lundi 2 mars 2026

NOUVEAUTE LIVRE : Virginie Ollagnier et Yan Le Pon L'ESCADRON BLEU 1945 (mots-clés : SASR, conductrices, ambulancières, Croix-Rouge, rapatriement, bande dessinée, médecin, AFAT)

 

 

 


Entre le 23 avril et le 15 juin 1945, avec les sanitaires offertes par la British Red Cross (BRC), la Croix-Rouge française, au travers de ses Sections automobiles sanitaires régionales (SASR) met sur pied huit groupes mobiles (GM) détachés auprès des armées alliées en Allemagne pour aider au rapatriement des prisonniers et déportés malades : GM1 (7ème armée US) ; GM2 (3ème armée US) ; GM4 (1ère armée française) ; GM5 (21ème armée britannique) ; GM6 (3ème armée US) ; GM7 (1ère armée française) et GM8 (1ère armée française). Chaque groupe présente de cinq à dix sanitaires, une camionnette (transport du personnel hospitalier et du matériel sanitaire) et une voiture de tourisme (liaison et prospection). Outre les conductrices, chaque groupe comprend également des infirmières de la CRF et des médecins militaires dont des femmes. Pendant cette période, les groupes transportent 10 274 malades et parcourent 248 754 kilomètres de l'Allemagne à l'Autriche en passant par la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie ou plus loin encore l'Union soviétique. En 2003, Dominique Ménager, à la demande des anciennes du Groupe mobile n°1, publiait un petit livre de 48 pages intitulé, L'Escadron bleu. Il relatait l'histoire de « ces onze jeunes filles (...) (qui) ont enduré sans se plaindre, nombre de souffrances, sans chercher d'autre récompense que la joie de servir. » Malheureusement cet opuscule eut une existence des plus confidentielle. 

De ces onze jeunes filles un nom est plus à retenir que les autres, Madeleine Pauliac. Une jeune lieutenant médecin AFAT (Auxiliaires féminines de l'armée de terre) qui trouva la mort en service. La réalisatrice Anne Fontaine ayant pris connaissance de l'existence de « l'escadron bleu », par le neveu de Madeleine Pauliac, Philippe Maynial, auteur de l'idée originale et co-scénariste, sort Les Innocentes qui retrace l'un des épisodes, particulièrement difficile, vécu par le groupe en Pologne. C'est l'actrice Lou de Laâge qui endosse le rôle de Madeleine. Un an plus tard, en 2017 donc, Philippe Maynial publie le livre Madeleine Pauliac, l'insoumise aux éditions XO. Le film, comme le livre ont un immense succès. Un emballement médiatique fait qu'on en a plus que pour « l'escadron bleu », définitivement plus groupe mobile n°1. Quant aux autres groupes c'est comme s'ils n'avaient jamais existé. 2020, s'inspirant du livre et du film, Emmanuelle Nobécourt (prix Historia 2020) réalise le documentaire Les Filles de l'escadron bleu pour la télévision. Un emballement qui va bien plus loin que les bobines de films et les pages des livres puisqu'il touche désormais physiquement le territoire : « Madeleine Pauliac a acquis une notoriété, avec à son nom une rue et une crèche à Villeneuve-sur-Lot, une rue à Toulouse, Nantes, Bordeaux, Quimper, Floirac, un gymnase à Saint-Ouen-l'Aumône, une école rue Buffault à Paris 9ème. Aujourd'hui, Madeleine Pauliac et l'escadron bleu partagent cette renommée avec notamment le parvis de la gare de Grenoble nommé Madeleine Pauliac/Escadron bleu, ainsi que d'autres lieux » (Philippe Maynial)

 



Désormais c'est au travers de la bande dessinée historique que l'escadron bleu s'invite. S'appuyant sur le livre de Philippe Maynial, et avec l'aide des familles des « anciennes », Virginie Ollagnier, scénariste, et Yan Le Pon, dessinateur, nous livrent un travail fouillé et plus qu'abouti. Ils ont dans ce récit voulu « célébrer la sororité » et faire en sorte qu'après « le temps des héros » vienne celui des « héroïnes ». Ils s'ancrent en même temps, implicitement, dans un espace intemporel : « Dans le climat actuel où l'autoritarisme et la guerre gagnent du terrain, il est important de se souvenir de leur engagement, parce qu'elles ont porté la vie partout où elle avait été assassinée, en s'occupant toujours de l'inhumain qu'elles rencontraient. » Nous ne reviendront pas sur la récit, donc pas sur le fond, mais sur la forme. Pour les connaisseurs que nous sommes, tout est parfait. Les uniformes, les véhicules, les insignes et les lieux, les personnages aussi. Les auteurs ont dû aller aux bonnes sources pour se documenter, malheureusement, ils ne les citent pas. Mais ce qui nous a vraiment beaucoup plu, ce sont les dernières pages qui, outre l'historique de l'escadron bleu et une carte géographique indiquant leur zone d'activité, regroupent photos, documents et insignes, donnant plus encore de vie à l'ouvrage et des repères indispensables pour les lecteurs.

 


 

Cette adaptation en bande dessinée librement inspirée du récit de Philippe Maynial est donc à posséder impérativement. Notons, qu'il est paru également une édition en bichromie limitée à 1000 exemplaires.


Virginie Ollagnier et Yan Le Pon, L'Escadron bleu 1945, Marcinelle, collection Aire Libre, Éditions Dupuis, 2026, 25 euros

lundi 19 janvier 2026

NOUVEAUTE LIVRE : Bruno Rota, Femmes de la France Combattante (Mots-clés : résistantes, OPEX, AFAT, cantinières, héroïne, France libre, Corée, Algérie, Indochine, guerre)

 

Ce livre, en auto édition, est une succession de biographies de françaises ayant participé aux conflits dans lesquels fut impliquée la France de l'Ancien régime jusqu'aux actuelles OPEX (opérations extérieures). Ainsi, les périodes et conflits suivants sont abordés d'une façon chronologique : royauté, Révolution, Empire, 1ère et 2ème guerres mondiales, guerres d'Indochine, de Corée et d'Algérie, OPEX et enfin, pour finir, la Protection et la sécurité intérieure, plus proche de nous. 

 


Les figures choisies sont judicieuses et variées, certaines connues du grand public, ou presque (Leila Hagondokoff, Suzanne Massu, Joséphine Baker, Danielle Casanova, etc.), d'autres plus des spécialistes de la question (Anne Beaumanoir, Yvonne-Aimée de Malestroit, Marie Lavenant, Jeanne Somers, etc.). 

 


L'auteur, Bruno Rota, a bien mené sont enquête et le résultat général est très positif. Toutefois, aucune bibliographie ne vient étayer ses écrits, ce qui donne moins de poids et de légitimité à son travail. Et l'on peut aussi se demander si l'IA n'a pas aidé à composer une partie de cet ouvrage. Un ouvrage qui offre un large éventail de figures permettant ainsi de faire découvrir à ceux qui ne les connaissaient pas des figures émouvantes, atypiques et exceptionnelles.


ROTA (Bruno), Femmes de la France combattante, auto édition, 2025, 19,9 euros


vendredi 7 novembre 2025

NOUVEAUTE LIVRE : NICOLE MANGIN, féministe et humaniste de Yann Tual (mots-clés : doctoresse, docteur, médecin, Grande Guerre, service de santé)

 

A tout seigneur tout honneur. La première étude fouillée et éclairante, de valeur, merveilleusement documentée et illustrée, sur Nicole Mangin, remonte à 2011. Elle est le fruit de Jean-Jacques Schneider qui, par cette étude, "Nicole Mangin, une Lorraine au cœur de la Grande Guerre", a fait sortir de l'ombre cette Lorraine considérée comme l'unique femme médecin de l'armée française ayant pris part à la Grande Guerre. Notons que cette assertion n'est pas complètement vraie, puisqu'une autre femme médecin œuvre dans les hôpitaux auxiliaires de la CRF, dépendant du service de santé des armées, pendant cette même guerre. Nous la présenterons dans un long et prochain post.

Quelques années plus tard, en 2016, la femme de lettre, Marie-José Chavenon, a, elle aussi, réalisé une étude de 64 pages sur notre médecin Lorrain s'appuyant presque exclusivement sur les travaux de Jean-Jacques Schneider, donc rien de nouveau sous soleil. De même, en 2014, les éditions jeunesse Oskar, au travers la plume de Catherine Le Quellenec, qui semblait ne pas connaître le mot doctoresse, sortait Docteure à Verdun, Nicole Mangin.

 



Alors même que son rôle dans la Grande Guerre est "minime" et qu'elle ne fut considérée comme une "héroïne" durant celle-ci, la Poste édite un timbre à son effigie. C'est là que nous voulons en venir, cinq livres, une page Wikipedia et un timbre pour une "presque" inconnue, cela peut paraître excessif, à chacun d'en juger. Ce qui ne retire en rien les mérites de Nicole Mangin, à une époque où les femmes furent tout juste acceptées dans les premières années de ce conflit mondial. 

Nous avons précisé que cinq livres ont été publiés la concernant. Les deux que nous n'avons pas encore présentés sont, pour ainsi dire, des romans historiques, De femme et d'acier, de Cécile Chabaud,et Nicole Mangin féministe et humaniste de Yann Tual. Nous n'avons lu que ce dernier que nous vous présentons donc succinctement.

L'originalité de son ouvrage réside en la personnalité de son narrateur, puisqu'il s'agit de Dun, le fidèle berger allemand de Nicole Mangin. A la façon de Dialogues de bêtes de Colette, paru en 1904, Dun accompagne de ses commentaires le parcours atypique de sa maîtresse jusque 1919. Une idée originale pour approcher et aborder Nicole Mangin. Un ouvrage qui s'adresse plus aux amateurs de romans historiques qu'aux amateurs d'histoire. Une chose nous a cependant franchement chagrinée, l'absence du livre de Jean-Jacques Schneider en référence.


TUAL (Yann), Nicole Mangin, féministe et humaniste, 2024, 15 euros (disponible sur Amazon)

mercredi 22 octobre 2025

NOUVEAUTE LIVRE : MADEMOISELLE NICOLL de Jean-Claude Bonnaud (mots-clés : SSA, Sections sanitaires automobiles, drôle de guerre, ambulancières)

 

Edmée Nicolle est l'une des figures féminines les plus marquantes de la seconde guerre mondiale, et aussi une héroïne de la Grande Guerre, pourtant c'est sans nul doute l'une des moins connue à ce jour.

 


 

Quelques travaux universitaires (Frédéric Pineau), quelques livres (Germaine Dubreuil, Odette Fabius, Marguerite d'Anjou Nikolis, Frédéric Pineau) ou articles (Chantal Ciret, Frédéric Pineau, Jean-Jacques Monsuez) l'ont sortie de l'ombre, comme de l'oubli. Ses mémoires, non publiées, ont déjà été utilisées, entre autre pour les travaux de Frédéric Pineau, mais elles demeuraient toutefois inédites. Au cours de la seconde guerre mondiale, les ouvrages de Jean Damase, La Soldate, et Gisèle d'Assailly, SSA, loueront le travail des Sections sanitaires automobiles féminines et de leur fondatrice, Edmée Nicolle.


L'ouvrage écrit par Jean-Claude Bonnaud, Mademoiselle Nicoll, aux éditions Food, n'est donc pas une première en la matière. C'est avant tout un livre sur Edmée Nicolle plus que sur ses SSA qui lui sont consubstantielles. Il s'appuie presque exclusivement sur ses mémoires, allant de sa naissance à son décès le 15 novembre 1999 à l'âge de 101 ans. On peut s'étonner de l'orthographe Nicoll sur la couverture. C'est effectivement l'orthographe qu'elle utilisa un temps aux États-Unis d'Amérique, mais, cette graphie, elle en fit usage que peu de temps. Ce choix est dommage, car il ne permet pas forcément de retrouver son livre lorsqu'on le cherche sur le net.

Ce dernier intéressera surtout ceux qui connaissent peu cette figure extraordinaire, hors du commun et emblématique qu'est Edmée Nicolle. Jean-Claude Bonnaud a choisi de lui "donner la parole". C'est donc à travers elle qu'il s'exprime, dans ces pages en partie romancées, "nourries d'une bonne part d'interprétation de l'auteur". On retrouve les faits les plus marquants de sa vie au fil des pages : l'éducation britannique, la Grande Guerre, sa période américaine, la drôle de guerre, son incarcération à Londres, l'interdiction de la SSA par les Allemands, l'après-guerre entre Paris et le Loiret, etc.


Le chapitre consacré aux Rochambelles est totalement hors sujet et l'on peut se demander ce qu'il vient faire là. Par contre, le dernier chapitre nous dévoile la vie qu'elle mena dans le Loiret longtemps après la guerre. Une période de sa vie bien moins connue et documentée. Autre regret, que certaines sources capitales n'aient pas été exploitées. Nous avons aussi remarqué que l'auteur s'embrouille parfois entre les conductrices de la CRF et celles de la SSA, ce qui tronque certaines informations.


Au final, un petit livre intéressant qui permet, encore une fois, et sous un prisme différent, de découvrir Edna Louise Nicolle, une vraie héroïne des deux guerres mondiales.

 

Frédéric Pineau

 

BONNAUD (Jean-Claude), Mademoiselle Nicoll, Food éditions, 2024, 15 euros 



jeudi 12 juin 2025

NOUVEAUTE LIVRE : Dominique François, FEMMES TONDUES, LES BÛCHERS DE LA LIBERATION (Mots-clés : femmes tondues, libération,épuration, collaboration)

Femmes tondues, Les bûchers de la Libération, de Dominique François, est bien différent des ouvrages parus jusqu’à présent sur le sujet. En quoi l’est-il ? En partie, grâce aux témoignages de femmes tondues qui représentent la moitié du livre. Le fait qu’ils proviennent essentiellement de Basse-Normandie, lui donne un caractère d’histoire locale. C’est d’ailleurs l'unique étude locale sur le sujet, éditée pour la première fois aux éditions Cheminements en 2006. La Normandie, avec le département d’Eure-et-Loir, sont les seuls lieux géographiques à bénéficier de travaux sur la question. Ceux de Gérard Leray sur Chartres et Nogent-le-Rotrou ont prolongé ceux de Dominique François.



 N’oublions pas, au niveau national, les approches novatrices de Alain Brossat et Fabrice Virgili. Outre, les témoignages, d’autres chapitres abordent la tonte, l’épuration ou encore les tondeurs, d’une manière sociologique et psychologique plus qu’historique.



Un seul point « négatif », l’absence de références bibliographiques ou de sources autres que les témoignages.

 

Dominique François, Femmes tondues, les bûchers de la Libération, OREP, Bayeux, 2025, 94p., 20 euros


mercredi 11 juin 2025

NOUVEAUTE LIVRE : Christophe Mulé, LES DOUANIERS DANS LA BATAILLE DE FRANCE

 

Bien que ce merveilleux livre ne parle pas de femmes, nous tenions tout de même à le présenter de par sa qualité.



En effet, il nous fait vivre le « parcours curieux et méconnu » des bataillons de douaniers de la « Drôle de guerre » jusqu’au 27 juin 1940, date de leur dissolution. Bien documenté, bien illustré, le livre aborde tous les aspects du sujet y compris uniformologique. Du fait de leur métier, les douaniers seront souvent en première ligne participant particulièrement aux combats défensifs de Lille et Dunkerque. Christophe Mulé, auteur de deux autres livres sur les douaniers de la Grande Guerre et d’articles sur ces mêmes sujets, est devenu le spécialiste incontesté des douaniers des deux guerres mondiales. Un très bel ouvrage à détenir.

Christophe Mulé, Les Douaniers dans la bataille de France, 1939-1940, Paris, Histoire et Collection, 2025