Ce petit livre de 98 pages résume très bien les trois conflits
qui jalonneront l’histoire de France de 1939 à 1962 : la seconde guerre
mondiale, la guerre d’Indochine puis la guerre d’Algérie, au travers des yeux d’une
femme d’exception Monique Danjou-Vanuxem (1916-2014). Entrée dans l’armée, un
peu par hasard, le 20 avril 1943, en s’engageant comme volontaire à Casablanca,
elle n’en ressortira que plusieurs décennies plus tard, le 15 mars 1961, totalisant
ainsi 18 années sous les drapeaux. Les décorations qu’elle reçut jusqu’en 1957
sont à l’image de son incroyable parcours : croix de guerre, croix de
guerre des opérations extérieures avec étoile d’argent et palme, Légion d’honneur,
croix de la Vaillance vietnamienne et croix de la valeur militaire. Elle est
faite commandeur de la Légion d’honneur le 25 janvier 2005.
Ce livre, écrit par Hubert Verneret, a été réalisé grâce aux
nombreux entretiens menés entre décembre 1999 et Pâques 2000 avec Monique
Danjou-Vanuxem. Mais son originalité réside dans le fait que le narrateur, qui s’exprime
toujours à la première personne du singulier, n’est pas Hubert Verneret. De ses
entretiens, il a pris le parti que ce soit Monique Danjou-Vanuxem qui s’exprime
et non lui. Ce choix est plus que plaisant, car sans son nom sur la couverture
et ses brèves interventions « focus », on penserait à n’en pas douter
qu’il s’agit ici d’une biographie écrite par l’intéressée.
Ses dix-huit années de service la verront tout à la fois infirmière,
ambulancière et assistante sociale. Malgré son service épuisant, elle donnera
naissance à six enfants, en 1945, 1949, 1950, 1952, 1955 et 1958, retournant
presque après chaque naissance en poste. Surnommée la « Mère des Muongs »
en Indochine, population montagnarde qu’elle affectionnait, elle n’aura de
cesse, en plus des militaires, de venir en aide aux populations civiles d’Indochine
puis d’Algérie.
Elle montrera plus encore de caractère lorsque son mari, le
général Vanuxem, sera arrêté et envoyé pendant deux ans en prison. Les autorités
pensant à tort qu’il est à la tête de l’OAS sous le pseudo de « Verdun ».
Pendant ces deux années, c’est presque sans argent qu’elle doit, avec les
moyens du bord, s’occuper de ses six enfants, heureusement avec l’aide de
Tran-Thi-Tam, la nourrice des enfants depuis l’Indochine, qui ne la quittera
plus jusqu’à son décès en 1998.
Son parcours nous mène de Casablanca à Naples en passant par
le secteur de Monte Casino, Hanoï, Dien-Bien-Phu ou encore Alger. En tous ces
lieux, elle croise les figures du panthéon militaire de la seconde guerre mondiale,
puis des guerres de décolonisation : le général de Gaulle, de Lattre,
Bigeard, le général Jacques Massu et sa femme Suzanne, chef des PFAT en
Indochine, Geneviève de Galard, etc.
Afrique du Nord, 1943-1944 ; Italie, France, Allemagne,
1944-1945 ; Indochine, 1947-1955 ; Algérie, 1955-1958… Toute l’histoire
d’un demi-siècle, ici résumée.
Il est toujours surprenant de voir que les figures encensées
ne sont pas celles qui devraient l’être. C’est bien le cas ici avec ce parcours
incroyable d’une femme pragmatique, droite, volontaire, drôle et, surtout
courageuse.
En outre, on ne peut que louer la belle plume et les
qualités d’écriture de Hubert Verneret.
VERNERET (Hubert), Confidences d’une femme soldat, Monique
Danjour-Vannuxem, Sainte-Hermine, Historic’one éditions, 2023, 12 euros