Nous avons reçu cette semaine, Les Femmes dans la Grande Guerre de Christophe Thomas paru aux éditions OREP dans la série collection 1914-1918.
Ce petit ouvrage de 33 pages à l'agréable format (17 x 24 cm.), retrace le parcours des femmes de la mobilisation qui « marque un tournant aussi soudain que brutal dans la vie des couples » jusqu'à la victoire de 1918 qui ne bouleverse pas, comme beaucoup l'affirment encore aujourd'hui, le rôle et le statut des femmes. Christophe Thomas l'a d'ailleurs très bien compris, à lui de conclure « l'idée prégnante que l'émancipation des femmes s'est opérée lors de la première guerre mondiale est donc à prendre avec précaution. S'il est incontestable que les inégalités s'amenuisent, elles restent bien présentes socialement, économiquement et juridiquement ».
Tout d'abord, l'ouvrage, bien documenté, expose l'appel fait aux femmes « debout femmes françaises (…) ! Remplacez sur le champ du travail ceux qui sont sur le champ de bataille », puis il présente et développe certaines catégories sociales qui se créent ou croissent avec la guerre comme les marraines de guerre et les prostituées.
L'effort de guerre féminin, le plus visible, prend la forme des agricultrices, des ouvrières, des infirmières et autres femmes impliquées dans les œuvres de bienfaisance.
Sujet qui a la faveur des historiens depuis peu, le rapport des femmes avec l'ennemi est développé dans un chapitre. En outre, des focus viennent rythmer les 33 pages du livre : Marie Curie, Sarah Bernhardt, la controversée Marie Marvingt alias « Marie casse-cou », etc.
Ce livre, disons le simplement, est parfait.
Axée à 99% sur les Françaises nous regrettons tout de même que l'iconographie, des plus intéressante, soit souvent étrangère. Sa provenance, l'Historial de la Grande Guerre de Péronne, dévoile la richesse du fonds de ce musée.
Un petit ouvrage que nous vous conseillons et que le prix des plus attractif (5,7 €) rend encore plus sympathique.
THOMAS (Christophe), Les Femmes dans la Grande Guerre, Bayeux, OREP, 2019
Françaises sous l'uniforme est un site consacré presque exclusivement aux Françaises en guerre ou dans la défense nationale, du second empire jusqu'à la 5e république. Notre ambition ? Vous faire découvrir des livres et des expositions sur ce sujet ; mais aussi partager nos savoirs avec vous. Originalité ou non, de temps à autre, nous invitons un pays pour nous donner un plus large horizon. Pour ne rien vous cacher, nous espérons vivement que vous contribuerez à la vie du blog.
mercredi 11 septembre 2019
mercredi 28 août 2019
LIVRE : SORCIERES LA NUIT FURIES LE JOUR, aviatrices russes 1941-1945 de Martine Gay (Mots-clés : Russie, aviation, aviatrice, guerre patriotique)
Avec
Sorcières la nuit furies le jour, Martine Gay, auteur et
aviatrice, propose ici de nous faire découvrir, dans la série
Femmes dans un ciel de guerre, les aviatrices russes de la seconde
guerre mondiale. L'ouvrage est bien mené, une approche de
l'aviation russe de l'avant guerre nous ouvre les portes du sujet avec un long arrêt sur le « vol
du Rodina », raid aérien féminin sans escale de Moscou à l'extrême
Orient, mené de main de maître par Valentina Grizodoubova, Denissovna Ossipenko et
Marina Mikkhailovna Raskova. Raid réalisé en 26 heures 29 minutes
sur une distance de 6 450 kilomètres en suivant l'itinéraire et de
5 947 kilomètres en ligne droite. Exploit que félicitèrent Staline
et Molotov.
Puis
on entre dans le vif du sujet avec la guerre contre l'Allemagne et la
formation de trois régiments féminins d'aviation :
586e
régiment de chasse « faucons » ;
587e
régiment de bombardement en piqué « furies du jour » ;
588e
régiment de bombardement de nuit « sorcières de la nuit ».
Outre
l'historique de ces trois régiments, Martine Gay présente plusieurs
femmes pilotes ayant appartenu à certains de ces régiments comme
Galina Brok Beltsova (587e régiment) ou Irina Rakobolskaya (588e
régiment). Sont aussi abordées d'autres figures comme l'arménienne
Rosa Tachat Abrahamyan pilote de chasse au 586e régiment d'aviation.
Un bref chapitre relate les rapports entre les « sorcières de
la nuit » et les français libres de l'escadrille
« Normandie-Niémen ».
Notons
qu'il s'agit ici du troisième livre paru en langue française, depuis 1993, sur
les femmes pilotes russes de la seconde guerre mondiale.
En effet, en 1993 était publié Les Sorcières de la nuit de
Bruce Myles traduit de l'anglais par Pierre Saint-Jean. Plus
surprenant, en 2005, Valérie Bénaïm (celle de la télé !) et
Jean-Claude Hallé pondaient le roman La Rose de Stalingrad.
« Roman-document » retraçant l'histoire véridique de
Lily Litvak pilote de chasse à seulement 19 ans.
Au
regard de ces deux précédents ouvrages, que nous apporte l'ouvrage
de Martine Gay ? Tout d'abord une belle iconographie souvent inédite
parfois provenant du musée de l'Air et de l'espace, ensuite des
focus sur des pilotes peu connues, enfin des témoignages nouveaux
puisque récupérés en Russie auprès des vétérantes.
Un
livre intéressant et complémentaire que nous conseillons.
Martine
Gay, Sorcières la nuit, aviatrices russes 1941-1945, éditions
JPO, 2018 (19,90 €)
mardi 27 août 2019
Nouveautés livres : Valérie André par Martine Gay et Une section d'ambulancières au Tonkin, 1947-1950, par Claude-Jean Blanchard (Mots-Clés : guerre d'Indochine, ambulancières, ambulance, convoyeuse)
L'auteur de
Valérie André : seule à bord pour sauver des vies !, Martine
Gay, a le mérite d'avoir rencontré Valérie André
« ventilateur », ainsi que nombre de ceux qui l'ont
côtoyée à l'époque, comme le médecin-colonel Hantz ou le
capitaine Santini. Pour autant, le livre, qui aurait pu
merveilleusement compléter ceux publiés par Valérie André, en
1954, Ici Ventilateur ! et Madame le Général,
en 1988, est confus, avec de longues digressions sur
l'Indochine ou des personnages comme l'amiral Ernest Fauque. Certains
diraient sans doute « hors sujet » ou trop de
redondances. Ce que l'on aurait aimé c'est davantage de récits
inédits sur Valérie André.
Une chose est
certaine l'auteur y a mis tout son coeur, et c'est tout de même le
plus important.
Martine Gay,
Valérie André : seule à bord pour sauver des vies !,
éditions JPO, 2019 (19,90 €)
Un
autre ouvrage, de Claude-Jean Blanchard, Une Section
d'ambulancières au Tonkin, 1947-1950,
aborde lui aussi le sujet des femmes dans la guerre d'Indochine. Ce
premier tome, car il y en aura un deuxième, présente Aline Lerouge
(1908-1950), au destin tragique, chef charismatique de la section des
ambulancières du Tonkin, ainsi que Marguerite Helluy (1920-2009),
autre ambulancière exceptionnelle qui fit quatre séjours
consécutifs en Indochine. Les parcours commencent avec l'engagement
de la seconde guerre mondiale, s'arrêtent longuement sur l'Indochine
et pour Marguerite Helluy se termine en Europe.
L'auteur,
Claude-Jean Blanchard, né à Aurillac en 1936, ancien enseignant de
l'enseignement public secondaire, administrateur du musée militaire
de Périgueux depuis 1971, a réalisé là un extraordinaire travail
de recherche : bien documenté, bien construit, fourmillant
d'informations nouvelles, d'une parfaite bibliographie et d'une riche
iconographie.
Ce
merveilleux livre, il faut le souligner, est disponible exclusivement
chez Amazon, pour une somme modique.
Claude-Jean
Blanchard, Une Section d'ambulancières au Tonkin,
1947-1950, auto-édition, 2019
(9,36 €)
PAROLE A : Frédéric PINEAU (mots-clés : femmes militaires, guerrières, amazones, infirmières, croix-rouge)
Qui
est derrière ce blog ?
C'est
un blog que j'ai créé il y a une dizaine d'années dans l'optique
de faire la promotion de mes livres et de faire partager ma passion
des femmes militaires. Au départ nous devions être deux ou trois,
mais grâce à cette ouverture sur le monde due
à internet des personnes se sont proposées pour écrire sur le
blog. Soit nous signons de nos propres noms ou nous prenons des
pseudos en fonction, et parfois pas de signature. Je suis le
rédacteur en chef de ce blog.
Comment
et pourquoi vous êtes-vous spécialisé sur le sujet des femmes dans
la défense nationale et aux armées ?
Mon
amour pour le sujet remonte à mes jeunes années où je
m'intéressais à la l'histoire militaire et particulièrement à la
seconde guerre mondiale. Je devais avoir entre 18 et 19 ans.
Dans
les livres que je lisais sur la seconde guerre mondiale, de
l'histoire bataille pour l'essentiel, il n'était pratiquement jamais
fait référence aux femmes, les seules références trouvées
étaient de rares photographiques ou quelques lignes les évoquant,
mais guère plus. La curiosité m'a
piqué, j'ai donc essayé de trouver des informations sur ces femmes
dont on parlait peu. J'ai trouvé d'abord un premier livre Femmes
militaires de Raymond Caire qui reste une référence en la
matière. Dans ce livre, il y avait une riche bibliographie et pour
approfondir le sujet, je me suis mis à rechercher les livres de
cette bibliographie. Il ma fallait tous.
Étiez-vous
bon en Histoire ?
Oui,
très bon élève dans cette matière. Mon goût pour l'histoire
c'est affermi grâce à mon frère qui était en fac d'histoire,
grâce aux films qui passaient à la télévision, aux les livres qui
trainaient à la maison, aux récits que me faisait ma mère sur
Jeanne d'Arc ou bien Marie-Antoinette. Par ailleurs, nous avons un
fort passé militaire dans la famille (Grande Guerre, seconde guerre
mondiale, guerre d'Indochine et guerre d'Algérie, pour les guerres
les plus récentes).
Comment
vous documentez-vous pour le blog ?
Je
me sers de mes propres archives et compare, et lorsque je le peux, je
me rends dans les bibliothèques, les photothèques, les archives,
etc.
Quel
est votre parcours professionnel ?
Études
en arts plastiques, j'ai travaillé un temps comme illustrateur. La
faculté (Deug, Licence, maitrise et DEA en Histoire). Sans oublier
un master en ingénierie documentaire aux Arts et Métiers. Pour
résumer je suis historien et documentaliste. Et depuis, je travaille
dans le domaine de l'information documentation et suis également
auteur de beaux livres sur l'histoire des femmes et la Croix-Rouge
française.
En
quoi consiste votre collection ?
Certains
parleraient de collection, mais je préfère le terme d'archive.
Parce que je suis plus dans l'intention de conservation et de
construction que dans une collection qui serait juste un
amoncellement. L'objectif est de mettre en valeur ces différents
objets pour qu'ils soient transmissibles sous une forme unique et non
mercantile. En résumé c'est une collection intelligente qui se
construit, s'emboîte petit à petit, pour former un ensemble
cohérent et transmissible. J'apporte par ailleurs un intérêt tout
particulier à se conservation préventive et curative. Ma collection
se consacre aux femmes dans la défense nationale et en temps de
guerre bien entendu. Mon objectif actuel lui trouver un écrin.
Avez-vous
déjà rencontré des femmes en uniforme ?
Une
bonne centaine depuis que je m'intéresse au sujet : deux guerres
mondiales, guerres d'Indochine, de Corée, d'Algérie, occupation de
Allemagne, etc. La première que j'ai rencontrée m'a pris au
sérieux, car je connaissais le nom de toutes ses amies et l'histoire
de sa formation automobile. Nous avions discuté comme deux vieux
vétérans. Il y a bien longtemps. Les dernières rencontrées sont
des PFAT des années 1970.
À
quelle femme de l'Histoire pourriez-vous vous identifier ?
À
Edmée Nicolle, la fondatrice des Sections sanitaires automobiles
féminines en 1939, par son caractère volontaire, qui n'hésitait
pas à bousculer ce qui était en place pour arriver à ses fins.
Elle a réussi à faire tout ce qu'elle voulait. Une belle longévité
103 ans à son décès. J'ai eu la chance de discuter avec elle.
Quelle
femme de l'Histoire vous a le plus marqué ?
Jeanne
d'Arc. Une adolescente, jeune bergère qui transforme l'Histoire de
France, bouleverse les règles et les interdits de l'époque, arrive
à s'imposer aux grands par la foi, sans jamais tuer personne.
Je
ne me suis pas spécialisé sur son sujet, car il a été moult fois
étudié. C'est la figure tutélaire, parce que c'est la mère de
toutes ces femmes qui ont servi durant les guerres. Au surplus, elle
est la patronne des infirmières.
Cette
passion est-elle chronophage ?
Elle
le fut par le passé, car en revenant de chine, j'étudiais chaque
photo, chaque insigne. Mais ce ne fut pas du temps perdu.
Avez-vous
une passion autre que les femmes en uniforme ?
J'ai
de multiples passions qui sont les livres, l'ethnologie, les
châteaux, les sujets étranges comme la cryptozoologie, les contes
et légendes, les parlers, les livres de cuisine, la nature, la
vénerie, etc.
De
quels livres êtes-vous l'auteur ?
Livres
historiques, participation à d'autres livres en tant qu'auteur ou
comme iconographe.
6
livres et nombre de participations : Femmes en guerre, tomes 1
et 2 ; Les Femmes au service de la France ; La Croix-Rouge
française, 150 ans d'histoire ; Les Linh Tap, etc.
Quel
est votre lectorat ?
Pour
le blog : il est assez varié : beaucoup de passionnés de l'histoire
des femmes en général et des femmes en uniforme en particulier ;
les curieux ; les contacts ponctuels pour des conseils, journalistes,
écrivains, étudiants, collégiens, etc.
Pour
les livres : Essentiellement des collectionneurs, des historiens, des
passionnés, les bibliothèques, les descendants de femmes des deux
guerres mondiales, d'anciennes militaires et Croix rouge.
Quel
a été votre plus beau succès en librairie ?
Mon
livre paru pour les 150 ans de la Croix-Rouge française aux
éditions Autrement, 10 000 exemplaires, véritable succès de
librairie pour un beau livre (livre de grand format, illustré en
couleurs, équilibre texte et images, fait pour être regardé et
lu). Je crois qu'il en reste moins de 200 exemplaires.
Avez-vous
déjà été conseiller pour un évènementiel ?
Oui,
pour le théâtre et le cinéma, mais aussi pour les musées.
Seriez-vous
disposé à animer des sujets historiques pour des écoles ou autres
?
Oui,
je pourrais présenter mes livres, parler des sujets relatifs aux
deux dernières guerres mondiales, présenter des objets d'époque
pour rendre l'Histoire plus vivante et concrète. Je demeure ouvert
à toute proposition intéressante, mais, il faut le dire, je ne
travaille pas gratuitement.
Un
dernier mot ?
Je
suis ravi d'avoir exposé en quelques questions et quelques lignes ce
qui a orienté ma passion et mon amour pour les femmes qui ont
participé aux différents conflits ayant jalonné l'histoire de
France de la guerre de 1870-1871 jusqu'à la guerre
du golfe.
lundi 26 août 2019
SUJET : Des femmes guerrières sur les drakkars (Mots-clés : viking, drakkar, guerrière)
Les pages documentaires placent l’action à la fin du Ve siècle, soit bien avant les premières attaques vikings dans les îles britanniques ou l’empire franc. En effet, ces raids n’ont lieu qu’à partir de 787 (avec Portland, une île du sud-ouest de l'Angleterre) dans le domaine insulaire et de 799 en Aquitaine pour le continent.
Dans ces mêmes feuilles d’introduction, il est écrit que :
« Semblable à de nombreux codes antiques dont la loi salique des Francs survivra jusque sous Charlemagne, cette loi ordonne que seul le garçon aîné d’une fratrie hérite de son père, du paysan jusqu’au roi, ceci afin d’éviter le partage du pouvoir et des terres, ainsi que l’éparpillement du patrimoine familial, fut-il modeste ou princier ».
C’est la première fois que je vois mentionné cette explication et, malgré mes recherches dans de nombreux ouvrages sur ces hommes du nord, je m’avoue incapable de la confirmer ou de l’infirmer. Pierre Bauduin, dans son remarquable livre Histoire des Vikings : Des invasions à la diaspora, paru en 2019 chez Tallandier, va chercher dans la littérature noroise, les portraits de certaines femmes au destin exceptionnel qui commandent des drakkars. On relève, page 184 de cet ouvrage, que :
« Des récentes découvertes archéologiques, telles que la figurine d’Hårby (Fionie), ou la présence d’armes dans les tombes féminines, ou les restes de "guerrières viking" dans l’une des tombes de Birka (Bj 581) suggèrent que la femme guerrière bien illustrée par les textes ne saurait être confinée uniquement dans une fiction littéraire et au monde surnaturel ».
Dans ces sagas, le personnage de la sorcière est assez présent et, dans la bande dessinée Alwilda, l'héroïne, affronte tant la sorcière Erika qu’un groupe de guerriers danois, commandés par Alf Krügger-le-cruel, qui arrivent sur leur drakkar. Notre héroïne Alwilda s’est faite pirate et son équipage est exclusivement féminin ; son titre de walkyrie elle le gagne en maniant l’épée et la hache. Des pages sont aussi consacrées à la construction du village côtier qui sert de refuge à Alwilda et ses compagnes, ainsi quà la vie quotidienne qu’elles y mènent. Le graphisme est très réaliste et les combats ne prennent pas des allures trop sanglantes, on a par contre pas mal de vignettes avec des corps de femmes largement dénudés. Alwilda (ou Avilda) n’est pas un personnage historique et elle n’apparaît que dans les légendes nordiques du XIIIe siècle. On trouve un dessin animé pour enfants qui évoque Alwilda, avec un contenu bien plus sobre que celui de cette bande dessinée :
https://www.youtube.com/watch?v=0953gVYf5EQ
Alwilda, La pirate de la Baltique, tome 2, Jean-Yves Mitton, Original watts, 2019, 64 pages
Alain CHIRON
Dans ces mêmes feuilles d’introduction, il est écrit que :
« Semblable à de nombreux codes antiques dont la loi salique des Francs survivra jusque sous Charlemagne, cette loi ordonne que seul le garçon aîné d’une fratrie hérite de son père, du paysan jusqu’au roi, ceci afin d’éviter le partage du pouvoir et des terres, ainsi que l’éparpillement du patrimoine familial, fut-il modeste ou princier ».
C’est la première fois que je vois mentionné cette explication et, malgré mes recherches dans de nombreux ouvrages sur ces hommes du nord, je m’avoue incapable de la confirmer ou de l’infirmer. Pierre Bauduin, dans son remarquable livre Histoire des Vikings : Des invasions à la diaspora, paru en 2019 chez Tallandier, va chercher dans la littérature noroise, les portraits de certaines femmes au destin exceptionnel qui commandent des drakkars. On relève, page 184 de cet ouvrage, que :
« Des récentes découvertes archéologiques, telles que la figurine d’Hårby (Fionie), ou la présence d’armes dans les tombes féminines, ou les restes de "guerrières viking" dans l’une des tombes de Birka (Bj 581) suggèrent que la femme guerrière bien illustrée par les textes ne saurait être confinée uniquement dans une fiction littéraire et au monde surnaturel ».
Dans ces sagas, le personnage de la sorcière est assez présent et, dans la bande dessinée Alwilda, l'héroïne, affronte tant la sorcière Erika qu’un groupe de guerriers danois, commandés par Alf Krügger-le-cruel, qui arrivent sur leur drakkar. Notre héroïne Alwilda s’est faite pirate et son équipage est exclusivement féminin ; son titre de walkyrie elle le gagne en maniant l’épée et la hache. Des pages sont aussi consacrées à la construction du village côtier qui sert de refuge à Alwilda et ses compagnes, ainsi quà la vie quotidienne qu’elles y mènent. Le graphisme est très réaliste et les combats ne prennent pas des allures trop sanglantes, on a par contre pas mal de vignettes avec des corps de femmes largement dénudés. Alwilda (ou Avilda) n’est pas un personnage historique et elle n’apparaît que dans les légendes nordiques du XIIIe siècle. On trouve un dessin animé pour enfants qui évoque Alwilda, avec un contenu bien plus sobre que celui de cette bande dessinée :
https://www.youtube.com/watch?v=0953gVYf5EQ
Alwilda, La pirate de la Baltique, tome 2, Jean-Yves Mitton, Original watts, 2019, 64 pages
Alain CHIRON
jeudi 13 juin 2019
Parole à : Marie-Ève STÉNUIT (Mots-clés : pirates, naufragés, guerrières, archéologie, combattants)
Pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas encore :
Je
suis historienne de l’art et archéologue (terrestre et
sous-marine), un métier qui me comble non seulement à cause de mon
amour pour l’histoire, mais aussi parce qu’il permet d’alterner
travail intellectuel et travail physique. Cela me semble un bel
équilibre. J’ai également choisi d’écrire des romans, poussée
par l’envie de raconter des histoires avec cette grisante liberté
que permet la fiction, en totale opposition à la rigueur nécessaire
à l’écriture scientifique. Ici aussi, au fond, c’est une
question d’équilibre.
Depuis
quand vous intéressez-vous à l'histoire des femmes ?
Depuis
que j’ai pris conscience que pendant trop longtemps l’histoire a
été écrite par les hommes et que ceux-ci, afin de conserver leurs
privilèges auto-proclamés ou au service de l’une ou l’autre
église ou courant philosophique, ont volontairement passé sous
silence les actions des femmes remarquables de leur temps, ce qui
nous prive de tout un pan de notre passé. Il y a heureusement de nos
jours, en Europe comme aux États-Unis, une réaction salutaire à
cette confiscation et cette réduction de l’histoire.
Faites-vous
une différence entre les notions d'histoire des femmes, histoire de
la femme et histoire du féminisme ?
Je
ne traite en réalité aucun de ces trois thèmes à proprement
parler. Je m’intéresse aux femmes dans l’histoire. À ces
femmes, de toutes les classes sociales et de toutes les époques, qui
ne se sont pas souciées des diktats pour vivre la vie qu’elles
s’étaient choisies (dans le meilleur des cas) ou pour tenter de
survivre (dans le pire et le plus fréquent des cas) dans un monde où
il valait mieux être né avec des attributs masculins entre les
jambes si l’on voulait échapper à la médiocrité et à la
misère. Les héroïnes sur lesquelles je m’attarde ne sont pas des
militantes, ce sont des battantes qui n’ont pas attendu l’éclosion
des mouvements féministes pour exister. Je laisse à d’autres —
qui font cela beaucoup mieux que je ne le ferais — le soin de
retracer l’histoire du féminisme.
Ces
différentes approches sont complémentaires et me paraissent
nécessaires en ce sens qu’elles permettent de toucher un public
extrêmement varié.
Comment
choisissez-vous les thèmes de vos ouvrages ?
L’élément
déclencheur est toujours l’envie de raconter. Mes cinq romans ont
des sujets très différents (ce qui, commercialement, n’est pas la
meilleure idée qui soit car cela nécessite de la part du lecteur
une certaine souplesse d’esprit, voire un esprit aventureux). Par
contre, mes trois derniers livres, aux Éditions du Trésor, traitent
tous de la thématique des femmes, pour la simple raison que plus je
travaille sur ce thème, plus il me paraît riche et vaste. Mais
qu’il s’agisse de fiction ou de récits historiques, il est
impératif que les personnages me fassent rêver, me touchent ou me
révulsent et, surtout, m’emmènent dans un monde différent du
mien, loin de mon quotidien. C’est ce que j’attends de la
littérature en tant que lectrice, c’est ce que j’essaie de faire
en tant qu’auteure.
Lorsque
vous avez écrit Femmes
pirates
et Femmes en armes
n'aviez-vous pas peur des redondances avec d'autres ouvrages
existants sur ces mêmes sujets ?
C’était
effectivement le piège à éviter. Il est évident que je n’allais
pas consacrer un chapitre de « Femmes en armes » à
Jeanne d’Arc alors qu’il existe déjà des centaines de livres
extrêmement bien documentés sur le sujet.
J’ai
donc délibérément choisi de m’attacher à des femmes moins ou
peu familières au grand public. Non seulement pour éviter les
redondances mais aussi parce qu’une partie de mon plaisir est dans
la recherche préalable à l’écriture. Je suis une chercheuse,
j’adore le travail en archives, que je vois comme une sorte
d’enquête policière (et qui n’a pas rêvé un jour, dans son
enfance, d’être détective ?) Mais bien sûr, il faut aussi
tenir compte des contraintes éditoriales et, dans une mesure
raisonnable, des contingences commerciales en introduisant une ou
deux figures plus connues. Pour les « Femmes pirates »,
par exemple, j’avais dans un premier temps décidé de ne pas
évoquer Mary Read et Ann Bonny que je trouvais déjà suffisamment
célèbres.
C’est
à l’insistance de mon éditeur que je les ai finalement incluses,
en essayant de trouver une approche personnelle qui m’a donné
l’occasion de rétablir quelques faits et de faire un tri dans la
vaste information (de qualité diverse) qui existe à leur sujet. Et
mon éditeur avait raison : dans la plupart des interviews et
des commentaires de lecteurs, ce sont elles qui ressortent…
![]() |
Madame Ching |
Comment
vous est venue l'idée d'un livre sur les femmes naufragées ?
Parce
que l’histoire des naufrages c’est en quelque sorte mon métier.
Sans naufrage il n’y a pas d’épaves, donc pas d’archéologie
sous-marine. J’ai lu dans ma carrière des centaines de récits de
naufrages dont il ressort que ce sont les femmes (et les enfants) qui
paient le plus lourd tribut à la mer dans ces circonstances. (« Les
femmes et les enfants d’abord » est un mythe, une consigne
qui ne date que du milieu du 19ème siècle.) J’ai ainsi découvert
de passionnants récits de survie écrits par les intéressées
elles-mêmes, après des séjours mouvementés dans des zones
inexplorées en leur temps, auprès de tribus africaines ou chez les
aborigènes par exemple. Pour celles qui ne s’en sont pas sorties
vivantes, il existe des témoignages qui relatent leurs souffrances
et leurs aventures. Saviez-vous qu’il y avait une femme sur le
radeau de la Méduse ? Peu de gens le savent, moins encore
savent pourquoi elle était là (et on n’est même pas sûrs de son
nom). Tout cela m’a paru valoir un livre en hommage à ces héroïnes
malgré elles, pour la plupart oubliées.
![]() |
Ann Saunders égorgeant le cadavre de son fiancé pour boire son sang. In Sténuit, Marie-Ève, Une femme à la mer ! Aventures de femmes naufragées, Éditions du Trésor, 2017. |
De
toutes ces femmes avec qui vous avez cheminé dans vos livres,
laquelle vous ressemble le plus ?
Parmi
mes personnages de fiction, c’est la narratrice de « Un éclat
de vie », un petit roman dynamique et rempli d’autodérision
qui repose en partie sur des expériences personnelles. Quant aux
héroïnes du monde réel, celle avec qui je me sens le plus
d’affinités (à l’exception de sa ferveur religieuse qui m’est
tout à fait étrangère) est peut-être Mathilde de Canossa, une
femme libre et grande stratège du Moyen Âge, discrète, patiente,
diplomate et bigrement efficace.
![]() |
La cantinière du radeau de la Méduse. Gravure de Antoine Alphonse Montfort. In Sténuit, Marie-Ève, Une femme à la mer ! Aventures de femmes naufragées, Éditions du Trésor, 2017. |
Et
laquelle vous a le plus marqué ?
J’ai
toujours été émue par le parcours de Louise Antonini et de
Julienne David, qui l’une et l’autre s’étaient engagées sur
des frégates corsaires en se faisant passer pour des hommes, et cela
après un parcours déjà extraordinairement aventureux.
Sans
se connaître, elles ont vécu des destins très semblables :
après que leurs navires aient été capturés par les Anglais, elles
ont subi l’enfermement sur les sinistres pontons du sud de
l’Angleterre. Louise a passé dix-huit mois et Julienne huit ans,
dans ces prisons flottantes sans jamais songer à révéler leur
véritable identité aux autorités, ce qui leur aurait permis de
bénéficier de conditions d’emprisonnement plus clémentes. Elles
se sont éteintes toutes les deux, à dix-huit ans d’intervalle, à
l’Hôtel Dieu de Nantes, respectivement en 1861 et en 1843.
Quels
auteurs vous ont le plus influencé dans votre parcours d'écrivain ?
Dans
le plus grand désordre : Boris Vian, André Malraux, Stendhal,
Marguerite Duras, Arundhati Roy, Joseph Conrad, Jaume Cabré,
Alexandre Dumas, Arturo Pérez-Reverte, etc.
Allez-vous
continuer à écrire sur les femmes, ou est-ce une parenthèse dans
votre oeuvre littéraire ?
Je
n’avais pas du tout prévu d’écrire plusieurs livres sur ce
sujet mais plus je cherche, plus je trouve matière à raconter. J’ai
du mal à résister. Après les femmes pirates, mon éditeur m’avait
demandé un ouvrage sur « les aventurières ». C’est un
sujet très large, sur lequel il existe déjà des centaines de
publications (où l’on retrouve souvent les mêmes héroïnes,
souvent des voyageuses). En voulant être moins générale et faire
quelque chose de différent, j’ai abouti aux naufragées puis aux
femmes en armes, pour lesquelles il y avait largement de quoi faire
un volume entier (et bien plus, il m’a fallu me restreindre).
J’ai
encore un quatrième livre en préparation sur le thème des femmes,
consacré celui-ci aux « pionnières » dans des domaines
aussi divers que la plongée pieds-lourds, la chasse à la baleine,
l’ascension en ballon ou la découverte du parachute (mon sommaire
n’est pas encore terminé...).
Après
cela, j’aimerais retourner à mes romans.
BIBLIOGRAPHIE
Romans
Les
Frères Y,
Le Castor Astral (Escales du Nord), 2005. Réédition augmentée en
2017 sous le titre : La
véritable histoire des Frères Y,
Le Castor Astral, 2017
La
Veuve du gouverneur, Le
Castor Astral (Escales des Lettres), 2007
Le
Bataillon des bronzes, Le
Castor Astral (Escales des Lettres), 2008
Un
Éclat de vie,
Le Castor Astral (Escales des Lettres), 2011
Le
Tombeau du guerrier,
Serge Safran éditeur, 2012
Récits
historiques
Femmes
pirates. Les écumeuses des mers,
Éditions du Trésor, 2015
Une
Femme à la mer ! Aventures de femmes naufragées,
Éditions du Trésor, 2017
Femmes
en armes. Les guerrières de l’Histoire,
Éditions du Trésor, 2018
jeudi 6 juin 2019
LIVRE : LES FEMMES DANS LE MONDE COMBATTANT par Marianne Leclère (Mots-clés : combattantes, guerre)
Ce petit livret de 55 pages nous
paressait fort prometteur, mais, l'ayant lu et parcouru, je me
demande s'il était besoin de le publier, tant il en existe d'autres
de bien meilleure substance.
On se pose très rapidement la question
de savoir si cet ouvrage parle des Françaises ou des étrangères,
ce qui n'est pas toujours très clair. Or, la collection s'intitulant
Les Collections du citoyen, il nous a semblé évident que la France
en est bien la cible.
L'approche générale n'est pas
réellement thématique, pas tout à fait chronologique, en fait un
peu brouillonne et fourre-tout, voire confuse. Approche qui est
fortement féministe, comme l'attestent la biographie et la
sitographie. D'ailleurs, on peut se demander ce que viennent faire des
figures de la sphère féministe comme Olympe de Gouges, Hubertine
Auclert, Charlotte Corday ou Flora Tristan dans un ouvrage intitulé
Les Femmes dans le monde combattant. Il en est de même
pour Françoise Légey dont la place se trouve dans un livre sur
l'Afrique du Nord et non en ces pages.
Nous avons l'impression que ce livre
est le fruit de non spécialistes ayant voulu s'affranchir des
conseils d'historiens experts. A titre d'exemples, quelle surprise en
page 44 de lire « on a peu d'informations sur les femmes
militaires engagées dans ce conflit (le guerre d'Algérie) ».
Il aurait suffi à l'auteur de lire le post que nous avions écrit
sur les ouvrages consacrés aux femmes dans la guerre d'Algérie pour
s'en convaincre du contraire ; page 23 l'utilisation d'une photo
d'auxiliaires féminines du 3e Reich pour illustrer les Volontaires
françaises de la France libre est un comble ; etc.
Alors que l'on voit s'égrener les
inévitables noms de Germaine Tillon, Geneviève de Gaulle-Antonioz,
Lucie Aubrac, Joséphine Baker, Marlen (avec un E) Dietrich... nous
aurions aimé lire ceux d'Hélène Rodillon, d'Edmée Nicolle,
d'Hélène Terré, d'Aline Lerouge, de Florence Conrad, d'Émilienne
Moreau, de Jeanne Macherez, des médecins AFAT de la seconde guerre
mondiale ou encore de ces femmes tombées au champ d'honneur au cours
des deux guerre mondiales. Malheureusement, elles ne sont pas au
rendez-vous. Pourtant, elles représentent la personnification même des
« femmes dans le monde combattant ». Les livres sont là,
ils parlent. Les témoignages aussi.
Au final, une vision par trop féministe
(et très axée gender study) de l'histoire des femmes est souvent
une histoire tronquée et « sugcée » de sa
substantifique moelle.
J'invite l'auteur à parcourir les très
nombreux livres sur le sujet pour se rendre compte d'une autre
réalité : Héroïnes de la Grande Guerre, Femmes dans la guerre,
Femmes en guerre, Les Femmes au service de la France, La femme au
temps de la guerre de 14, La Femme militaire, Les Femmes dans la
guerre, etc. Sans compter les récits qui se comptent par
centaines pour la France seule.
Ce livre n'est pas à la hauteur de ses
ambitions, et ceci est bien dommage.
LECLERE (Marianne), Les Femmes dans
le monde combattant, Paris, Nane éditions, 2019 (Prix : 9 €)
mardi 21 mai 2019
LIVRE : FEMMES EN ARMES : LES GUERRIÈRES DE L’HISTOIRE de Marie-Ève Sténuit (Mots-clés : infanterie, cavalerie, Belgique, France, Angleterre, Russie, Espagne, Chine, Proche-Orient, Amérique)
Dans
l’introduction, l’auteur répond à une question essentielle :
« Quelles furent les motivations de ces femmes ? La
misère le plus souvent, le goût de l’aventure parfois, la
vengeance dans certains cas, ou simplement l’envie d’échapper à
un destin tout tracé qui ne convenait pas à leur tempérament ».
D’autre
part, elle avance le cas d’« Anne Chamberlyne, fille
unique d’un homme de loi londonien, qu’aucune nécessité sociale
ou économique n’a poussée à suivre son frère pour participer à
la bataille de Beachy Head contre les Français en 1690. Six heures
de bataille navale dont elle sortit indemne… pour mourir en couches
l’année suivante ».
Sont
présentées dans cet ouvrage: Fu Hao, Mathilde de Toscane, Florine
de Bourgogne et sœur Marguerite deux héroïnes des croisades, María
de Estrada et les conquistadoras de Cortés,
Philippine-Christine de Lalaing, Catalina de Erauso, Hannah Snell,
Thérèse Figueur et Nadejda Dourova.
Fu
Hao (妇好)
fut
l’une des épouses officielles de Wu Ding, le vingt-deuxième roi
de la dynastie Shang ; leur tombe a été retrouvée dans la
région d’Anyang au nord de la province du Henan traversée par le
Fleuve jaune. Elle vécut vers 1250-1200 avant notre ère ; elle
devint grande prêtresse et commandant en chef des armées. A ce
titre, elle mena les troupes Shang à la victoire dans la campagne
contre les tribus barbares environnantes. Ajoutons que Mulan (Huā
mùlán 花木蘭
en
chinois) dite la "Jeanne
d’Arc chinoise" est par contre le fruit d’une création
littéraire. La
première version de cette légende date de la période de 420 à
589, dite des dynasties du Nord et du Sud, elle fut popularisée par
Xu Wei sous la dynastie des Ming au XVIe siècle, sous une forme
théâtrale.
Mathilde
de Toscane est, par sa mère, la petite-fille de Frédéric III,
comte de Bar et duc de Haute-Lotharingie (espace qui allait devenir
la Lorraine). L’empereur Henri III se rend en Toscane et emmène
Mathilde et sa mère Béatrice de Bar avec lui en Allemagne où elles
restent retenues à la cour impériale durant une année, n’étant
libérées que par le fait que Henri III meurt en 1056. Mathilde
épouse Godefroid III de Basse-Lotharingie ou Godefroid III
d'Ardenne ; dans la Querelle des investitures, elle prend le
parti des papes et accueille Grégoire VII dans son château de
Canossa où l’empereur Henri IV va faire amende honorable en 1077.
Toutefois dans les années 1080, le conflit devient armé entre les
partisans du pape et ceux de l’empereur, aussi Mathilde
devient-elle stratège militaire. Notons que Mathilde « est
en effet la fondatrice de l’abbaye d’Orval, située dans
l’actuelle province belge du Luxembourg, où se brasse la célèbre
trappiste qui fait aujourd’hui la renommée du monastère ».
Florine
de Bourgogne est
la fille d'Eudes I de Bourgogne et Sybille de Bourgogne, née en
1083, elle meurt en 1097, sans avoir tiré l’épée, tuée par les
Turcs en Cappadoce, avec plus de mille guerriers danois dont son
époux Sven
le Croisé. Parmi les héroïnes
des croisades, on relève le nom
d’Ida de Cham, la margravine d’Autriche ; veuve de Léopold
II d’Autriche, elle est présente, avec Guillaume IX
d’Aquitaine (grand-père d’Aliénor), Hugues de Vermandois et
Welf Ier de Bavière au tout début du XIIe siècle lorsqu’une
des armées croisées est décimée à Ereğli par les Seldjoukides.
Aliénor d’Aquitaine et Louis VII, son premier époux, roi de
France sont présents à la seconde Croisade.
« Nicétas Choniatès signale la présence dans l’armée de
Conrad III de Hohenstaufen, empereur du Saint Empire romain
germanique, d’un bataillon féminin composé de cavalières armées
de javelots et de haches. Il est commandé par une femme à la
rutilante parure, surnommée "la
dame aux jambes d’or" ».
Nous avons la trace de véritables combattantes chez des chroniqueurs
musulmans (et marginalement par l’archéologie), mais la seule dont
on connaisse le nom et la vie aventureuse est la sœur Marguerite. La
concernant des vers ont été rédigés après qu'elle eut été
convaincue d’intégrer le monastère de Montreuil-sous-Laon. En
1301 des dames génoises se sont portées volontaires pour aller
reconquérir la Terre sainte, vidée de toute présence latine depuis
dix ans ; elles se sont faites fabriquées des cuirasses
adaptées pour cela, mais celles-ci n’ont jamais servi.
Le
5 octobre 1581, le siège de Tournai commence. Les habitants de
la cité sont passés majoritairement à la Réforme accueillant des
protestants wallons sujets à persécutions. Philippine-Christine de
Lalaing, en l’absence de son mari gouverneur de la ville, va
défendre Tournai face aux Espagnols commandés par Alexandre
Farnèse.
Autre
figure, celle de Catalina de Erauso qui connaît une vie aventureuse
dans les colonies espagnoles d’Amérique au début du XVIIe siècle,
tuant notamment en duel un nombre non négligeable de personnes.
On
poursuit avec Hannah Snell : « Le 27 novembre
1745, désormais sans revenus, sans époux et sans enfant, Hannah
Snell, âgée de 22 ans, emprunte un costume à son beau-frère et,
s’attribuant également son identité, se rend à Coventry pour
s’engager dans le 6e régiment d’infanterie de Warwick (le
célèbre « Sixth » du colonel John Guise) sous le nom de
James Gray ».
Passons
à Thérèse Figueur qui n’est autre que la véritable Madame
Sans-Gêne. Elle n’a pourtant rien à voir avec la truculente
Maréchale Lefebvre, que Victorien Sardou a choisi, au mépris de
l’Histoire, de populariser dans une pièce. La nôtre est une
Bourguignonne née le 17 janvier 1774 à Talmay et morte le 4 janvier
1861, à l’hospice des Petits-Ménages dans le 7e arrondissement de
Paris. Officiellement cantinière, elle combat à plusieurs occasions
dans les guerres de la Révolution et de l’Empire.
Plus
à l'est, Nadejda Dourova est la première femme officier de
cavalerie russe. En 1807, alors qu’elle est âgée de vingt-quatre
ans, elle s'habille en garçon et, sous le pseudonyme d'Alexandre
Sokolov, combat les armées napoléoniennes jusqu’à la fin 1812.
Nous parcourons agréablement ces récits hauts en couleurs, qu'un carnet central accompagne d'illustrations peu connues, variées et bien choisies.
STENUIT
(Marie-Ève), Femmes en armes : les guerrières de l’histoire,
éditions du Trésor, 2019, 187 pages
Alain
CHIRON
LIVRE : FEMMES PIRATES : LES ÉCUMEUSES DES MERS de Marie-Ève Sténuit (Mots-clés : pirates, corsaires, France, Angleterre, Chine)
« Marie-Eve
Sténuit est née à Uccle, une commune de Bruxelles, le 15 mars
1955. Elle a étudié l’Histoire de l’Art et l’Archéologie à
l’Université Libre de Bruxelles, ville où elle réside
principalement aujourd’hui. Elle exerce la profession d’archéologue
et d’écrivain. Ses activités scientifiques l’ont conduite
pendant plus de vingt ans en Syrie, chaque année. Elle est également
co-directrice du GRASP (Groupe de Recherche Archéologique
Sous-Marine Post-Médiévale) créé par son père, Robert Sténuit.
Elle séjourne régulièrement en Indonésie, sur l’île de Bali,
par amour pour l’art et la culture... » (Source : IGGY Book)
![]() |
L'auteur (DR) |
De
l’introduction de Femmes pirates : les écumeuses des mers,
on retiendra particulièrement :
« Les
femmes qui sont entrées en piraterie y sont venues pour les mêmes
raisons que les hommes : la cupidité ou la misère, la soif
d’aventures, la fuite d’un monde trop étroit pour leurs
expectations. (…) . Dans la majorité des cas, les femmes pirates
ont mené leur carrière dans l’anonymat, sous des noms d’emprunt
et dans des habits d’homme. En piraterie comme ailleurs, le genre
féminin fut bien souvent un handicap ».
L’ouvrage
de Marie-Eve Sténuit évoque donc longuement plusieurs destins de
femmes pirates qui opérèrent en divers océans : Alfhilde de
Gotland, Jeanne de Belleville, Lady Killigrew, Mary Read, Anne Bonny,
Rose Bregeon, Louise Antonini, Julienne David, Chingh Yih Saou, Laï
Cho San, Marie-Anne Dieuleveult, Maria Cobham, Mesdames Pease
n°1 et Pease n°2.
D’autres
figures émergent avec des développements plus courts dont l’un
rappelle le sort tragique des boat-peoples vietnamiens à la fin des
années 1970.
Par
ailleurs, certaines d’entre-elles ont été prétextes à des
fictions comme Jeanne de Belleville (un roman historique par Élie
Durel, publié en 2018) ou Chingh Yih Saou soit en pinyin Cheng I Sao
et avec les idéogrammes 鄭一嫂
(une
BD en six tomes Shi Xiu, reine des pirates, parue tout au long
des années 2010). Cette dernière est le personnage principal du
film, sorti au cinéma en décembre 2004, En chantant derrière
les paravents du réalisateur italien Ermanno Olmi.
Alfhilde
de Gotland est une femme légendaire (et l’auteur ne prend pas le
risque de dater les aventures qui auraient pu arriver à cette
Scandinave) qui n’est historiquement évoquée que dans une source
unique tardive du XIIIe siècle,
la Gesta
Danorum
du moine Saxo Grammaticus. Le récit de la vie de cette princesse
rappelle qu’il y avait des combattantes sur les drakkars. « En
885, lorsque plus de sept cents bateaux remontèrent la Seine jusqu’à
Paris, mille femmes environ se trouvaient parmi les guerriers ».
D’autre part, on sait que «
des Skoldjmoer ou vierges au bouclier combattirent sur mer à la
bataille de Bravalla qui opposa, vers 735, les grands chefs danois et
suédois ».
Jeanne
de Belleville est une femme originaire du Bas-Poitou qui a épousé
le Breton Olivier IV de Clisson. Sur ordre du roi de France Philippe
V, le mari de Jeanne de Belleville est tombé dans un piège et a été
traîtreusement exécuté. Cette dernière arme trois navires afin de
s’attaquer aux bateaux de commerce français. On est alors à
l’époque de la guerre des deux Jeanne, un conflit de succession ,
touchant le duché de Bretagne, qui dure de 1341 à 1364, alors
que Jeanne de Belleville est du côté du prétendant soutenu par les
Anglais, du Guesclin réalise ses premiers exploits guerriers dans le
camp adverse. « Au grand maximum, son activité de pirate a
duré un an, de l’automne 1343 à fin 1344, probablement moins,
mais ces quelques mois suffirent à la faire entrer dans
l’Histoire ».
Lady
Killigrew, Mary Read, Anne Bonny sont des Anglaises qui vécurent au
XVIIe ou au début du XVIIIe siècle. La première fut sûrement plus
receleuse que pirate. La seconde avait été soldat dans l’armée
britannique lors de la guerre de Succession d’Espagne, avant de
devenir pirate aux côtés d’Anne Bonny dans l’équipage de John
Rackham. Rose Bregeon, native de Saint-Malo, fut corsaire dans les
années 1770. Louise Antonini était la fille d’un patriote corse
qui avait combattu aux côtés de Pascal Paoli (figure de l'indépendance Corse) ; corsaire, elle est
faite prisonnière aux Antilles par les Anglais. Après un séjour
forcé au Royaume-Uni, elle rentre en France et devient soldat des
armées de la Révolution et de l’Empire. On voit à travers ces
exemples que se côtoient des figures connues et d’autres sorties
de l’ombre.
On
apprécie que le cas de deux Chinoises soit évoqué, Chingh Yih Saou
et Laï Cho San. Ces deux-là opérèrent à un siècle de distance
et la seconde a servi de modèle pour la Femme dragon, l'un des
personnages de la série Terry et les pirates de Milton
Caniff. L’iconographie est limitée à des cartes géographiques
permettant de voir dans quel secteur maritimes agirent ces femmes
pirates ou corsaires.
STENUIT
(Marie-Ève),
Femmes pirates : les écumeuses des mers,
éditions du Trésor, 2015, 185 pages.
Alain
CHIRON
samedi 13 avril 2019
LIVRE, LE PEROU S'INVITE : FEMMES EN ARMES, itinéraires de combattantes au Pérou (1980-2010) de Camille Boutron (Mots-clés : Pérou, Combattantes, terrorisme, guérilla, lutte armée)
Les actions du mouvement péruvien dit du Sentier lumineux et celles du Mouvement révolutionnaire de Tupac Amaru (MRTA) ont bien souvent fait l’actualité des années 1980 à l’an 2000. Au MRTA, fondé en 1982, on doit en particulier la prise d’otages à l’ambassade japonaise de Lima où 500 personnes furent retenues, les dernières étant libérées quasiment deux mois après leur incarcération. Lors de l’assaut final, tous les membres du commando du MRTA ont trouvé la mort, y compris ceux qui se rendaient.
L’autre mouvement politico-militaire étudié est donc le Parti communiste péruvien Sentier lumineux (PCPSL) qui est d’inspiration maoïste et guevariste et descendant du Parti communiste péruvien (PCP). Il entre en lutte armée en 1980. La majorité de ses membres abandonnera la lutte armée qu’au milieu des années 1990. Repliés dans une partie de la jungle péruvienne, au sud-est du pays, un petit nombre d'entre-eux continue toutefois la « lutte armée ». Ainsi, en juin 2018 quatre policiers sont tués dans une embuscade, tandis qu'une autre attaque, non loin de Lima, cause six blessés parmi les membres d' un comité d’auto-défense.
Camille Boutron s’intéresse également aux femmes actives dans le contre-terrorisme. Dans la mesure où les autorités péruviennes ne veulent pas mettre en avant les succès remportés contre la guérilla par des femmes. De fait, l'auteur a une bien des difficultés à retrouver ces dernières afin d’en évaluer le nombre. L’auteur réfléchit sur l’intensité de la violence exercée par ces femmes (MRTA et PCPSL), qui ne répugnent pas à exécuter des civils, et les conséquences sociétales de leur engagement armé.
Pour mieux comprendre les motivations qui ont poussé ces militantes politiques à entrer dans la « lutte armée », Camille Boutron est allée interviewer des militantes du MRTA et du PCPSL dans les prisons où elles sont incarcérées. Pour cette raison, la condition carcérale des femmes en prison est méticuleusement étudiée dans toutes ses dimensions (familiales et amoureuses comprises) ; certaines poursuivent un engagement militant derrière les barreaux, mais de façons diverses, entre autre en se battant pour l’amélioration de leurs conditions de détention, mais aussi celle des femmes de droit commun.
Ces militantes trouvent que les Péruviennes sont doublement exploitées en tant que travailleuses et en tant que membres du sexe dit faible. Si ces deux mouvements ont pris largement en compte les revendications féministes par contre ils n’ont pas toléré que des combats pacifiques féministes se développent en dehors de leurs initiatives allant jusqu’à assassiner certaines des femmes qui menaient ces luttes.
Les femmes sendéristes ont été considérablement mises en avant par leur mouvement, à l'exemple d'Augusta de la Torre, du PCPSL, peut-être assassinée par une rivale. Dès lors, une légende révolutionnaire dorée se construit autour de sa personne (page 140). La mémoire entretenue autour de ces combattantes révolutionnaires est largement relayée par la presse locale qui d'ailleurs joue tant sur le registre de la fascination que de la répulsion.
Notons enfin que l’image de propagande utilisée pour la couverture du livre provient de l'un des rares musées du terrorisme situé au Pérou.
BOUTRON (Camille), Femmes en armes: Itinéraires de combattantes au Pérou, 1980-2010, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019, 221 p.
Alain CHIRON
L’autre mouvement politico-militaire étudié est donc le Parti communiste péruvien Sentier lumineux (PCPSL) qui est d’inspiration maoïste et guevariste et descendant du Parti communiste péruvien (PCP). Il entre en lutte armée en 1980. La majorité de ses membres abandonnera la lutte armée qu’au milieu des années 1990. Repliés dans une partie de la jungle péruvienne, au sud-est du pays, un petit nombre d'entre-eux continue toutefois la « lutte armée ». Ainsi, en juin 2018 quatre policiers sont tués dans une embuscade, tandis qu'une autre attaque, non loin de Lima, cause six blessés parmi les membres d' un comité d’auto-défense.
Camille Boutron s’intéresse également aux femmes actives dans le contre-terrorisme. Dans la mesure où les autorités péruviennes ne veulent pas mettre en avant les succès remportés contre la guérilla par des femmes. De fait, l'auteur a une bien des difficultés à retrouver ces dernières afin d’en évaluer le nombre. L’auteur réfléchit sur l’intensité de la violence exercée par ces femmes (MRTA et PCPSL), qui ne répugnent pas à exécuter des civils, et les conséquences sociétales de leur engagement armé.
Pour mieux comprendre les motivations qui ont poussé ces militantes politiques à entrer dans la « lutte armée », Camille Boutron est allée interviewer des militantes du MRTA et du PCPSL dans les prisons où elles sont incarcérées. Pour cette raison, la condition carcérale des femmes en prison est méticuleusement étudiée dans toutes ses dimensions (familiales et amoureuses comprises) ; certaines poursuivent un engagement militant derrière les barreaux, mais de façons diverses, entre autre en se battant pour l’amélioration de leurs conditions de détention, mais aussi celle des femmes de droit commun.
Ces militantes trouvent que les Péruviennes sont doublement exploitées en tant que travailleuses et en tant que membres du sexe dit faible. Si ces deux mouvements ont pris largement en compte les revendications féministes par contre ils n’ont pas toléré que des combats pacifiques féministes se développent en dehors de leurs initiatives allant jusqu’à assassiner certaines des femmes qui menaient ces luttes.
Les femmes sendéristes ont été considérablement mises en avant par leur mouvement, à l'exemple d'Augusta de la Torre, du PCPSL, peut-être assassinée par une rivale. Dès lors, une légende révolutionnaire dorée se construit autour de sa personne (page 140). La mémoire entretenue autour de ces combattantes révolutionnaires est largement relayée par la presse locale qui d'ailleurs joue tant sur le registre de la fascination que de la répulsion.
Notons enfin que l’image de propagande utilisée pour la couverture du livre provient de l'un des rares musées du terrorisme situé au Pérou.
BOUTRON (Camille), Femmes en armes: Itinéraires de combattantes au Pérou, 1980-2010, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019, 221 p.
Alain CHIRON
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