mercredi 28 juillet 2021

Exposition MOM : "Ces héros venus d'outre-mer 1939-1945"

 

"Lundi 12 juillet 2021, dans les jardins de Montmorin, Sébastien Lecornu, Ministre des Outre-mer a inauguré, en présence de Geneviève Darrieussecq, Ministre déléguée auprès de la Ministre des Armées, l’exposition : « Ces héros venus d’Outre-mer 1939-1945 »

Conçue par Jean-Claude Narcy et Alice Bertheaume l’exposition offre au regard du grand public de découvrir à travers une centaine de photographies d’époque, portraits ou scènes marquantes, la figure héroïque des milliers d’anciens combattants ultramarins, femmes et hommes, qui dès 1940, ont tout quitté pour s’engager dans les forces Françaises libres et rejoindre les troupes alliés sur différents théâtre d’opération dans le Pacifique, aux Etats-Unis, en Afrique du nord, au Moyen-Orient et en Europe."

 


Il faut l'avouer cette exposition a été merveilleusement conçue. On y trouve de rares photos sur les originaires des actuels DOM-TOM  (Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion, Saint-Pierre-et-Miquelon, Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Mayotte) dans la seconde guerre mondiale et, pour une fois, les femmes n'y sont pas oubliées que ce soit celles des Antilles,  de l'océan Indien ou encore de la Nouvelle-Calédonie ; les légendes sont parfaites et détaillées Le travail de recherche est impressionnant, car il a bien fallu trouver toutes ces images, parfois dans les familles en métropole ou outre-mer. Bref, nous vous conseillons de vous y rendre afin de juger par vous-même.



 

jeudi 22 avril 2021

LIVRE NOUVEAUTE : Didier BRUC, Grand livre illustré de l'uniforme du gardien de la paix et son histoire (Mots-clés : pervenche, aubergine, police nationale, paix, paris, uniformes, insignes)

La merveilleuse institution que représente la police nationale au travers de ses gardiens de la paix nous suit tout au long de nos vies, par l'histoire qu'elle accompagne, par sa proximité avec nous, mais surtout par sa mission bien louable celle de garder la paix et de maintenir l'ordre.

La police protège, surveille, recherche, appréhende et surtout maintient l'ordre. Un ordre dont toute société soucieuse du bien être de chacun ne peut se passer. Elle est un élément essentiel de la république, comme l'armée son garant. Ce qui explique qu'elle soit la cible actuelle de ceux qui rejettent nos institutions, l'État et les valeurs de la République. 

 « Le policier doit connaître son histoire pour qu'il donne un sens à son métier et l'histoire s'apprend, mais ne se juge pas », c'est sur ces mots pleins de sens que s'ouvre le Grand livre illustré de l'uniforme du gardien de la paix et son histoire. Des mots que devraient méditer bien des institutions qui ont abandonné leur histoire et leurs traditions aux rives du passé, pour la communication et le business. 

 Connaître son histoire, c'est savoir ce qui en a fait ses lettres de noblesse. Le costume est l'un de ces éléments. Et, pour la police, il a du sens, il est plus encore, car il transcende l'homme, ou la femme, pour en faire un être que l'on respecte, en qui l'on a confiance, mais que l'on craint par ses prérogatives, parce qu'il est dépositaire de la loi, ce qui en fait sa force. 

 Le livre de Didier Bruc est une belle et grande découverte, et réussite, car jusqu'au jour de sa publication aucun ouvrage n'était paru sur un sujet pourtant passionnant et que nous aurions pensé largement étudié. Il faut savoir que l'apparition de la première police en uniforme remonte à 1829. Dès cette année, l'évolution de la tenue des sergents de ville, qui deviendront les gardiens de la paix, va donc suivre les méandres de l'histoire jusqu'au 21e siècle. Comme pour sa tenue, la police va « se moderniser aux niveaux matériel et organisationnel afin d'assurer au mieux la paix publique et la sécurité de tous. » Pas à pas, nous suivons donc le gardien de la paix, au travers des événements qui ont secoué le pays et la capitale dans ce qui représente la grande et la petite histoire du roman national : les révolutions, les anarchistes, les apaches, les « brigades du tigre », l'affaire Stravinski, Vichy, jusqu'aux gilets jaunes, rien, ou presque, n'est oublié. 

C'est dans ce contexte historique que les tenues sont présentées et donc contextualisées. Outre la tenue des gardiens de la paix, on découvre pour les 20e et 21e siècles des services moins connus du grand public : la brigade fluviale, les services techniques, les brigades canines, les unités équestres ou bien la police de l'air et des frontières. On regrette cependant l'absence d'informations concernant le service médical de la police. 

L'auteur c'est affranchi des travers qu'ont eu les auteurs du 20e siècle concernant les uniformes, l'oubli quasi systématique des femmes quand elles sont partie intégrante du sujet traité. Il suffit de voir la couverture pour s'en convaincre. A ma grande surprise Didier Bruc ne les a pas oubliées (les femmes), mais, mieux encore, elles sont partout présentes, tout du moins depuis l'apparition des premières assistantes de police en 1935 jusque nos jours. 

 

Photo Didier Bruc /Histoire et Collections

 

Les Parisiens nés dans les années 60 à 70 seront heureux de retrouver les auxiliaires féminines de police créées en 1964 qui avaient pour mission, avec leur beau fichu blanc, de surveiller les points écoles, et qui les firent, plus d'un fois, traverser sur les passages piétons lorsque, cartable au dos, ils se rendaient à l'école. Que dire des « Aubergines » et des « Pervenches », que la série Marie Pervenche (1984-1991), avec l'incomparable Danièle Évenou, rendit plus sympathique encore. 

On trouve aussi en ces pages l'uniforme des premières femmes gardiens de la paix, apparues en 1978, qui, à cette époque, ont la même mission que leurs collègues masculins, mis à part le maintien de l'ordre et la spécialité de motocycliste. Nous suivons l'évolution de leur tenue jusque 2021. Par ailleurs, sont aussi dévoilées les tenues des auxiliaires féminines de la PAF, des adjointes de sécurité ou encore des commissaires et des officiers de police. 

Fort de 240 pages en couleur, ce bel ouvrage, magistral, à la mise en page très attractive et irréprochable montre un profond travail de recherche, tant au niveau du texte, que des images et de la reconstitution des profils. La contextualisation donne également plus de force à l'ensemble. Incontestablement une référence en puissance pour les historiens, les costumiers, les policiers qui s'intéressent à leur histoire ainsi qu'à son devenir et, bien entendu, pour les collectionneurs passionnés. 

 

BRUC (Didier), Grand livre illustré de l'uniforme du gardien de la paix et son histoire, Paris, Histoire et Collections, 240 p., 2021 / 39,95 € 

 

Frédéric Pineau

lundi 29 mars 2021

LIVRE : MARIA GOUPIL-TRAVERT, Des combattantes pour ou contre le nouveau régime entre 1789 et 1815 (mots-clés : amazones, combattantes, révolution, Vendée, Chouannerie, Empire)

Le sujet des femmes sous la révolution et l'Empire a été largement étudié depuis le 19e siècle entre biographies, souvenirs et monographies de grande qualité. Les études bonnes ou mauvaises abondent. Et, il n'est donc pas évident pour l'auteur de faire du neuf avec de l'ancien. Mais a n'en pas douter, elle est allée au meilleur des sources. 

Maria Goupil-Travert, évoque un très grand nombre de femmes en ces pages qui s’engagent aux côtés des armées régulières de la République puis de l'Empire ou des mouvements insurrectionnels de l'ouest (Vendée, Chouannerie). 

Quoique l’on arrive à retracer des points divers de la biographie de ces femmes, il ne s’agit pas ici de passer en revue une à une chacune d’elles. Le plan est thématique, les chapitres ont pour nom : Révolutionnaires et Vendéennes. Pourquoi s’engager ? ; Des femmes aux armées ; D’un monde à l’autre : la réintégration à la vie civile ; Reconnaissance, représentations et mémoire des femmes engagées dans les armées. Ils permettent d’aborder notamment les questions de leurs origines familiales ; de l’identité qu’elles affichent ; de leurs motivations, de la qualité de leur engagement ; de leur place par rapport aux hommes ; de leur acceptation de la violence ; des conditions de leur démobilisation ; des conséquences physiques et morales de leur temps passé au combat; de leur passage dans le panthéon des héroïnes ; etc.

 

Apparaissent ici, côté républicain, des noms comme Marie-Thérèse Figueur (la plus célèbre côté révolutionnaire); Marie Anne Fortemanne, née Bruet ; Bastienne Escalier dite Belle Avoine ; Marie Angélique Duchemin, la fameuse veuve Brulon ; Victoire Buffry ; Sophie Julien ; Rose Barreau ; Jeanne Catherine Collignon ; Félicité Duguet surnommée Vadeboncoeur pour son courage au feu ; Marie Terrasson ; Madeleine Petitjean et ainsi de suite.

 Notons qu’un texte du 30 avril 1793 interdit aux femmes de prendre les armes, alors qu’auparavant elles sont tolérées comme combattantes. Cependant des dérogations exceptionnelles existent, ainsi Marie-Henriette Xaintrailles est sous les drapeaux de 1793 à 1801, ce qui lui vaut une présence remarquée lors de la campagne d’Égypte.

 Dans le camp contre-révolutionnaire, on compte des femmes qui sont plus des mémoralistes que des combattantes effectives comme l’épouse de Lescure future Marquise de La Rochejaquelein (évoquant d’ailleurs, comme combattante, une Jeanne Robin de Courlay près de Bressuire) ou la comtesse de la Boëte qui montre bien combien les Mauges (au nord de Cholet) ont un terrain qui se prête aux embuscades (pages 80-81) ou madame de Bonchamp à qui l'on doit en particulier le récit de la prise de Fontenay-le-Comte (alors préfecture du département de Vendée) le 25 mai 1793. On a aussi nombre de missions d’espionnage chez les Vendéennes ; d’autres franchissent le pas et combattent effectivement comme Rose Urson, Antoinette Blanchet, Louise de Haussay ou Renée Borderau. Notons enfin qu'une certaine Françoise Desprès prend les armes tout en soignant les blessés (page 67).    

GOUPIL-TRAVERT (Maria), Braves combattantes, humbles héroïnes, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2021, 210 p.  

 

Alain Chiron

dimanche 28 février 2021

La Russie d'invite : Aleksandra Samusenko, une biélorusse dans les blindés russes de la Grande Guerre patriotique (Mots-Clés : armée russe, blindés)

Lors de la première guerre mondiale, plusieurs femmes russes participent aux combats. On se reportera, pour en savoir plus, au titre Yashka, journal d’une femme combattante de Maria Botchkareva. 

 


 

Les Soviétiques, durant leur Grande Guerre patriotique, connurent des femmes dans quasiment toutes les armes y compris la marine et l'aviation. Le récit commence par évoquer la guerre d’Espagne, ce qui permet de voir que les Russes livrèrent, contre de l’or, 3562 chars T-26 modèle 1933 qui font faces avec succès aux Panzerkampfwagen I allemands et aux CV-33 italiens. Toutefois les tanks soviétiques s’avèrent fort vulnérables face aux canons antichars. Ce fait est rapporté, dans un dialogue entre l’héroïne russe et un ingénieur de son pays. En fait, cette dernière répondant au nom d’Aleksandra Samusenko, ne pouvait être présente parmi le petit millier de Russes apportant un soutien militaire au gouvernement légal espagnol, vu sa date de naissance. On est là dans la seule dimension totalement fictionnelle du récit. Certains autres faits sont authentiques. Il est vrai que le personnage principal participe en 1939-1940 à la guerre russo-finlandaise mise en scène sur cinq pages. 

Précisons qu'il est rare qu’une bande dessinée francophone évoque ce sujet. L’essentiel du contenu cherche à démontrer comment cette jeune femme se retrouve non seulement à conseiller pour la conception du char russe T-34, mais également à le piloter et à commander en second une brigade de blindés avec le grade de capitaine. La bataille de Koursk, bataille clé du 5 juillet au 23 août 1943, sur le front de l’est, se trouve largement mise en perspective en suivant l’action d’Aleksandra Samusenko. Cette dernière décède à seulement vingt-trois ans en Poméranie, peu avant la fin du conflit. 

 

PÉCAU, MAVRIC, ANDRONIK, VERNEY, L’Étoile de Koursk, Paris, Delcourt, 2021,  72 p. 

 

Alain Chiron

mardi 24 novembre 2020

LIVRE : Pablo Gallardo, SOLDATS D'ALGÉRIE, 1954-1962 (Mots-clés : Algérie, PFAT, EMSI, IPSA, convoyeuses de l'air)

 

Nous avons choisi de présenter ce guide Militaria pour une raison simple, les femmes n'y ont pas été oubliées. 

L'auteur Pablo Gallardo est de ces rares auteurs qui ont compris que les derniers conflits du 20e siècle ne se conjuguent pas seulement au masculin, mais également avec force au féminin. La guerre d'Algérie (1954-1962) en est un bon exemple. Aux côtés de l'armée française et des civils, des milliers de femmes en uniforme ont servi pendant toute la durée de la guerre et même quelques années après pour certaines : PFAT, EMSI, infirmières, assistantes sociales, IPSA et conductrices de la Croix-Rouge française, groupes d'auto-défense féminins, femmes des unités administratives, convoyeuses de l'air, assistantes sociales de l'armée et ainsi de suite. 

 


 

Sur les 66 pages que compte ce petit livre quatre sont consacrées aux femmes. Soit, deux pages pour les EMSI/PFAT et deux pages pour les convoyeuses de l'air. Certes c'est peu, mais déjà beaucoup. Le texte est court mais bien ciblé et les silhouettes aussi charmantes que détaillées.


GALLARDO (Pablo), Soldats d'Algérie, Paris, Histoire et Collections, 66 p., 2020, 19,95 €

lundi 9 novembre 2020

Livre : Mariana Cojan Negulescu, ECATERINA TEODOROIU UNE HÉROÏNE ROUMAINE (Mots-clés : Roumanie, Grande Guerre, combattante, amazone)

 

La participation de la Roumanie à la première guerre mondiale a longtemps été occultée dans les ouvrages francophones.


Le livre de Mariana Cojan Negulescu nous éclaire sur une facette de l'effort de guerre roumain, dans une édition bilingue français-roumain, la vie d’Ecaterina Teodoroiu. C'est une jeune femme née en Valachie en janvier 1894 et décédée à l’âge de vingt trois ans seulement près de la rivière Ṣușita, affluent du Siret qui se jette dans la toute dernière partie du Danube. 

 



Ecaterina Teodoroiu est un personnage de légende que les divers régimes roumains mirent, plus ou moins, sur un piédestal, quitte à en gommer une partie de sa personnalité, comme sa foi chrétienne ou ses liens avec la famille royale sous Nicolas Ceausescu. Elle fait partie, aux côtés, par exemple, de la Russe Maria Botchkareva (dont le nom de guerre est Yashka), de Fatima au sein des spahis marocains, de l’Anglaise Flora Sandes officier sur le front serbe ou de Milunka Savić sergent-major de l'armée serbe, de ces dizaines de femmes qui prirent les armes durant la première guerre mondiale. C'est ce qu'explique, l’auteur, Mariana Cojan Negulescu. Outre ces femmes de la Grande guerre, elle nous présente Marie Flour, alias Catherine de Poix, que dévoila l'historien Jules Michelet (1798-1874) en son temps. Cette dernière défendit Péronne en 1536 contre les armées d’un autre empereur germanique que Guillaume II, à savoir Charles-Quint.


Quoique fille de paysan, Ecaterina Teodoroiu est scolarisée au niveau secondaire à dans un lycée de Bucarest et suit une formation d’institutrice, après son passage dans une école primaire germano-roumaine.


À l’été 1914, la Roumanie comme l’Italie a un accord de défense avec l’Autriche-Hongrie, toutefois ces deux pays restent neutres en évoquant le fait que ce sont les deux pays germaniques qui ont enclenché le conflit. L’Italie et la Roumanie, entrent en guerre respectivement en mai 1915 et au cours de l’été 1916, ceci parce que l’Autriche-Hongrie refuse toute concession territoriale permettant à ces deux pays de retrouver des populations qui sont leurs. Guillaume II est obligée d’envoyer de nombreuses troupes allemandes afin de contenir les Roumains dans les Carpates, faute de réaction suffisante de la part de la double-monarchie. Le général français Berthelot, avec nombre d’officiers, sous-officiers et soldats tricolores, est présent aux côtés de ces derniers.


Infirmière au début du conflit, Ecaterina Teodoroiu apprend en octobre 1916 la mort de l'un de ses frères, elle demande alors à servir comme soldat. Ce qu'on lui accorde. Elle sauve, en novembre 1916, une partie de son unité grâce à sa parfaite maîtrise de la langue allemande, en déclarant faussement que ses camarades allaient se rendre (page 201). Dans d’autres occasions, elle galvanise ses compagnons qui sont entraînés avec elle dans une terrible retraite. Devenue éclaireuse dans l’armée, elle n’en demeure pas moins infirmière face à des hommes qui décédent autant du typhus que des armes. Finalement, elle participe à la bataille de la Mărășești où elle meurt en septembre 1917 alors qu’elle commande un peloton d'infanterie.


Pour résumer, dans son ouvrage, Mariana Cojan Negulescu nous conte les années de guerre de la Roumanie au travers de la vie de Ecaterina Teodoroiu. Instrumentalisée ou temporairement mise de côté par tous les régimes qui suivirent la fin de la première guerre mondiale, l'héroïne connut des périodes de plein éclairage qui alternèrent avec des moments de franc brouillard.


Alain Chiron


Maria Cojan Negulescu, Ecaterina Teodoroiu : la Jeanne d'Arc de Roumanie, Princeps diffusion L’Harmattan, 2019, 352 pages