lundi 1 juin 2015

Nouveauté livre : Laurens d'Albis, USINES DE GUERRE (mots-clés : Peugeot, Citroën, ouvrières, munitionnettes, armement, Grande Guerre, automobile, usines)


Pourquoi ce livre, sur ce blog, me direz-vous ? Tout simplement parce qu'il parle des industries d'armement pendant la Grande Guerre. Et comme nous le savons pas d'ateliers d'armement sans populations féminines.

Bénéficiant du très sérieux label Centenaire 1914-1918, le projet « Usines de guerre » s'inscrit dans le cadre de la mission de communication et de valorisation des fonds patrimoniaux du groupe PSA Peugeot Citroën. Il est à ce jour l'un des rares ouvrages consacré à l'industrie de l'armement en France durant la Grande Guerre. Derrière une vision patriotique et technique de l'effort de guerre dans l'entreprise se cache souvent des enjeux sociétaux majeurs et une transformation en profondeur de l'industrie que les pages de l'ouvrage rendent parfaitement et clairement. Le cas de PSA Peugeot Citroën est donc abordé au travers des sociétés intégrées au groupe (Peugeot, Citroën, Mors, Delaugère et Clayette, Panhard et Levassor).



Cette étude d'une qualité et d'un intérêt incontestables est le fruit d'un long travail de recherche dans les archives de Terre Blanche dans le Doubs (groupe PSA Peugeot Citroën), ainsi que dans les entités patrimoniales des marques encore en activité. Elle repose sur la collecte du plus grand nombre possible de documents d'archives ayant trait à la Grande Guerre, complétée par un échange permanent avec le milieu universitaire et scientifique, matérialisé par la création d'un comité scientifique, mais aussi la participation de contributeurs appartenant aux associations de collectionneurs des marques ou aux équipes des entités patrimoniales. Les images ainsi collectées sont le plus souvent inédites et surtout, il faut le souligner, parfaitement légendées. Les textes des auteurs (Pierre Lamard, Jean-Louis Loubet, Paul Smith, Guillaume Kozubski, Fabien Lehouelleur, Emmanuel Piat), dirigés par Laurens d'Albis, s'appuient sur un corpus de sources solides et variées.

La réflexion s'articule autour de trois thèmes principaux :
  • les besoins de la Nation en guerre, l'organisation de l'économie de guerre et la réponse des industriels ;
  • les populations à l'arrière du front contribuant au bon fonctionnement des industries de guerre ;
  • les conséquences sociales et économiques et l'entrée dans le 20e siècle.
Bien que ne faisant pas partie du groupe PSA Peugeot, deux acteurs importants de l'effort de guerre liés tant à l'automobile qu'à l'industrie de guerre font l'objet d'un chapitre : les carrossiers et l'Automobile club de France.

Il serait trop long de détailler le contenu éditorial de chacun des chapitres du présent livre tant il est riche de nouveautés historiques et iconographiques. Un livre que nous vous conseillons les yeux fermés. Une vision «corporate » de la Grande Guerre. Une merveille.

Notons que ce livre constitue le complément naturel d'une exposition itinérante ouverte au grand public en 2014 et qui déambulera ainsi jusqu'en 2018.


Collectif, Usines de guerre, Antony, ETAI, 2015, 208 p.

Disponible en librairie ou sur les sites de vente en ligne.

vendredi 29 mai 2015

Littérature jeunesse, PARTIE 1 : Les éditions OSKAR (Mots-Clés : Grande Guerre, seconde guerre mondiale, résistance, doctoresse)


Nous débutons notre série sur la littérature jeunesse liée aux femmes dans la guerre en présentant trois auteurs des éditions OSKAR, nous poursuivrons par un panorama chronologique des livres sur ce même sujet de 1871 à 2015.



Les éditions OSKAR ont eu la merveilleuse idée, depuis plusieurs années maintenant, de développer toute une serie de livres sur les femmes, jeunes femmes et jeunes filles impliquées d'une façon directe ou indirecte (guerre subie) dans les deux guerres mondiales de 1914-1918 et 1939-1945. Ces titres se retrouvent dans deux collections dédiées à la jeunesse : Histoire et société et Les aventures de l'Histoire. Les figures abordées sont surtout celles de la résistances (Lucie Aubrac, Germaine Tillion, etc.), mais trois titres au moins abordent aussi avec grand intérêt et précision les femmes de la Grande Guerre (Elles aussi ont fait la Grande Guerre ; Docteure à Verdun ; Il fallait survivre). Saluons donc ces éditions qui ont le courage de publier de pareils ouvrages destinés à un jeune public et donnons donc la parole à trois de ses auteurs que nous remercions de leur participation : Pauline Raquillet, Valentine Del Moral et Catherine Le Quellenec.









Pauline Raquillet et Valentine Del Moral : Pourquoi et comment écrire Elles aussi ont fait la Grande Guerre

 Sur nous, rien à dire sauf à s’amuser de l’alliance dans l’écriture d’une historienne des plus précises et d’une historienne de l’art très imaginative. Plusieurs livres écrits par l’une et par l’autre mais qui sont à des années-lumière des femmes en uniforme.

Plusieurs réflexions nous ont poussées à nous atteler à cet album.



Tout d’abord, nous avons constaté qu’en littérature jeunesse, l’Histoire version féminine était soit limitée à des grandes figures qui finissent par paraitre rabâchées, à l’instar de Marie-Antoinette ou Cléopâtre ; soit était cantonnée à des bluettes ou pseudo-journaux intimes. Nous pensions au contraire que raconter l’Histoire en décalant l’angle de vue, en choisissant de nous placer derrière le regard des femmes nous permettrait de promouvoir l’histoire d’une manière vivante et concrète auprès des jeunes lecteurs qui se projetteraient dans la vie de ces femmes d’exception. 

D’autre part, nous avons considéré que nous étions vieilles ! Assez vieilles en tous cas pour avoir connu enfant, par nos familles ou par les médias, des acteurs de la guerre de 14, témoins vivants de la période. Depuis février 2012, ces témoins ont tous disparus.

Autour de nous, nous avons constaté que la Grande Guerre était bien connue mais souvent à la manière d’une Image d’Epinal.

Pour ces raisons, nous avons ressenti le besoin d’écrire « notre » guerre. Et pour lui donner de la proximité, pour la rendre concrète, nous avons décidé de mettre de côté le récit académique. Notre réflexion nous a amenées à nous pencher sur les destins et les histoires individuelles de celles qui ont vécu au quotidien cette première guerre.

Très vite, nous avons compris que la vision de l’action des femmes de la guerre de 14 était souvent restreinte aux archétypes de suffragette ou munitionnette, marraine de guerre, au mieux infirmière ou espionne.

Le travail que nous avons alors entrepris a été de longue haleine. Près de deux ans. Beaucoup de lectures généralistes et pointues, de prospection de biographies souvent n’existant qu’en anglais, de recherche iconographique poussée, iconographie qui a été utilisée par la suite par le maquettiste d’Oskar éditeur.

Le choix des quarante héroïnes présentées a été drastique. Ce qui importait était que toutes portent en elles un double message :

  • Chacune devait pouvoir nous permettre d’aborder un aspect de la guerre.
  • Chacune devait avoir dans sa biographie, une anecdote assez saillante pour donner vie à un récit alerte, précis, étonnant si possible.

Un autre point qui nous tenait à cœur, était de mettre en lumière, certes les plus illustres qui renforçaient notre double fil conducteur, mais aussi les héroïnes méconnues, voire inconnues qui avaient croisé notre chemin de recherche.
Quoiqu’il en soit, toutes celles qui figurent dans l’album, partagent les valeurs de courage, d’intelligence, d’ingéniosité, de pugnacité. Leur enthousiasme, leur humour parfois, font d’elles des modèles particulièrement vivants qui parlent à notre monde contemporain.

Nous commencerons par les femmes qui ont effectivement porté l’uniforme. Nous les avons choisies, dans la mesure du possible, dans un maximum de pays ayant participé au conflit.
Les femmes n’étaient pas censées aller au combat. L’appel de Viviani était sur ce point très clair. Elles devaient faire marcher le pays à l’arrière. Si pourtant elles se sont engagées, si elles ont revêtu l’uniforme, c’est pour des raisons diverses.

L’envie de combattre en tant que soldat :

Maria Bochkareva L’amazone russe ;
Flora Sandes Un garçon manqué.



Toutes deux furent promues officier et furent particulièrement respectées après un moment de latence.

L’envie de témoigner : Dorothy Lawrence Reporter de guerre ;
L’opportunité de servir : Nicole Mangin Une femme + un médecin = un soldat ;
Le désir de partager un savoir : Marie Marvingt Un pilote en jupe-culotte ;
Un cas particulier : Bécassine Héroïne de bande dessinée qui fut mobilisée.






Nous ne pouvons pas passer sous silence la médecine qui a toujours accompagné la guerre de manière étroite.

Sur le terrain, il faut citer les interventions de Marie Curie Une scientifique à l’esprit pratique, qui met au point les camions de radiologie, et à nouveau Marie Marvingt Un pilote en jupe-culotte à qui l’on doit l’aviation sanitaire.
Représentant le corps infirmier, Blanche Lavallée & Yvonne Baudry Bluebird’s girl ont eu – c’est une exception notable - le rang d’officier dans l’armée canadienne. Au sortir de la guerre, « Blanche est envoyée à Washington pour persuader le Congrès que les infirmières des États-Unis, à leur exemple, méritent d’obtenir un grade militaire ».

A l’arrière, deux artistes se sont penchées sur le cas des gueules cassées et des corps martyrisés et méritent une mention particulière.

Anna Coleman


Grace Gassette L’artiste prothésiste ;
Et surtout Anna Coleman Ladd Sculpteur de Gueules. Nous vous engageons à regarder le film qui a été tourné à l’époque :



Enfin, laissez-nous penser que les deux héroïnes suivantes, étaient à leur manière de bons soldats !... Il s’agit de :

Nénette (et Rintintin) Porte-bonheur qui montait au front aux revers des vareuses des soldats. Le haut commandement interdit sa présence quand elle devint, selon lui, trop visible et envahissante ;
Peau-d’âne Jument de guerre qui rappelle l’enrôlement massif des bêtes dans le conflit.



Nées au XIXe siècle, ces femmes sont devenues par leur passage sous l’uniforme, par leur fréquentation de la guerre, les femmes d’un siècle nouveau.

On ne peut pas affirmer qu’elles ont été des modèles pour les générations suivantes puisque bon nombre d’entre-elles n’ont même pas été reconnues. En revanche, il nous est apparu qu’elles pouvaient être des modèles pour les filles et les garçons d’aujourd’hui si éloignés de la réalité de cette guerre qui souvent se limite dans l’imaginaire collectif, aux tranchées, aux poilus, aux taxis de la Marne et à Verdun.

L’accueil des enfants a dépassé nos attentes.

Nous nous sommes aussi rendu compte en présentant le livre dans les écoles et dans les bibliothèques, que les « grandes personnes » aussi étaient touchées par Elles aussi ont fait la Grande Guerre. Les parents, les grands-parents et les adultes se replongeant autrement dans cette guerre d’Epinal, sont devenus de vrais lecteurs et des passeurs de l’album.

En ce qui nous concerne, il faut dire combien nos quarante épatantes nous portent depuis le début de cette aventure éditoriale et combien leur exemple resurgit quasi quotidiennement. Nous pensions les mettre en lumière. Ce sont elles qui nous rendent lumineuses.

La page facebook de Pauline et Valentine


Catherine Le Quellenec : un « petit roman » sur la doctoresse Nicole Mangin

"Donc je m'appelle Catherine Le Quellenec, j'ai 45 ans et suis institutrice depuis 20 ans. Née à Guingamp dans les Côtes d'Armor, j'ai fait mes études à Rennes.



J'ai commencé à travailler avec les éditions Oskar en créant pour eux des dossiers pédagogiques : il s'agit de fichiers en lecture/littérature, gram/conj, voc/ortho et jeux de lectures. Ceux-ci sont destinés aux instituteurs travaillant sur des romans jeunesse dont voici les titres :
- La femme noire qui ne voulait pas se soumettre. Rosa Parks ;
- Les soldats qui ne voulaient plus se faire la guerre. Noel 14 ;
- Le chemin des Dames. Avril 17 ;
- Marion du Faouët" en co-éditions avec le CNDP ;
- Les sanglots longs des violons... ;
- Les Brigades du Tigre ;
- Les enfants d'Iréna Sendlerowa.
En 2009, Françoise Hessel, directrice éditoriale de Oskar m'a proposé d'écrire une histoire sur le sujet de mon choix. Je n'avais jamais écrit de ma vie et ne pensais pas en être capable...
Bref, un jour de vacances, en feuilletant le Nouvel Obs, je suis tombée sur une petite nécro de quelques lignes parlant d'une très vieille femme polonaise qui, pendant la seconde guerre mondiale a sorti et sauvé 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie. Inhumée dans l'anonymat et le dénuement le plus total, j'ai pensé qu'il serait pas mal de mettre cette femme en lumière...
J'ai continué d'écrire en choisissant toujours des femmes qui ont fait l'Histoire ; elles ont en commun le courage, le dévouement, l'intérêt général...
J'ai fait la rencontre de Nancy Wake également en lisant sa nécro dans le Ouest-France. Ce qui m'a plu chez cette femme, c'est son engagement pour la France qui n'était pas son pays natal, et son souhait outre de se faire incinérer de faire éparpiller ses cendres au-dessus du Mont Mouchet, là où elle s'était occupée d'un groupe de maquisards... Australienne, Nancy Wake s'est engagée dans le SOE en Angleterre et est "enterrée" sur le sol français...

En ce qui concerne le Docteur Nicole Mangin, c'est en participant au salon du livre de Verdun, lors d'une exposition sur les femmes dans la guerre, que je l'ai découverte. Il y avait un petit texte et une photo sur laquelle on voit Nicole Mangin avec l'uniforme des doctoresses Anglaises (les femmes médecin au front en 1914 n'existaient pas dans l'armée française et n'avaient donc pas d'uniforme). Elle y figure avec son chien Dun. Le fait que ce soit la seule femme médecin française à agir dans les HOE m'a interessée et j'ai choisi de lui consacrer un petit roman. » Catherine Le Quellenec

vendredi 15 mai 2015

Réédition : "À la Pentecôte, la cerise est notre hôte" : Souvenirs de la Princesse Marie de Croÿ (Mots-clés : Grande Guerre, catholique, résistance, Cavell, Thuliez, Moriamé, Louise de Bettignies)



Rappelons que notre titre vise à dire dans un premier et second temps que les fruits sont là pour la fête du Saint-Esprit et que le jour de la Pentecôte est proche du moment où nous écrivons ce texte. Dans un troisième et quatrième mouvement, il fait allusion au fait que l’ouvrage Princesse et combattante : mémoires de Marie de Croÿ, 1914-1918 nous évoque un réseau de résistance de femmes très chrétiennes (des catholiques et une anglicane) qui accueillit dans des habitations privées des soldats étrangers. Il s’appuya largement sur des curés belges ou français et un architecte Philippe Baucq, fondateur d’une œuvre catholique d’aide aux pauvres d’un quartier de Bruxelles. Princesse et combattante : mémoires de Marie de Croÿ, 1914-1918 est d’ailleurs la réédition sous un autre titre d’un titre écrit en 1931 et paru en 1933 Souvenirs de la Princesse Marie de Croÿ qui contenait une lettre-préface du comte de Broqueville, leader catholique chef du gouvernement belge durant la Première Guerre mondiale et Premier ministre de 1932 à 1934.    



Ce réseau avait comme principales actrices, outre la narratrice Marie de Croÿ, la comtesse Jeanne de Belleville résidant en Hainaut, Édith Cavell (infirmière anglaise à Ixelles en Belgique, au moment de la déclaration de guerre), Louise Thuliez et Henriette Moriamé (jeune fille née dans le Nord). Il s’agissait donc de recueillir des soldats français et anglais, voir des prisonniers russes évadés, et tâcher de leur éviter d’être fusillés (la narratrice raconte que des militaires alliés furent passé par les armes, après avoir été découverts se cachant dans une forêt depuis plusieurs jours) ou les aider à rentrer chez eux via la Hollande. Bruxelles est l’étape intermédiaire, on a des guides pour le parcours Bellignies-Bruxelles puis d’autres guides pour Bruxelles-Pays-Bas. Le château de la famille de Marie de Croÿ à Bellignies était situé antre Valenciennes et Maubeuge à moins de cinq kilomètres de la frontière belge. Les deux frères de Marie de Croÿ jouent un rôle non négligeable, tous les trois sont nés d’une mère anglaise et d’un père diplomate belge (ces derniers décédés respectivement depuis 25 et 2 ans au moment de la déclaration de guerre). Le plus jeune frère de la narratrice épouse fin 1918 Jacqueline de Lespinay (fille d’un député royaliste de Vendée qui siégea de 1898 à 1906), lui et la narratrice sont décédés dans un village de la Nièvre. Par contre leur frère aîné, qui épousa une Princesse de Ligne en 1920, mourut près de Bruxelles.  


Marie de Croÿ et Édith Cavell se rencontrent en décembre 1914 d’après les souvenirs de la première (mais il semblerait que ce soit plus tardif) pour coordonner leurs actions réalisées en parallèle. Le réseau est démantelé durant l’été 1915, toutefois certains de ses membres purent s’échapper comme le frère aîné de la narratrice qui gagna les Pays-Bas. Marie de Cröy raconte ensuite son procès puis son emprisonnement en particulier dans la forteresse de Sieburg non loin de Cologne. Pages 147 à 149, elle nous livre les noms et les raisons de l’arrestation d’une vingtaine de résistantes belges ou françaises qui, comme elle, sont enfermées là. C’est là qu’elle rencontre Louise de Bettignies dont elle ne connaissait rien jusqu’alors (page 156) et raconte tant les formes d’opposition qu’elle montre à l’administration que son agonie.  


Du fait des mauvaises conditions d’internement, elle tombe malade. Une multitude d’interventions de personnalités neutres (comme le roi d’Espagne ou le pape) et allemandes ou autrichiennes (l’archevêque de Cologne, ses cousins princes allemands, l’impératrice Zita, etc.) font qu’elle est transférée dans un hôpital à Munster ce qui améliore considérablement ses conditions de vie, qui ne sont pas idylliques pour autant. La narratrice termine en nous contant l’Allemagne de la fin novembre 1918, agitée par les comités de soldats, son retour en Belgique et une conclusion approchant certains aspects de la morale qu’elle tire de son propre engagement et de celui d’autres femmes (comme Gabrielle Petit née à Tournai, elle avait monté un réseau de renseignements).    


Ce texte est introduit par Hélène Amalric en deux pages et on peut regretter qu’il ne soit pas équipé de notes. Ceci pour trois raisons tout d’abord Marie de Croÿ évoque des gens qu’elle ne présente pas, ainsi savoir que ceux qu’elle appelle les cousins de Dulmen sont titulaires d’une principauté située en Rhénanie (ceci aide à comprendre son transfert en Allemagne de la prison à l’hôpital). Ensuite il s’agit là de mémoires et il faut les confronter à l’histoire, ainsi l’auteur, de bonne foi, se trompe parfois sur certains faits ou dates, ainsi Louise Thuliez est donnée comme institutrice à Lille mais elle est professeur de français à Lille dans l’enseignement catholique et d’après l’historienne Élise Rezsöhazy dans un texte intitulé "L’engagement résistant de Marie et Reginald de Cröy au cœur du réseau d’Édith Cavell", par ailleurs elle porte des jugements de valeur sur des personnages ou des faits qu’elle nous impose.  

Alain Chiron

AMALRIC (Hélène), Souvenirs de la Princesse Marie de Croÿ d’Hélène Amalric, Bibliomnibus, 2015, 197 p. 11 euros. Existe aussi au format Kindle (7,99 euros).

mercredi 13 mai 2015

Nouveauté Livre : Frédéric Pineau, FEMMES EN GUERRE, 1940-1946, Tome 2 (mots-clés : seconde guerre mondiale, résistance, collaboration, Etat français, déportation, réfugiés, prisonniers, libération, occupation, zone libre, malgré-elles, résistantes)


Après les femmes de “l’armée de Gaulle” et celles de l’armée de libération, ce tome 2 de Femmes en guerre se consacre au vaste sujet que représentent les civiles en uniforme pendant la Seconde Guerre mondiale : infirmières, conductrices, assistantes sociales, femmes des oeuvres et des associations de secours, des organismes d’État… ou encore des partis collaborationnistes. Nous parcourons à leurs côtés, de 1940 à 1945, la France métropolitaine du Nord au Sud, d’Est en Ouest (zones occupée, libre et annexées d’Alsace et de Moselle), puis nous plongeons dans les heures d’exaltation et de souffrance de la Libération. Viendront le retour des PDR (prisonniers, déportés et réfugiés), la reconstruction physique et morale du pays puis, comme si le temps s’était arrêté définitivement à l’Est, l’occupation de l’Allemagne et de l’Autriche vaincues. Tout au long de ce parcours, aux frontières sinueuses, nous croiserons des femmes d’horizons divers aux trajectoires marquées et modelées par des idéaux, des contraintes, des espoirs quelquefois déçus et des croyances souvent tenaces. Mais presque toujours avec cette simple idée de “Servir”. Quels furent leur action, leur organisation, leurs objectifs, leurs signes distinctifs et leurs uniformes ? En nous interrogeant de la sorte, nous ouvrons une porte sur un passé méconnu. Il est donc temps de comprendre ce que fut l’engagement réel des Françaises pendant la guerre. Au demeurant, il n’y eut pas une seule France, celle de la victoire, se limitant aux Françaises libres de Londres, aux résistantes de l’intérieur et aux “Merlinettes”, mais des France aux destinées contraires qui, tout compte fait, se ressemblent tellement dans le dévouement et l’abnégation.

L'ouvrage, outre un texte abondant, offre une iconographie inédite et fort riche faite de photographies anciennes, d'insignes jusqu'alors non identifiés, d'uniformes et que sais-je encore.





Pour vous mettre en appétit, voici par le menu la liste des organisations, institutions, partis, associations abordés dans ce merveilleux tome 2 :

Les organisations d'entraide et de secours des zones libre et occupée, 1940-1944


L'Assistance au devoir national (ADN) ;
L'Assistance sanitaire automobile (ASA) ;
La Croix-Rouge française (CRF) ;
La Section féminine des Amitiés africaines ;
La Société des secouristes français, infirmiers volontaires (SF) ;
Le Service automobile féminin français (SAFF) ;
Les Sections sanitaires de l'enfance (SSE) ;
Les Sections sanitaires automobiles féminines (SSA) ;
Le Comité américain de secours civil (CASC).



Gros plan 


Avec les conductrices du service des prisonniers de guerre du centre de Charleville ;

Première sortie en uniforme ;

Mouvement.



Les organisations de l'Etat français, 1940-1944


La Milice française ;
La personnel féminin de la Défense passive ;
Le Personnel feminin en uniforme du secrétariat d'état à la Marine et aux Colonies;
Le Secours national (SN) ;
Les assistantes sociales des services sociaux dépendant de la Défense nationale ;
Les Equipes nationales (EN) ;
Les Services médicaux et sociaux de la Légion française des combattants (SMS) ;
Les surveillantes auxiliaires de police et les assistantes de police.

Elles ont choisi l'Allemagne, 1940-1945

Les Françaises au service de l'Allemagne

La Deutsches Rotes Kreuz (DRK) ;
L'Organisation Todt (OT) ;
La Légion des volontaires français contre le bolchévisme (LVF).

Les mouvements collaborationnistes

La Jeunesse de France et d'outre-mer (JFOM) ;
La Ligue française (LF) ;
Le Mouvement social révolutionnaire (MSR) ;
Le Parti franciste (PF) ;
Le Parti populaire français (PPF) ;
Le Rassemblement national populaire (RNP) ;
Les Jeunes de l'Europe nouvelle (JEN).

Elles ont choisi l'Allemagne contre leur gré, 1940-1945

Les Alsaciennes et Mosellanes dans les organisations civiles et militaires du IIIe Reich.

Gros plan 

La Tondue de Chartres.

Reconstruire, aider, rapatrier, occuper, 1944-1945/1947


L'Entr'aide française ;
L'Union des femmes françaises (UFF) ;
L'Union des jeunes filles patriotes (UJFP) et le Service civique de la jeunesse (SCJ) ;
L'United Nations Relief and Rehabilitation Administration (UNRRA) ;
La Mission française de rapatriement (MFR) et le ministère des Prisonniers, Déportes et Réfugiés ;

La Mission militaire de liaison administrative et les Liaison-Secours ;
Le Comité des oeuvres sociales des organisations de résistance (COSOR) ;
Le Corps auxiliaire volontaire féminin (CAVF) ;
Le French Welcome Committee (FWC) ;
Le personnel féminin des Transports militaires automobiles pour les populations civiles (TMAPC) ;
La section féminine du Corps militaire de rapatriement (CMR) ;
Les civiles employées par l'US War Department et l'European Civil Affairs ;
Le personnel féminin des gouvernements militaires des zones françaises d'occupation d'Allemagne et d'Autriche.


Gros plan 

Avec les conductrices-ambulancieres du groupe mobile n°2 de la CRF, de Buchenwald à Prague.

Complément au tome premier

Les Dames auxiliaires des vétérans de la France libre aux USA (The Ladies Auxiliary of the Free French War Veterans) ;
Les volontaires feminines de Fort George G. Meade.



L'ouvrage est paru ce 13 mai 2015. Vous pouvez donc l'acheter sur les sites de vente en ligne ou en librairie (sur commande ou non).

Frédéric Pineau avec la participation de François Ruédy, Christophe Leguérandais, Philippe Guimberteau, Gérad Leray, Femmes en guerre, tome 2, Antony, ETAI, 2015, 192 p.

dimanche 19 avril 2015

L'Afrique lusophone s'invite : Nzingha princesse de l'Afrique de l'ouest et guerrière (mots-clés : Afrique, guerrière, amazone)


En 2000, aux Etats-Unis d'Amérique, parait, sous la plume de Patricia C. Mc Kissack, une noire américaine native du Tenessee, l'ouvrage Nzingha : warrior queen of Matamba. Il est traduit en 2006 chez Gallimard jeunesse dans la collection Mon histoire sous le titre de Nzingha : princesses africaine.



La narratrice y est généralement un personnage historique (telles Anne de Bretagne ou Blanche de Castille) et à défaut quelqu’un qui lui est proche comme la chanteuse de Vivaldi. Trois fois sur quatre, il s’agit d’une fille, celle-ci raconte à peu près une année de sa vie, celle où l'on peut considérer qu’elle passe de l’enfance à l’état adulte, sans jamais passer par une case adolescence qui à l’époque est un âge qui n’entre pas dans les concepts des humains, à quelque endroit où ils vivent. La plupart du temps, c’est à travers un journal tenu régulièrement que l’on suit la vie de la narratrice.




Nzingha est née en 1582 dans ce qui deviendra la colonie portugaise d’Angola jusqu’au milieu des années 1970, époque où non sans difficultés intérieures l’Angola accède à l’indépendance. Patricia C. Mc Kissack choisit de raconter la vie de son héroïne au travers de chroniques mensuelles en indiquant le nom du mois en culture occidentale et en kimbundu (une langue africaine). On démarre en juillet 1595 pour terminer en septembre 1596 (mois où est décidé qui sera son mari). Dès la troisième page Nzingha est présentée avec des potentialités de guerrière :
« Aujourd’hui avec mes amis, j’ai fabriqué des flèches et trempé leurs pointes dans du venin de serpent, comme Njali nous l’a appris. Njalu est le chef des Élus, les gardes du roi et il combat aux côtés de mon père ». (page 9)

C’est un Portugais le père Giovanni Gavazzi, vivant depuis environ vingt ans au Matamba dans l’entourage royal la tribu qui incite Nzingha à tenir son journal lusophone. Dans ce dernier, elle pose la question de la traversée des esclaves depuis l’Angola jusqu’au Brésil. Des auxiliaires des Portugais essaient de s’emparer d’elle alors que Nzingha est isolée avec ses deux sœurs :
« Tandis que je chargeais l’ennemi avec Mukambu, Kifunji a fait du raffut afin qu’ils s’imaginent que nous étions plus nombreux. Puis j’ai poussé un cri de guerre et j’ai lancé des flèches ». (pages 74-75)
Comme d’habitude dans cette collection des pages documentaires terminent l’ouvrage. Ici elles traitent de la vie de l’héroïne depuis son mariage jusqu’à sa mort, la présence portugaise en Angola depuis la fin du XVe siècle jusqu’au XVIIe siècle, le devenir des personnages de l’entourage de Nzingha.



Il est dommage que dans cet ouvrage comme dans La reine Nzingha et l’Angola au XVIIe siècle de Jean-Michel Deveau, il n’y ait aucune carte géographique. Dans ce dernier titre pour les adultes on suit les rapports fluctuants que notre personnage a entretenu avec les Portugais et le catholicisme. L’ouvrage rappelle que le Manicongo, un peu plus au nord, se convertit au christianisme dès la fin du XVIe siècle. Les relations de Nzingha avec son frère, lorsqu’il devint roi, furent souvent conflictuelles. Ce dernier fit égorger le fils de Nzingha et celle-ci est soupçonnée de l’avoir fait empoisonner. Pour supporter le choc psychologique des départs définitifs de milliers d’hommes vers l’Amérique, la population locale inventa un nouveau mythe qui est exposé au tour de la page 62. 

Jean-Michel Deveau explique combien on est gêné de ne pouvoir s’appuyer que sur des sources portugaises qui disent du bien d’elle lorsqu’elle est catholique et alliée et parle de sa cruauté incommensurable lorsqu’elle est l'ennemie des rois de Lisbonne. 

Une chose est certaine c’est que de 1623 à 1654 elle commandait son armée et que les succès qu’elle remporta de 1630 à 1645 le furent parce que les Hollandais passèrent alliance avec elle.
La couverture du livre de Jean-Michel Deveau porte un cliché d’une statue de Nzingha érigée à Kinaxixi en 2002 à l'occasion du 27e anniversaire de l'indépendance.

En résumé voilà deux ouvrages historiques qui permettent d’approcher une souveraine africaine devenue héroïne nationale pour l’Angola d’aujourd’hui, car porteuse d’une geste épique. Le premier insistant sur les jeunes années de Nzingha en s’appuyant sur des connaissances historiques solides, il est intéressant à lire par tous, y compris les adultes.

Pour aller plus loin :

MC KISSACK (Patricia C.), Nzingha : princesse africaine, Paris, Gallimard jeunesse, 2006, 108 p.
DEVEAU (Jean-Michel), La Reine Nzingha et l’Angola au XVIIe siècle, Paris, Karthala, 2015, 166 p.

AC


mercredi 1 avril 2015

CINEMA : Femmes en guerre et pellicules (mots-clés : cinéma, téléfilm, guerre, RAD, malgré elles, drôle de guerre, Micheline Presle)


Autant les Américains et les Britanniques ont su mettre en avant, en bien ou en mal, tant sur le ton dramatique que comique, les femmes en temps de guerre ou en uniforme des deux guerres mondiales (voir le livre d'Yvonne Tasker, Soldiers' Stories: Military Women in Cinema and Television since World War II), autant les Français peinent à réaliser des films ou téléfilms sérieux sur ces sujets. C'est regrettable mais la déception est presque toujours au rendez-vous. La cause, une méconnaissance flagrante des thèmes abordés et le peu d'intérêt marqué par les chaînes de télévision et les quelques producteurs un peu curieux. Ces rôles prennent généralement une place secondaire et quand ils représentent le sujet principal ils s'éloignent inexorablement de la réalité pour des fictions parfois franchement ridicules.



Nous passerons sur Babette s'en va-t-en guerre de Christian-Jacque (1957) ; Lucie Aubrac, de Claude Berri (1997) ; La Chambre des officiers, de François Dupeyron (2001) ; Les Femmes de l'ombre, de Jean-Paul Salomé (2008), etc., pour nous arrêter sur deux morceaux de pellicule, l'un pour le cinéma, Elles étaient 12 femmes, sorti en 1940, et l'autre pour la télévision, Malgré elles, diffusé en 2012.




Elles étaient douze femmes

Le film d’Yves Mirande (scénario-dialogue) et Georges Lacombe (réalisation), Elles étaient douze femmes, sorti le 17 avril 1940, conte, dans le genre de la comédie dramatique à la française, l’histoire imaginaire de l’une de ces œuvres d'entraide fondées pendant la Drôle de guerre :

«au début de la guerre, quelques dames des plus huppées imaginent, lors d'une descente à l'abri, de fonder une œuvre pour les soldats sans famille. À cette occasion, elles décident d'entrer en relation avec la riche madame Marion, qui n'est pas de leur monde et a mené une vie légère. Cancans, potins, mesquineries, brouilles vont se succéder. » (Wikipédia)

Bien qu'il s'agisse d'une fiction c'est un témoignage visuel et vivant d’un état d’esprit à jamais disparu avec la défaite. On y retrouve en tête d'affiche la toute jeune Micheline Presle qui n'en est pas à son premier rôle au cinéma puisqu'elle a fait ses classes en 1937 dans La Fessée de Pierre Caron. Notons aussi la présence de Gaby Morlay (madame Marion), Françoise Rosay, Marion Delbo, Simone Renant, etc. René Chateau a eu la merveilleuse idée d'éditer un DVD de ce film en 2013.



Malgré elles

Dirigé par Denis Malleval, réalisateur de deux épisodes de Joséphine ange gardien (Pour l'amour d'un ange et La Tête dans les étoiles) et écrit par Nina Barbier (documentariste) et Barbara Grinberg (scénariste), Malgré Elles, réalisé en 2012, relate l'histoire de deux jeunes Alsaciennes de 17 ans, Alice et Lisette enrôlées de force par le service du travail féminin du Reich (Reichsarbeitsdienst der weiblichen jugend ou RADwJ.). L'une frondeuse, l'autre soumise.

Après six mois dans un camp du RADwJ., où elles reçoivent une formation nationale-socialiste brutale, du moins pour celles qui refusent de s'y soumettre, elles sont affectées dans une usine d'armement comme auxiliaires de guerre (Kriegshilfdienst des Reichsarbeitdienst/KHD) pour une durée obligatoire de 6 mois. Leur tâche... remplir des obus. A ce sujet, l'atelier ressemble plus à l'arrière boutique d'une quincaillerie qu'à une usine d'armement, mais passons. Une explosion survient et aussitôt les autorités se tournent vers les deux jeunes Alsaciennes, victimes toutes trouvées aussitôt suspectées de sabotage. On les menace alors de les envoyer dans un camp de redressement. Mais pire encore les deux jeunes filles sont expédiées dans un lebensborn. 

Malgré elles est un téléfilm d'un tel manichéisme que les rapports humains frisent le ridicule. Les Allemandes s'apparentent à des chiennes de garde et les Alsaciennes à de petits moutons terrorisés par ces cerbères bipèdes. Les admirateurs de la déplorable série américaine Papa schultz (1965-1971) seront déçus, car « l'humour en noir et blanc» n'a pas de raison d'être ici, malheureusement. Quant au final façon Papy fait de la résistance ou La Chute, "les années ont passé revenons sur notre vécu"... Sans commentaire. L'excès dans cette peinture sans épaisseur, ni contraste, ne rend nullement justice aux Malgré elles, au contraire. Le jeu de l'excellente actrice qu'est Flore Bonaventura et des autres noms du casting (Macha Méril, Louise Herrero, etc.) est fade et sans saveur et n'arrive pas à relever un niveau déjà bien bas. Nombre de situations, surtout la partie relative au lebensborn, sont de l'ordre du pur fantasme. Comme nous pouvons le lire sur le site wikipédia cette improbable situation a provoqué une polémique bien légitime :

« Le 9 octobre 2012, la chaîne de télévision France 3 diffuse en première partie de soirée un téléfilm de fiction réalisé par Denis Malleval intitulé Les Malgré-elles qui associe deux thèmes qui n’ont aucun rapport : l’incorporation de force et les Lebensborn.
La documentariste Nina Barbier à l’origine du documentaire de 2009 explique que « Pour des raisons d’évolution dramatique du récit, Alice et Lisette atterrissent là. C’est cohérent dans le film, mais contraire à la vérité historique. Je me suis battue contre la production et la chaîne, qui tenaient absolument à mélanger les deux faits. Les pouponnières de SS-Kinder n’ont rien à voir avec l’Alsace : elles ont été créées en Allemagne pour des Allemandes ! ».
Hélène Delale, la productrice qui a proposé le sujet à France 3, reconnaît : « L’argument de départ était de raconter la vie de ces très jeunes Alsaciennes, enrôlées dans l’effort de guerre allemand. Mais il y a malheureusement eu ce rapprochement parce que France Télévisions trouvait que le sujet des « malgré-elles » ressemblait trop à un récit de STO, et manquait de dramatisation et de rebondissements pour un téléfilm de 90 minutes. On a donc eu l’idée de mélanger deux histoires qui, historiquement, n’ont effectivement rien à voir ». » (wikipédia)

Voilà, ite missa est.

Note : Malgré elles est sorti en DVD en 2013.