.
En 1868, le roman en vers de l'écrivain
français Émile Péhant Jeanne de Belleville est publié en
France. Sorti, huit ans avant sa mort, et écrit par un natif de
Guérande, au plus fort du mouvement romantique français, ce récit
porte de nombreux détails rapportés plus par la légende que
l’Histoire.
Voici un extrait de l’ouvrage :
« Si Dieu ne trompe point demain mon
espérance,
Demain se lèvera le jour de la vengeance.
Pardonne mon retard, pauvre époux adoré ;
Tu le sais, mon seul crime est d’avoir ignoré.
Mais le retard n’a fait qu’accumuler ma haine
Tremblez, lâches, tremblez, car la mesure est pleine :
Le châtiment sur vous est enfin suspendu.
Et vous ne perdrez rien pour l’avoir attendu… ».
Demain se lèvera le jour de la vengeance.
Pardonne mon retard, pauvre époux adoré ;
Tu le sais, mon seul crime est d’avoir ignoré.
Mais le retard n’a fait qu’accumuler ma haine
Tremblez, lâches, tremblez, car la mesure est pleine :
Le châtiment sur vous est enfin suspendu.
Et vous ne perdrez rien pour l’avoir attendu… ».
Plusieurs ouvrages en langue anglaise
ont consacré celle qui est appelée outre-Manche The Lioness
of Brittany. Voir aussi la vidéo en français ici :
https://www.youtube.com/watch?time_continue=15&v=KldxxCYEVlQ
ELIE DUREL, Jeanne de
Belleville, la tigresse bretonne, éditions Ancre de marine, 2018 22 €
Alain CHIRON
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